‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 174 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE \W · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE \W

.m temps ou vous ut- pourriez plus pécher, ce serait le péché qui vous quitterait et non trous qui quitteriez le péché. » S;iinl Isidore exprime la même pena e dans les termes suivants :

ii Que celui qui désire à l'heure de sa mort rire sûr du pardon, fasse pénitence quand il est eo saute; qu'il pleure alors ses méfaits.

Mais relui qui, après avoir mal vécu, fait pénitence au moment d'expirer, court un grand péril. Si sa damnation est douteuse, son salut n'est pas moins incertain. »

Quoique ce langage soit de nature à nous remplir d'effroi, la lettre d'Eusèbe, disciple de saint Jérôme, à l'évêque Damase sur la mort de son maître, qui rendit le dernier soupir étendu à terre, revêtu d'un sac est encore plus effrayante. Je ne rapporterai pas ce qu'elle renferme de plus fort, afin de ne pas décourager les faibles. Je citerai seulement ce passage : a Celui qui demeure tous les jours de sa vie dans son péché dira peut-être : A l'heure de la mort je ferai pénitence, je me convertirai. 0 la triste consolation 1 La pénitence au moment de la mort est un remède hien douteux pour celui qui a toujours fait le mal, et qui n'a jamais songé, sinon comme en rêvant, à ce qu'était la pénitence. Enlacé par les affaires du monde, fatigué par les souffrances de la maladie, affligé par le souvenir des enfants qu'il laisse, des biens temporels dont il ne jouira plus, environné ainsi d'angoisses de toutes parts, comment élèverait-il son cœur vers Dieu et concevrait-il une vraie pénitence? Il ne l'a jamais fait tant qu'il a compté sur la vie, et maintenant encore il ne le ferait pas s'il était assuré de sa guérison. Or quelle sorte de pénitence est celle qui naît quand la vie se retire? Je connais des riches du siècle qui, ayant recouvré après de graves maladies la santé du corps, ont ensuite rendu pire celle de l'àme. Yoilà ce que je pense, ce que je sais, ce que j'ai appris par une longue expérience. C'est merveiDe qu'une bonne fin chez celui dont la vie a toujours été mauvaise, qui ne craignit jamais le péché et servit sans cesse la vanité. » Oper. Hier., tom. 1Y.

Saint Grégoire n'est pas moins formel sur la pénitence finale. Exposant ces paroles de Job, xxvu , 8 et 9 : « Quelle sera l'espérance de l'hypocrite, s'il dépouille avec avidité ses frères de ce qui leur appartient ? Est-ce que Dieu entendra ses cris lorsque l'antom. x. 22

poisse aura fondu sur lui? » il parle de la manière suivante : «Dieu o'écoute pas au temps de l'angoisse celui qui au temps de la paix n'a pas écouté la voix de sou Seigneur, b Moral, xviu, 5. Car il est écrit : «La prière de celui qui ferme ses oreilles pour n'entendre pas la loi, ne sera pas exaucée. » Prot). xxt m , 9. Job Considérant les hommes qui n'ayant pas fait le bien durant leur vie, se tournent ensuite vers Dieu et réclament une récompense, se demande : a Est-ce que Dieu pourrait entendre leurs cris?» Le Rédempteur confirme cette parole de Job dans sa parabole des vierges : « A la lin , dit-il, se présentèrent les vierges folles : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous? Et il leur fut répondu : En vérité, en vérité, je vous dis que je ne vous connais pas. » En ce moment, en effet , Dieu est d'autant plus sévère qu'il a été plus miséricordieux, et il châtiera le pécheur avec une justice d'autant plus rigoureuse qu'il lui offre plus affectueusement sa miséricorde. »

Hugues de Saint-Victor s'inspirant de la doctrine des saints écrit ces paroles : « Il est difficile qu'elle soit véritable la pénitence qui vient si tard ; une pénitence en quelque sorte forcée doit paraître équivoque. L'homme se persuade trop aisément qu'il ne veut pas une chose qu'il ne peut pas faire. C'est la possibilité d'une chose qui montre nos dispositions à son égard. Par conséquent, si vous ne faites pas pénitence lorsque vous le pouvez, c'est une preuve que vous ne voulez pas. » I)e Sacr. n.

Le maître des Sentences dit dans le même sens : « La pénitence sincère étant l'œuvre de Dieu , il peut la donner quand il veut , et récompenser par miséricorde ceux qu'il pourrait condamner par justice. Mais, comme à la fin de la vie une foule de choses nous détournent de ces sentiments, il est périlleux, et presque mortel de renvoyer à ce moment notre pénitence. Dieu accorde une faveur bien précieuse à celui à qui il l'inspire dans de semblables conditions. »

N'y a-t-il pas là de quoi trembler? Serait-on assez privé de sens pour exposer le plus rare des trésors au plus grand des dangers? Quoi de plus précieux pour vous au monde que votre salut? Comment pourriez-vous le soumettre aux risques les plus menaçants ?

Page 1