LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIII
qui Lui fui aussitôt apporté. A peine la mère Redempta et son autre compagne avaient- elles quitté La cellule de Romula, qu'elles entendirent, sur la place qui était devant cette même cellule, des (liants harmonieux exécutés par deux chœurs différents. L'un de ces deux chœurs était composé d'hommes, L'autre de femmes, comme on pouvait en juger par les voix. Ils chantaient alternativement Les hymnes du Roi-Prophète. Or, pendant que se célébraient ainsi de triomphantes funérailles, L'âme sainte de Homula, délivrée de sa prison terrestre, s'élevait vers le ciel; avec elle s'élevaient également et le chant et l'odeur. A mesure qu'elle s'éloignait, Les voix s'affaiblissaient dans l'espace; l'odeur s'évanouissait par degrés, jusqu'à ce que enfin tout eût complètement disparu. »
Rien ne nous serait plus aisé que de multiplier ainsi de semblables exemples : mais ceux-là suffisent assurément pour montrer en fait la vérité des principes que nous avons etahlis. Sans doute, des preuves aussi manifestes de la protection et de la faveur divines , n'ont été données qu'à un petit nomhre dames privilégiées; tous les justes néanmoins sont les enfants de Dieu, l'heure de la mort est pour eux la fin de leurs travaux et le commencement de leur récompense ; ils sont donc tous , à cette heure suprême , reconfortés et consolés par le secours de la divine grâce et le témoignage de leur conscience. Ainsi se consolait le glorieux saint Ambroise, sur le point de rendre le dernier soupir. Je n'ai pas vécu de telle manière , disait-il, que je regrette maintenant d'avoir vécu, je ne crains pas non plus la mort, parce que nous avons un Maître plein de miséricorde. Si quelqu'un regardait comme peu croyable les étonnantes faveurs que nous venons de rapporter, qu'il songe un peu à la grandeur infime de la bonté divine, à l'immensité de cet amour, qui éclate précisément dans les joies et les honneurs dont il comble les siens ; et tout ce que ib>us avons dit lui paraîtra bien peu de chose. La bonté de notre Dieu l'a porté à se retirer de la chair humaine , a mourir sur une croix pour nous ; qu'était-ce après cela d'illuminer d'un rayon de sa gloire, de réjouir par un avant-goùt de sa propre félicité , la dernière heure de ceux qu'il a rachetés en se donnant lui-même
pour prix de leur rançon? A. peine auront-ils expiré , qu'il les
transportera dans son éternelle demeure, pour les rendre à jamais
heureux, en Unir manifestant son essence même; faut-il s'étonner qu'il les enveloppe d'un certain éclat, quand ils sont au moment de partir pour aller prendre possession d'un immortel royaume?
Conclusion de la seconde partie.
Tels sont , mon cher frère , les douze privilèges qui sont accordés à la vertu, dès le temps même de la vie présente. Ce sont là comme les douze fruits de cet arbre si beau que l'apôtre saint Jean aperçut , dans Tune de ses visions prophétiques , « planté sur le bord des eaux , et qui donnait son fruit douze fois dans l'année , selon le nombre même des mois. » Apoc. xxu, 2. Avant tout , cet arbre représente le Fils de Dieu lui-même ; mais il est ensuite le symbole delà vertu, arbre divin transplanté sur la terre et qui donne des fruits de vie et de sainteté. Peut-on concevoir des fruits plus précieux et plus suaves que ceux dont nous avons parlé ? Quoi de plus beau, quoi de plus heureux que cette paternelle providence dont les justes éprouvent à chaque instant les effets? Et la grâce divine , et la lumière de la vraie sagesse, et les consolations de l' Esprit-Saint , et la joie de la bonne conscience , et les saints transports de l'espérance chrétienne , et la véritable liberté de l'âme, et la paix intérieure du cœur, et la merveilleuse efficacité de la prière, et la force dans les tribulations, et le secours d'en haut dans les nécessités temporelles , et les joies de la vertu triomphant de la mort elle-même , que peut-on comparer ici-bas à ces divins bienfaits? En vérité , chacun de ces privilèges , pris à part , si nous savions le bien connaître , suffirait à lui seul pour déterminer un homme à changer entièrement de vie, quoi qu'il put en coûter à la nature. Et l'on comprend alors la vérité de cette parole du Sauveur, déjà citée dans un précédent chapitre : a Celui qui pour moi quittera tout dans le monde, recevra le centuple ici-bas , et la vie éternelle ensuite. »
Oui, mon frère, tel est le bien auquel nous vous convions;