‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 175 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE \W. :t · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE \W. :t

Vous connaissez maintenant le sentiment des saints Docteurs. Vous royezqueUe folie ce sérail à vous d'estimer sans périls le passage d'un détroit dont 1rs plus sages pilotes parlent avec terreur. Pour apprendre à bien mourir, ce a'esl pas trop que la vie tout entière. A l'heure de la mort nous avons assez à faire à mourir pour n'avoir pas le Loisir d'apprendre à bien urir.

Sentiments des Docteurs Bcolastiques sur ta pénitence finale.

En confirmation de la doctrine précédente exposons les sentiments des docteurs scolastiques sur le même sujet. Parmi eux Seot truite au long cette question, et il formule ainsi ce qu'il en pense : la pénitence que l'on fait à l'heure de la mort n'est que très-rarement une vraie pénitence, à cause des difficultés qu'elle rencontre. Et il donne en preuve de ce qu'il avance quatre raisons. In (. IV Sentent.

La première se tire des obstacles (pue les douleurs de la maladie et la présence de la mort opposent à l'élévation du cœur vers Dieu et aux exercices d'une vraie pénitence. Pour cela . il faut savoir que les passions extrêmes exercent une influence réelle sur le libre arbitre. De plus, la philosophie nous apprend que l'influence des passions où la tristesse domine est plus grande que celle des passions où domine la joie. D'où il résulte que nulle passion, nul sentiment ne surpassent en intensité les passions et les sentiments éveillés par l'approche de la mort. Car, dit Aristote. la mort est la plus terrible des choses terribles. Elle joint aux souffrances du corps les angoisses de l'àme, la sollicitude pour les êtres chéris dont on va se séparer. Or, quand les passions et la douleur se lèvent avec tant d'impétuosité , de quel côté se tourneront le sentiment et la pensée sinon du côté vers lequel ce souffle impétueux les emporte?

Nous voyons par expérience qu'une douleur de flanc, et en général toute douleur ai gui1 mettent l'homme dans une sorte d'impossibilité de fixer sa prensée sur Dieu, absorbé qu'il est tout entier par ce qu'il souffre. S'il en est ainsi pour le juste, qu'adviendra-t-il pour celui qui n'a jamais connu ce qu'était la pensée de Dieu.

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Plus grande a été la préférence qu'il ■ donnée au corps sur L'aine, plus exclusive aéra L'attention qu'il prêtera à l'ami préféré. Au nombre des quatre obstacles de la contemplation , saint Bernard compte la mauvais.' disposition du corps, Serin. 5 <l> istumpt. B. M. Lorsque la chair éprouve quelque incommodité, l'àme en est tellement occupée qu'elle a grand'peine à supporter tout autre sentiment. Or, dans ce '-a-, ne serait-ce pas une folie que de renvoyer au moment où le corps éprouve l'assaut le plus rude les affaires les plus importantes de son àme?

Une personne en danger de mort ayant été avertie du péril qui la menaçait, fut si frappée de se voir au moment de quitter la vie, que laissant de côté toute autre pensée, elle se mit à demander avec une sorte de désespoir qu'on lui administrât des remèdes capables de l'arracher à la mort. Un prêtre la voyant dans des dispositions si peu convenables à son état, l'engagea à se détourner de pareils soins, et à invoquer le Seigneur. Mais la malheureuse, au lieu de suivre ce bon conseil, ne répondit que par des injures, au milieu desquelles elle expira. Cette personne avait été pourtant une personne vertueuse.

Jugez par cet exemple du trouble dans lequel la présence de la mort jettera ceux qui aiment la vie, puisqu'elle troubla à ce point une personne qui avait fait profession de la mépriser. J'ai appris d'une autre personne que saisie par une maladie très-grave, et s'imaginant n'être pas éloignée de sa dernière heure, elle désirait vivement s'entretenir quelques instants avec Dieu avant de mourir, et toucher son juge par quelque pieuse supplication : et jamais ses souffrances ne lui laissaient le moment tant souhaité. Si l'on ne peut même pas espérer un seul instant de liberté lorsque la mort est imminente, quel seral'homme assez insensé pour remettre à cette époque l'amendement de toute sa vie ?

La seconde raison de Scot se déduit de ce que la vraie pénitence doit être volontaire, procéder par spontanéité, et non par nécessité. Ce qui Faisait dire k saint Augustin : « Jl ne suffit pas de redouter son juge; il faut encore l'aimer; et il faut le faire volontairement et non nécessairement. » Or, celui qui de toute sa vie n'a pas conçu une seule fois les sentiments d'une vraie pénitence,

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