LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXIV
- de leur jeunesse el de leur âge mûr, plus capables certainemeut de porter ce fardeau. Sénèque a «lit admirablement : aQuieonque attend La vieillesse pour embrasser la vertu, montre clairement qu'il iif veut donner à la vertu que Le temps dont il ne pourrait Be servir pour autre chose. »>
Que sera-ce si vous ajoute/, à ces considérations la considération de l.i satisfaction que vous devez à la souveraine Majesté à cause de vos offenses. Cette satisfaction esl . au sentiment de saint Jean- Climaque, si difficile qu'à peine L'homme esfc-il capable de satisfaire pour Les fautes du jour présent, à peine peut-il se décharger chaque jour de La dette qu'il contracte. Et vous voulez accumuler vos dettes durant votre vie entière, sauf à les acquitter pendant la vieillesse, alors que la vieillesse acquitte bien malaisément les siennes propres ? « Mais c'est de la déloyauté pure, dit saint Grégoire, Moral, xxv , 2 et o, Homil. xu in Evang. 11 est bien éloigné de la fidélité due à Dieu, poursuit ce docteur, celui qui attend la vieillesse pour faire pénitence. 11 aurait plutôt raison de craindre que, présumant indiscrètement de la divine miséricorde, il ne vint à tomber entre les mains de la divine justice. »
Mais supposons encore qu'il ne soit rien dit de tout cela ; s'il y a sur la terre un peu de raison et de justice, ne vous suffirait-il pas de la grandeur des bienfaits dont vous êtes comblé , de la haute récompense qui vous est promise ; pour servir avec un peu plus de générosité un maître qui récompense avec tant de largesse ? Uh ! qu'il est sage ce conseil de l'Ecclésiastique, xviu, 22 : « Ne cessez jamais de faire le bien ; car la récompense que vous recevrez ne cessera jamais.» Si la récompense ne doit pas avoir de terme, pourquoi cherchez-vous à restreindre la durée de votre service? Si la récompense doit durer tant que Dieu régnera au ciel , pourquoi, au lieu de soustraire à Dieu les deux tiers de votre vie, ne lui accorderiez-vous pas le temps, si court d'ailleurs , que vous passez sur la terre ?
Vous espérez vous sauver, sans doute. Vous espérez conséquemment être du nombre de ceux que Dieu a prédestinés de toute
éternité I hlan dites-moi si le Seigneur n'a pas jeté de toute éteav oité les yeux sur tous pour faire de vous un chrétien . un en'ant put, un héritier desQO royaume; attendrez-yous jusqu'à la linde or aimer celui qui tous a éternellement aimé? Sereztous parcimonieux à ce poinl envers celui qui vous a traité ■ libéralement? A raisonner rigoureusement, une récompense
rnelle exigerait, s'il était possible , un service éternel. .Mais il n'. 'ii <•-( jias de la aorte, la Tie de l'homme durant à peine quel* ques instants. Comment avez-vous le courage de dérober la majeure partit' de ces instants au service du souverain Maître , et de lui consacrer seulement ce qu'il y a de plus court et de pire? Car, ainsi que l'observe justement Sénèque, le fond du vase contient à la fois la plus petite partie du liquide , et la plus mauvaise. Voilà pourtant la part que vous réservez au Seigneur.
« Maudit soit , est-il écrit, Malach. i, 14, maudit soit le fourbe qui possédant des animaux vigoureux et sans défaut, offre à Dieu ce qu'il a de plus faible; car je suis un roi redoutable , dit le Dieu des armées; et mon nom est terrible au milieu des nations. » Comme s'il eût dit : A un maître tel que moi il faut des serviteurs dévoués ; c'est faire injure à ma majesté que de lui olfrir ce que l'on a de plus méprisable. Pourquoi donc consacrez-vous au service du démon la meilleure et la plus belle part de votre vie, et ne donnez-vous à Dieu que celle dont le monde ne veut pas ? Dieu dit : « Vous n'aurez pas deux sortes de poids , l'un fort , l'autre petit ; mais vous aurez un poids juste et vrai. » Leuter. xxv, 13 et seq. Vous contrevenez à cette parole , vous qui vous servez du poids le plus fort avec le démon, comme avec un ami , et en usez du plus léger avec Dieu , comme avec un ennemi.
Si tous ces bienfaits ne vous touchent pas , au moins ne soyez pas insensible au souvenir du Père éternel vous donnant son Fils unique, et acceptant pour prix de votre àme, sa vie mille fois plus précieuse que la vie des hommes et des anges. Eussiez-vous joui d'une infinité de vies, vous les lui devriez à cause de ce seul bienfait, et ce serait encore peu. De quel front, de quel droit refusez-vous la misérable vie que vous avez à celui qui a sacrifié la sienne pour vous? De quel droit lui en refusez- vous la meilleure