LIVRE l'HKMIKK. CHAPITRE PREMIER
Voilà donc la première et la principale raison pour laquelle nous dorons aimer ef servir ce Maître suprême, en obéissant à sa loi. Et cala est tellemenl vrai que Les Philosophes épicuriens eux-mêmes, ces destructeurs de toute philosophie, puisqu'ils nient la divine providence et L'immortalité de L'âme, maintiennent néanmoins la religion, ou le culte que nous devons à Dieu. Ce qu'il y a de certain c'est que Cicéron, dans son traité de la Nature des Lieux, fait parler un de ces philosophes, qui reconnaît et prouve par de solides arguments que \)\on existe, proclamant en outre la grandeur et la souveraineté, de ses perfections admirables ; d'où il conclut que Dieu mérite d'être adoré et vénéré , que c'est là un devoir résultant de l'excellence même de la nature divine, indépendamment de tous les autres titres qu'elle peut avoir à nos adorations. Car enfin, si nous respectons et vénérons un roi, alors même qu'il est en dehors de son royaume et que nous ne lui sommes redevables d'aucun bienfait, mais uniquement à cause de la dignité de sa personne, royale, combien plus n'avons-nous pas un semblable devoir à remplir envers celui qui, selon l'expression de saint Jean, Apoc. xix, 16, porte écrit sur ses vêtements et sur sa cuisse : a Roi des Rois et Seigneur des Seigneurs. »
C'est lui qui tient sur trois doigts l'immensité du globe, Isa. xl, 1 -2. Tous les êtres sont en son pouvoir, il en dispose à son gré ; il donne aux cieux leur mouvement , aux temps leur succession ; il modifie les éléments, distribue les eaux sur la terre, produit les vents , engendre toutes les choses , exerce son influence sur les astres; et, comme Roi et Seigneur de l'univers, il soutient et nourrit toutes les créatures. Mais ce qui fait encore mieux ressortir l'incomparable supériorité de cette puissance, c'est qu'elle n'est acquise ni par élection, ni par héritage ; c'est un droit inhérent à la nature. Ainsi, de même qu'un homme, par exemple, l'emporte sur une fourmi , de même la substance divine l'emporte tellement sur toutes les substances créées que l'univers entier est à peine devant elle comme une pauvre petite fourmi. Or, si cette vérité a été reconnue et proclamée par un philosophe si extravagant dans ses pensées et si peu digne du nom de philosophe, combien plus ne doit-elle pas être manifestée par la philosophie chrétienne ? Celletom. x. 3
Il LA G! IDE DES PÉCHEURS.
d nom enseigne, en effet, que parmi les innombrables titres par
lesquels noue sommes obligea de servir Dien, c'est là le plus grand,
»-t que >.ul. en supposant qoe tous les autres viendraient à disparaître, il oblige riiomme à se dévouer entièrement à l'amour et au . .• de bien, aurait-il un nombre infini de cœurs et de corps à lui consacrer. C'est ce que tous les saints se sont constamment eff,.n, i d'accomplir. Leur amour était si pur et si désintéressé, que siint Bernard a pn dire : s L'amour vrai, l'amour parfait, ni ne puise itr forcée dans la confiance, ni n'a rien à souffrir du sentiment op] • iper. Cant. serm. lxxxiii. » Voulant dire par là que le véritable amour ne s'applique pas à servir Dieu en vue de la récompense qu'il peut en espérer, et qu'il ne s'écarterait pas de ce devoir alors même qu'il saurait n'avoir rien à en attendre; car ce qui le ment en cela, ce n'est pas son intérêt propre, c'est la pure affection due à la Bonté infinie.
Quoique ce titre néanmoins soit de tous le plus obligatoire, c'est celui qui agH avec Le moins de force sur les hommes imparfaits. D'une part, leur intérêt propre agit d'autant plus sur des hommes de ce caractère, que l'amour de soi conserve en eux de plus profondes racines : d'autre part, étant encore ignorants et novices dans les choses de bien, ils ne sauraient s'élever à la pensée desa grandeur et de sa beauté souveraines, c'est-à-dire toujours de son infinie bonté. S'ils pouvaient avoir de cet attribut divin une notion plus complète, s i plendeur ravirait leur ame à tel point qu'ils y trouveraient iction de tous leurs sentiments, et ne cher-
cheraient pas autre chose.
Il ne sera donc pas hors de propos de leur fournir ici quelques lumière- . pour qu'ils puissent mieux connaître la grandeur et la dignité du Maître qu'ils doivent servir. Ces lumières, nous les emprunterons au grand théologien saint Denis. Il ne se propose pas autre chose dans sa théologie mystique, que de nous faire bien sentir la différence qui existe entre L'Etre divin et un être créé quelcooque. Pour nou< conduire à la connaissance de Dieu, il nous enseigne d'abord à détourner les yeux des qualités ou perfections de tout itures, a fin que nous ne soyons pas tentés de mesurer
sur elles les [ erfections du Créateur. Laissant donc ici-bas toutes les