LIVRE PREMIER, CHAPITRE WllI
pourriez- vous jamais vous plaindre alors même que pour l'obtenir vous auriez abandonné toutes Les choses de la terre? Ce qui fail que les méchants ne l'apprécient pas à sa juste valeur, ne travaillent [ias à l'acquérir, c'esl uniquemenl qu'ils De le connaissent pas. Voilà pourquoi le Sauveur, dans L'Evangile, Malth. xiu , 14, compare 1»' royaume des deux à un trésor cache ; et véritablement c'est là un trésor caché aux yeux des autres, mais non aux yeux de celui qui le possède. Le Prophète en connaissait bien le prix, quand il s'écriait dans un saint délire : « Mon secret est à moi, mon secret est à moi! » Isa. XXIV, 16. Peu lui importait, en ce qui le concernait du moins, que les autres n'eussent de son trésor aucune connaissance, il n'en est pas de ce bien comme des Mens terrestres . qui ne sont biens qu'autant qu'ils sont connus. Pourquoi cela ? c'est que ces biens ne sont pas tels par essence , ils ne le sont que dans l'opinion du monde ; si donc le monde ne les connaît pas, ils ne méritent plus de porter le nom de biens. Le bien dont nous parlons, au contraire, rend par luimême heureux et vertueux celui qui le possède ; que cet homme soit seul à le savoir, ou que l'univers le sache , son cœur n'en est pas moins enflammé de l'amour de ce bien.
Avouons-le cependant , la clef pour arriver à la connaissance de ce secret , ce n'est pas notre langue humaine, ni rien de ce que nous avons dit jusqu'ici ; car tout ce qu'un être mortel peut en dire, reste infiniment au-dessous de la réalité. La clef, c'est avant tout la lumière divine, puis celle de l'expérience et la pratique de la vertu. Voilà ce que vous devez demander au Seigneur, et bientôt vous trouverez ce trésor caché, vous trouverez Dieu luimême , et en lui tous les biens à la fois. Alors aussi vous direz avec le Prophète : « Bienheureux est le peuple dont le Seigneur est le Dieu! » Psalm. cxliii, 15. Que peut-il manquer, en effet, à celui qui possède un tel bien ? Il est raconté dans le premier livre des Rois que Helcana qui devait être le père de Samuel , voyant pleurer sa femme Anne parce qu'elle n'avait pas d'enfant , lui dit cette simple et touchante parole : « Anne, pourquoi pleures-tu? Pourquoi ton cœur se livre-t-il à la tristesse ? Ne te suis-je pas plus que dix enfants? » S'il est vrai qu'un mari dévoué, dont la
vif cependant est si fragile, qui est aujourd'hui et ne sera plus demain, vaut pour sa femme plus que dix entants , qui pourrait dire ce que vaut Dieu pour une àme qui a Le bonheur de le posp? ii hommes . que faites-vous donc? Quel es! le but où s'adresseni vos pas, l'objet de vos ardentes recherches ? Pourquoi laissez-vous la source de l'éternelle vie , pour courir aux eaux stagnantes et bourbeuses du monde? Comment se fait-il que vous ne suiviez pas ee conseil si sage qui vous est donné par le Prophète royal : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. » Psabn. xxxui. '.». IJuoi ! n'essaierez-vous jamais d'entrer dans cette voie? ne voulez-vous pas goûter cet aliment céleste ? Fiezvous sans crainte à la parole d'un tel Maître ; entrez résolument dans le chemin qu'il vous a tracé; et plus tard c'est votre expérience elle-même , c'est l'œuvre à laquelle vous aurez mis la main , qui vous engageront à persévérer.
-M< »ise jeta sa verge , qui fut aussitôt changée en serpent : vu de loin , ce serpent était une chose hideuse et repoussante ; mais qu'on le prit à la main , il n'était plus, comme en premier lieu , qu'une verge inoffensive. Cependant , ce n'est pas sans motif que Salomon a dit : « Cela ne vaut rien , cela ne vaut rien, répète l'acheteur ; mais quand il tient en son pouvoir ce qu'il a marchandé, il s'en va tout fier de sa possession nouvelle. » Prov. xx, i. '"est ce qui chaque jour arrive aux hommes par rapport à la vertu : dans le principe , ils ne connaissent pas le prix de cette céleste marchandise, parce qu'ils sont loin d'être spirituels ; tandis qu'ils sentent bien ce qu'on leur demande pour elle parce qu'ils sonfe charnels ; il leur semble qu'ils font un triste et malheureux échange. Mais une fois qu'ils ont réellement goûté combien le Seigneur est doux, ils se glorifient eux aussi du marché qu'ils ont fait, ils reconnaissent qu'on ne saurait jamais acheter trop cher un aussi grand bien. Avec quel empressement et quelle joie cet homme dont il est parlé dans l'Evangile ne vendit-il pas tout ce qu'il avait, pour acheter ce champ où se trouvait un trésor ! Commeni se fait-il qu'un chrétienne sache pas apprécier ou ne veuille pas acquérir celui qui lui est proposé? Chose étonnante! si quelqu'un vous disait que dans votre maison, à tel endroit
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désigné, existe un grand trésor, alors même que vous n'oseriez croire à cette parole, vous creuseriez néanmoins la terre, pour \ ous assurer de la vérité. I >r la parole même < 1* ^ Dieu vou&afûrme qu'il existe au dedans de vous un trésor incomparable, <*t vous ne faites rien [tour le découvrir! oh , si vous compreniez bien et la certitude de cette parole et La valeur de ce trésor! Oh, si vous saviez combien peu d'efforts il vous en routerait pour trouver ce bien suprême ! Oh, ne sentez-vous pas combien le Seigneur est près de celui qui L'appelle, quand cet appel part du cœur?
Qui pourrait dire Le nombre de ceux qui se repentant de leurs péchés el continuant à les pleurer devant Dieu, après avoir à peine quelques jours marché dans la voie de la pénitence, ont découvert une terre nouvelle , ou plutôt de nouveaux cieux, et vu se lever dans leur aine l'aurore de l'immortalité.' Faut-il donc beaucoup de temps pour opérer ce prodige à celui qui a dit : « A quelque heure que le pécheur demande pardon de son péché, ce péché s'effacera de ma mémoire.» Ezeck. xviii, 21 et 22. Fallut-il beaucoup de temps à ce père qui ne laissa pas même à l'enfant prodigue le temps d'achever la courte prière que celui-ci avait résolu de lui adresser, mais le pressa tout à coup sur son cœur et l'accueillit dans sa maison par une fête de famille? Revenez donc, ô mon frère, vers ce père si miséricordieux, que vos soupirs devancent le retour de l'aurore , frappez avec instance à la porte de sou cœur ; et tenez pour certain que si vous persévérez quelques jours dans cette humble prière, il se laissera bientôt fléchir et vous révélera le trésor de son amour; et vous n'en aurez pas plus tôt fait la douce expérience, que vous direz avec la Sunamite : « Alors même que l'homme donnerait tous ses biens pour avoir la charité , il regarderait comme rien une semblable perte. »