LIVRE PREMIER, CHAPITRE KX1H
Dieu avais réellement entendu les cantiques des anges l'introduisant au céleste séjour. A cet étonnanl prodige se trouva présent un de uns religieux, qui vit encore; et c'est toujours avec d'abondantes larmes qu'il atteste l'impression BÔte SOT tOUS les assistants par cette mystérieuse odeur, jusqu'au moment où le corps disparut dans la tombe.
Je rapporterai ici un autre exemple également digne d'être cité. i 'est encore saint Grégoire qui le raconte dans une de ses Homélies sur l'Evangile, avec <\r<, expressions qui montrent à quel point il en avait été lui-même touché. «Mon père avait trois sœurs, dit-il; et toutes les trois se consacrèrent à Dieu dans l'état de 1 a virginité. La première s'appelait Tarsille, la seconde Gordienne, la troisième Emilienne. Or, ce fut le même jour que s'accomplit ce triple sacrifice, et avec un égal degré de ferveur. Après avoir longtemps persévéré dans un tel état de vie, Tarsille et Emilienne faisaient chaque jour de nouveaux progrès dans l'amour de leur Créateur; leur corps était encore sur la terre, mais leur àme habitait par anticipation l'éternelle patrie. L'àme de Gordienne, au contraire, se laissait de plus en plus entraîner à l'amour de ce siècle, et la divine charité s'éteignait graduellement dans son cœur. A cette vue. Tarsille disait souvent, avec un profond soupir, sœur Emilienne : Je vois bien que notre pauvre sœur Gordienne n'appartient plus réellement à l'état que nous avons embrassé. Je la vois se répandre au dehors, et son cœur n'a plus des sentiments conformes à notre sainte règle. Et les deux sœurs s'efforçaient alors, par les plus tendres paroles, de l'arracher à la légèreté de ses habitudes, de la ramener à la gravité que lui commandait l'habit religieux. En écoutant ces pieux conseils, Gordienne prenait bien pour quelques instants un air plus sérieux et plus grave; mais elle ne tardait pas à le perdre, quand elle s'était éloignée de ses sœurs. Son temps se passait en des conversations mondaines, elle se plaisait dans la compagnie des jeunes filles vivant dans le siècle, et tout autre entretien lui devenait intolérable.
» Une nuit, mon vénérable bisaïeul Félix, pontife de cette Eglise romaine, apparut à Tarsille, celle des trois sœurs qui avait fait 1"
pais de progrès dans L'oraison . la mortification corporelle, le renoncement aux choses de la terre, L'austérité de la vie, dans toutes les vertus, en un mot, qui font les saints. Il lui tit voir une demeure inondée de lumière , et il lui dit : Viens , c'est au sein de cette éternelle chute que je dois te recevoir. Le lendemain, Tarsille fut saisie d'une ardente fièvre, et bientôt elle fut à toute extrémité. Dr, quand une personne de distinction est au moment de la mort, on sait que de nombreux visiteurs accourent dans sa demeure, pour y porter l'expression de leur sympathie. C'est ce qui eut lieu dans cette circonstance; et ma mère était au nombre de ceux qui s'étaient réunis autour de ce lit de douleur. La mourante leva les veux vers le ciel, et dans un saint transport d'enthousiasme elle se mit à crier: Ecartez-vous, écartez-vous; laissez Jésus venir à moi. Son regard attestait la présence du divin Maître, et c'est dans cette vision bienheureuse que cette âme pure se dégagea des liens du corps.
» Aussitôt que la pieuse vierge eut rendu le dernier soupir, ses restes exhalèrent aussi une odeur d'une merveilleuse suavité, si bien qu'on pouvait aisément comprendre que cette maison avait été visitée par Celui que les vierges suivent à l'odeur de ses parfums. Quand on dépouilla son corps pour le laver selon l'usage , on trouva sur ses coudes et ses genoux les rudes traces de ses longues oraisons. Et ce parfum , que l'âme exhalait sans cesse vers le ciel pendant la vie, le corps l'exhalait encore après la mort. Tout ceci se passait avant la fête de la Nativité du Sauveur. Bientôt après, Tarsille apparut durant la nuit à sa sœur Emilienne, et lui dit : Viens, ma sœur, que je célèbre avec toi la fête de l'Epiphanie, puisque j'ai célébré sans toi celle de la Nativité. Mais Emilienne, songeant avec douleur à l'isolement où elle laisserait la pauvre Gordienne et aux nouveaux périls qui en résulteraient pour celle-ci, lui répondit : Si je m'en vais avec toi, à qui laisserai-je, en partant, le soin de protéger notre sœur Gordienne? A quoi Tarsille répondit avec un air de tristesse : Viens, toi; car pour notre sœur Gordienne, elle ne compte plus qu'au nombre des personnes du siècle. A la suite de cette vision, Emilienne tomba bientôt malade ; et sa maladie fit de tels progrès que la re-