LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXV
On juste à des hommes qui auront vécu en pécheurs; il peut, par un de ses secrets jugements , permettre qu'une heureuse navigation aboutisse à un naufrage; je veux dire, qu'un homme
dent la vie a été extérieure ni celle d'un juste, fasse la mort
«l'un pécheur. « Qui sait, disait Salomon, si l'espril des enfants d'Adam monte en haut, et si l'esprit des animaux descend en bas! •• Eccl. m, -21.
Quoique le plus souvent les âmes des chrétiens qui vivent comme des animaux soient précipitées dans l'enfer, tandis que les Bines dont la conduite a rie raisonnable montent au ciel, il peut cependant, en vertu d'une décision particulière de la divine Providence, en être différemment. .Mais dans tous les cas, le principe le plus sur et le plus général est celui-ci : Quiconque vivra bien mourra bien. C'est pourquoi nul n'a le droit de se rejeter sur des grâces spéciales. Ces grâces ne sont accordées qu'à un très-petit nombre; et rien ne nous autorise à penser que nous compterons parmi les privilégies.
On raisonne quelquefois d'une autre manière; et, s'appuyant sur ce principe que les sacrements de la loi de grâce transforment l'atlrition en contrition, on prétend que l'on aura du moins cette attrition, laquelle avec le secours des sacrements sera suffisante pour le salut. Nous répondrons que toute douleur n'est pas l'attrition qui suffit à une bonne réception du sacrement de pénitence. "Soto, in iv ; dist. 19; qu. vi, art. 2. Il y a plusieurs sortes de douleurs que l'on appellera , si l'on veut, attrition ; mais parmi ces sortes de douleurs , une seule est capable de donner à l'homme la contrition indispensable : et cette attrition n'est connue de personne excepté de l'Auteur même de la grâce.
Les saints docteurs n'ignoraient pas ces principes de la théologie ; et pourtant vous avez vu combien leurs expressions sont peu rassurantes ; vous avez vu saint Ambroise déclarer qu'il accorderait volontiers le sacrement a celui qui le réclamerait, mais qu'il ne répondrait pas de son salut. Si vous alléguez la pénitence des Ninivites, dont le motif était la crainte d'être exterminés dans quarante jours, rappelez-vous les austérités auxquelles ils se livrèrent , le changement qui s'opéra dans leur vie. Opérez dans
la vôtre un semblable changement, et la miséricorde divine ne vous fera pas (lofant. Mais non; à peine êtes- vous rétabli en par» faite santé, que vous reprenez vus anciennes habitudes, que vous révoquez tontes vos promesses: que voulez-vous que l'on pense de votre pénitence !
Conclusion de ce qui précède.
Si nous parlons comme nous avons fait, ce n'est pas dans le dessein de fermer à qui que ce soit la porte du salut et de l'espérance , porte que les saints n'ont jamais prétendu fermer, et que personne n'a le droit de former; mais afin de forcer le dernier retranchement à l'abri duquel les méchants veulent poursuivre leurs désordres. Maintenant pour l'amour de Dieu, mon frère, dites-moi si les Pères, les saints, l'Ecriture et la raison elle-même vous signalent d'une commune voix les dangers de la pénitence finale, oserez-vons bien exposer à ces dangers votre salut? Quel serait le fondement de cette confiance? Les prières et les promesses que vous vous proposez de faire, sans doute? Les vierges folles eurent beau se hâter, frapper cà la porte , supplier l'époux : tout cela fut inutile. Vous comptez peut-être sur les larmes que vous répandrez? Assurément, les larmes sont toujours précieuses; et bienheureux celui qui les versera de tout cœur. Mais souvenezvous des larmes de celui qui céda son droit d'aînesse pour satisfaire sa gourmandise; il pleurait, non la faute commise envers Dieu, mais ce qu'il avait perdu : aussi, nous dit l'Apôtre, ses larmes coulèrent en vain. Vous vous reposez sur les bons propos que vous formerez? Les bons propos sont excellents, mais lorsqu'ils sont sincejvs. Antiochus, frappé parla main de Dieu, formait aussi de magnifiques résolutions, des résolutions qu'on ne peut lire sans en être touché. Néanmoins l'Ecriture dit : « Il priait Dieu , le misérable; et il ne devait pas en recevoir miséricorde. » C'est que ses résolutions procédaient, non de l'amour du Seigneur, mais de la crainte scrvile, laquelle, sans être mauvaise, est impuissante pourtant à mériter le royaume des cieux. La crainte des peines de l'enfer peut très-bien naître de l'amour que l'homme se porte