‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 166 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE \\l · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE \\l

leur vie tout entière, dans L'esclavage «lu péché, de telle sort que la mort vienne les assaillir en ce misérable état, «•! les butprenne ayant encore dans leurs mains le Bruit de leurs rapines. Nous allons «loue maintenant répondre à ces trompeuses idées; (>-est à cela que sera consacrée la dernière partie de ce Livre. Et d'abord adressons-nous à ceux qui différent pour nue autre époque l'affaire «le leur salut; de tous les prétextes énumérés c'est le plus ordinaire.

Il y a donc des hommes qui reconnaissent comme parfaitement vrai tout ce que nous avons dit jusqu'ici ; ils avouent qu'il n'y a pas de parti plus sûr que celui de la vertu, ils prétendent mêmi ne pas y renoncer; mais ils ne peuvent pas, disent-ils, l'embrasser à cette heure , il viendra plus tard un temps où ils pourront plus facilement s'y résoudre. C'est ainsi qu'Augustin, avant sa conversion , répondait aux fréquents appels de la grâce divine; c'est lui-même qui le rapporte : « Attendez un peu, Seigneur, disait-il , attendez un peu , bientôt je quitterai le monde , bientôt je secouerai le joug du péché. » Conf. vin, 5. Voilà comment les pécheurs se conduisent envers Dieu; ils ne rompent une chaîne que pour en subir une autre, et jamais n'arrive l'heure de leur conversion et de leur affranchissement.

Evidemment ce n'est là qu'une ruse de l'ancien serpent, de celui qui fut dès l'origine le père du mensonge, le séducteur du genre humain. Cela ne serait pas difficile à prouver, et, cette vérité une fois établie , le motif allégué tombe de lui-même. En effet , il est indubitable qu'un chrétien ne doit rien désirer autant que son salut; il l'est également que pour se sauver un pécheur doit se convertir et changer de vie , puisqu'il n'y a pas autrement de salut possible. Il ne reste plus qu'une chose à examiner, quand est-ce que ce changement doit se faire. C'est donc ici une simple question de temps; le reste ne saurait être l'objet d'un doute. Vous dites que c'est dans l'avenir; et moi je soutiens que c'est en ce moment même. Vous prétendez que plus tard il vous sera plus facile de vous convertir ; et moi je prétends que c'est tout de suite : Voyons qui de nous deux a raison.

Mais, avant de parler de la facilité de cette entreprise, je vous

LA GUIDE DES PECHE1 lis.

prie de répondre à cette question : qui vous b donné L'assurance que vous arriverez à cette époque ou votre conversion doit s'acn.iuplir? Ignorez-vous donc que des pécheurs sans nombre ont été trompés par une semblable espérance 1 Saint Grégoire le dit, dans sa douzième homélie sur l'Evangile : « Dieu sans doute a promis le pardon au pécheur qui ferait pénitence; mais nulle part il ne lui a promis le jour de demain. » Et saint Césaire exprime la même vérité dans ces fortes paroles : a Quelqu'un dira piut-ètre : quand viendra la vieillesse, alors j'aurai recours au remède de la pénitence. Comment osez-vous vous bercer de si folles espérances, ô homme dont la fragilité n'est pas même assurée d'un seul jour? » Pour moi, je ne puis m'empècher de croire qu'elles sont innombrables les âmes que cette voie a conduites à leur perte. Du moins c'est de la sorte que se perdit le riche dont saint Luc nous raconte l'effrayante histoire. A la vue des riches moissons qu'une année lui avait apportées, il tenait dans son cœur ce langage : « Que ferai-je pour renfermer une telle récolte? Je renverserai mes greniers, j'en élèverai de plus vastes, et j'y rassemblerai toute ma fortune. Puis je dirai à mon âme : Mon àme, tu possèdes là des biens suffisants pour plusieurs années. Repose-toi donc, mange, bois et fais bonne chère. Or, Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même on te demandera ton àme ; et les trésors que tu as préparés, à qui seront-ils ?... » Luc. xn, 17 et seq. Quoi de plus déraisonnable, en effet, que de régler l'avenir en vertu de sa propre autorité , comme si l'on était le dépositaire de la puissance du Dieu qui dispose des temps et des moments? Le Fils seul, lisons -nous en saint Jean, Apoc. i, 18, tient les clefs de la vie et de la mort ; le Fils seul les ouvre à qui et quand il veut; et un misérable ver de terre ne craint pas d'usurper et de s'attribuer ce privilège ! Cette folie ne mériterait-elle pas pour remède , cette usurpation ne mériterait-elle pas pour châtiment, que le temps de la pénitence fût refusé à celui qui refuse de mettre à profit le temps que Dieu lui accorde? Du reste, il y a tant de pécheurs ainsi châtiés qui nous avertissent de tirer notre avantage de leur ruine, que nous ne devrions pas hésiter un instant à suivre le salutaire conseil de l'Ecclésiastique, v, 8 et 9.

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