‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 178 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXV

qui ne l'étaienl pas. Vous ignorez Le moment où l'on viendra, «■! cependanl votre salut dépend de L'étal dans lequel vous serez. Veillez, veillez doue; soyez prêts en toute conjoncture, de crainte que le jour fatal ne vous surprenne , comme i] surpril 1rs vierges folles, et que vous ne soyez, traités comme elles Le furent. Ce sens est le sens littéral de cette parabole. Ainsi L'explique le cardinal Cajétan , lequel ajoute: « Nous apprenons ici que la pénitence différée jusqu'à L'heure <'ù L'on entend ce cri : Voici L'époux qui arrive; c'est-à-dire jusqu'à l'heure de la mort, n'est pas digne de confiance. Jésus Christ nous enseigne plutôt qu'elle n'est pas une vraie pénitence; et eu effet le plus souvent elle ne l'est pas. » Ce théologien résume ensuite la doctrine du divin Maître en ces tenues : « La leçon que nous devons recueillir des paroles du Sauveur est celle-ci : Les vierges folles furent exclues des noces de l'époux , parce qu'elles n'étaient pas prêtes à son arrivée ; les vierges sages y furent admises parce qu'elles l'étaient. D'où il suit que nous devons aussi toujours l'être, puisque nous ne savons pas l'heure à laquelle l'époux arrivera. »

On ne saurait désirer un avertissement plus explicite que celuilà. Comment, après une démonstration qui ne laisse lien à désirer, les hommes peuvent-ils entretenir une confiance mensongère? Si la lumière de l'Evangile n'avait pas éclairé ce sujet, je ne m'étonnerais pas de l'illusion dans laquelle vivent la plupart des chrétiens. Mais après que le Maître du ciel a proclamé ,1a vérité, après que le souverain Juge a promulgué lui-même les lois rigoureuses de son jugement, et les circonstances dont il serait accompagné, il faut être dépourvu de tout sens pour se persuader que les choses se passeront d'une autre manière.

Réponse à quelques difficultés.

Vous opposerez peut-être à ce qui vient d'être dit: Est-ce qu'une seule parole ne sauva pas le bon larron à l'heure de la mort? Saint Augustin vous apprendra, Lèvera et falsa pœnit., que cette heure fut à la fois pour le bon larron l'heure de sa conversion et celle de son baptême. Il lui arriva ce qui est arrivé à plusieurs

LA i.l IDE DES PECHEl US.

autres, de mourir après avoir été baptisé, et consequenmient d'aller droit an ciel.

<>n vous dira aussi que la conversion du bon larron fut un de - qui avaient été prédits comme l'une des principales marques de la venue du Sauveur, et l'une des principales preuves de sa divinité. De même qu'il convenait qu'à la mort du Fils de Diea le soleil s'obscurcit, la terre tremblât, les sépulcres s'ouvrissent, les morts ressuscitassent, en témoignage de la dignité de Celui qui expirait; il convenait aussi que sa mort fût précédée du salut du bienheureux larron. Sa confession, du reste, ne fut pas moins admirable que sa conversion. Il confessait sur la croix la royauté du Christ; il annonçait la foi quand les apôtres la reniaient ; il honorait un Dieu que tout le monde blasphémait. Ce miracle faisant partie du plan de la vie du Sauveur, il serait extrarag mt de croire qu'il s'en accomplira toujours de semblables.

Dans tous les Etats de l'univers, il y a des choses qui se font ordinairement, et d'autres qui se font extraordinairement. Les premières concernent tous les citoyens; les secondes ne concernent que quelques particuliers. 11 en est ainsi dans cet état divin que nous appelons l'Eglise. Un fait ordinaire et régulier c'est que, selon la doctrine de l'Apôtre, la fin des méchants ressemble à leurs œuvres, c'est-à-dire qu'en général une bonne mort couronne une bonne vie , et une mauvaise vie est suivie d'une mauvaise mort. C'est encore une vérité ordinaire que la vie éternelle sera le partage de ceux qui ont fait le bien, et le feu éternel de ceux qui ont fait le mal. Nous la trouvons à chaque pas dans nos saints Livres. Les Psaumes la chantent, les prophéties l'assurent, les apôtres la prêchent, les évangélistes l'annoncent. David la résumait en ces termes : « Dieu a parlé et j'ai entendu ces deux choses: que la puissance appartient au Seigneur, aussi bien que la miséricorde , et qu'il rendra à chacun selon ses œuvres. » Psalm. lxi, 12 et 13. Voilà en peu de mots l'abrégé de toute la philosophie chrétienne.

Un de ses principes les plus généraux est donc que la vie des justes et des pécheurs sera terminée par une fin proportionnée à leurs œuvres. Cependant le Seigneur peut déroger à cette loi : il peut , par une faveur spéciale et pour sa gloire , accorder la mort

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