‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 162 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIII. 31o · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIII. 31o

use mourut avant Le JOUI de cette tête, qu'elle devait aller célébrer au tir1. Se voyant seule désormais, Gordienne marcha plus rapidement dans la voir du désordre. 1.11e oublia non-seulement la crainte du Seigneur, mais encore toute pudeur et toute retenue; foulant aux pieds les vœux qui la liaient, les solennels engagements qu'elle avait contractés, elle entra dans l'état du mariage et courba de nouveau la tète sous le joug de ce monde pervers. »

Telles sont à peu près les expressions de saint Grégoire, et c'est de sa propre famille qu'il parle ainsi. Pouvait-il mieux nous montrer en même temps, et l'heureuse lin de la vertu, et le triste avenir que la mondanité nous prépare? Je terminerai ce sujet par une autre histoire , également bien merveilleuse, que ce même saint nous rapporte comme étant arrivée de son temps. Nous la lisons dans la dernière de ses Homélies sur l'Evangile. Je laisse la parole à l'illustre docteur.

« À l'époque où je dus entrer en religion, nous dit-il, vivait à Home une femme d'un âge avancé, et qui portait le nom de Redempta. Elle avait l'habit religieux et demeurait près de l'église de la bienheureuse Marie toujours vierge. Elle avait été disciple d'une grande servante de Dieu appelée Hirundina. On racontait de celle-ci qu'elle avait pratiqué les plus éclatantes vertus en menant la vie éréniitique sur les montagnes de Préneste. Redempta avait eu deux compagnes à cette école de la sainteté ; le nom de l'une était Romula; mais j'ignore celui de l'autre, bien que je la connaisse de vue, car elle vit encore. Ces trois femmes habitaient une même demeure, au sein d'une complète indigence, n'ayant d'autre richesse que celle de la vertu. Mais, sous ce rapport, Romula l'emportait de beaucoup sur sa compagne. C'était une femme d*une patience merveilleuse, d'une obéissance absolue, pleine .l'amour et de respect pour le silence, exercée dès longtemps à la pratique de l'oraison continuelle. Mais souvent ceux que les hommes jugent parfaits, ne laissent pas d'avoir quelque imperfection aux yeux de Dieu. Ainsi le vulgaire admire quelquefois comme un parfait chef-d'œuvre , une statue qui n'est pas encore achevée ; tandis que l'artiste , qui sait ce qui manque à son ou-

BOnrd aux louanges qui lui sonl accordées, le travaille chaque jour davantage, afin de réaliser l'idéal qu'il a conçu. Dieu eu usa de même envers Romula; et pour lui donner un plus haut degré de perfection et de pureté, il la fit passer par le creuset de la BOnfiranee, en permettant qu'elle tomba) en paralysie; elle demeura de longues années étendue sur un lit de douleur, sans p ravoir presque s'aider de ses membres.

» Cette épreuve n'excita jamais chez elle un mouvement d'impatience; et tandis que son corps était privé de toute activité, son âme prena.it chaque jour des forces nouvelles; incapable de se livrer à tout autre travail, elle s'appliquait de plus en plus à l'exercice de l'oraison. Une nuit elle appela la mère Redempta, qui remplissait , en effet, envers ses deux compagnes, l'office de la mère la plus tendre; elle criait de son lit : Venez, ma mère, venez. Redempta s.- leva promptement avec son autre compagne, et les deux accoururent auprès de la malade, comme elles l'ont souvent raconté dans la suite, pour un motif bien frappant, qui ne tarda pas à se répandre dans le public et que j'appris moi-même à cette époque. C'était environ minuit quand elles furent dans l'humble cellule de Romula; une lumière céleste l'enveloppa tout à coup. Et cette lumière était si resplendissante et si pure que leur àme en fut comme saisie d'effroi. Elles étaient là toutes tremblantes, lorsqu'elles entendirent le bruit d'une nombreuse foule qui se précipitait dans la chambre ; et la porte gémissait sous la pression redoublée de ces hôtes invisibles. La mystérieuse odeur qu'exhale la sainteté mêlait ses pénétrants parfums aux flots delà divine lumière. La terreur des deux pauvres religieuses, surexcitée par tous ces phénomènes divers, était à son comble. La malade, qui s'en aperçut, dit alors à Redempta, d'une voix merveilleusement douce et persuasive ; Ne craignez pas, ma mère; l'heure de ma mort n'est pas encore arrivée. Et, tandis qu'elle répétait ces paroles, la clarté s'affaiblit peu à peu, si bien qu'elle finit par disparaître; mais l'odeur demeura toujours la même. Dans la nuit qui suivit le troisième jour, Romula appela de nouveau celle qui Pavait guidée dans le chemin de la perfection; elle demanda le saint Viatique, c'est-àndire le très-auguste sacrement de l'autel,

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