‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 18 sur 308 · UVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER

qui 1.^ expriment ne sont pas moins bornés; on peut les renfer- Êaer dans une définition particulière, leur assigner des caractères distincts et déterminer le genre auquel elles appartiennent. Mais cette souveraine substance, infinie dans son être, l'est aussi dans son pouvoir et dans tout le reste; nulle définition capable de l'exprimer, nul genre où elle soit comprise, nul lieu qui la renferme, pas de nom qui représente parfaitement ce qu'elle est. Et précisément parce qu'elle n'a pas de nom, observe saint Denis, elle a tous les noms possibles , puisqu'elle possède en elle toutes les perfections que ces noms signifient.

Il résulte évidemment de laque toutes les créatures peuvent être embrassées ou comprises, parla raison qu'elles ont des limites déterminées ; tandis que l'Etre divin, par là même qu'il est infini, demeure incompréhensible à tout entendement créé. Ce qui n'a pas de bornes , dit Aristote , ne saurait être embrassé par aucun entendement, si ce n'est par un entendement infini. C'est ce que nous donnent à entendre ces deux séraphins que le prophète , Isa. vi, 2, vit à coté de la majesté de Dieu ; ils étaient assis sur un trône sublime , ayant chacun six ailes ; avec deux de ces ailes ils cachaient la face de Dieu , et avec deux autres ils cachaient ses pieds. Cela veut dire , en effet , comme l'explique un interprète , que ces esprits souverains eux-mêmes, élevés néanmoins au plus haut des deux, et plus rapprochés de Dieu que toutes les autres créatures , ne peuvent comprendre tout ce qu'il est , ni posséder de son être une connaissance pleine et entière , quoiqu'ils le contemplent à découvert dans son essence et dans sa beauté. Un homme qui se tient sur le rivage de la mer voit en réalité la mer elle-même, bien qu'il ne puisse en embrasser ni la profondeur ni l'étendue ; de même ces purs esprits et tous les autres élus qui habitent le céleste séjour, voient Dieu réellement, mais sans pouvoir mesurer ni l'abime de sa grandeur ni celui de son éternité. C'est encore pour cela que Dieu nous est représenté, Ban. m, 55, et Psal. xvu, 11, assis sur les chérubins, qui reçoivent immédiatement les trésors de la sagesse divine , et demeurent néanmoins au-dessous de sa grandeur infinie qu'il ne leur est pas donné d'embrasser ou de comprendre.

- ml là les ténèbres que Dieu, comme s'exprime le même prophète, Pa ' rvn, 12, a placées autour de son tabernacle. Et cela nous fait entendre ce que l'Apôtre nous dit d'une manière claire et Formelle, 1 Tim. vi, 16, à savoir que Dieu habite dans une lumière inaccessible, où nul ne saurait pénétrer; e1 si le prophète appelle cette lumière ténèbres, c'est qu'elle arrête la vue de toute Intelligence crééeet l'empêche de comprendre la nature divin.-. Rien o'est plus éclatant ni plus visible que le soleil, comme dit admirablement un philosophe; et il n'est rien que nous puissions moins voir, soit à cause de la supériorité même de sa clarté, soit à cause de la faiblesse de notre vue. Ainsi en est-il de Dieu; il n'est aucun être aussi intelligible en lui-même , il n'en est aucun aussi peu compris de nous dans les conditions de notre vie présente.

Si vous aspirez donc à la connaissance de Dieu, sachez que lorsque vous serez parvenu à la dernière limite des perfections qu'il vous est donné de concevoir, il vous reste encore une route immense i parcourir, ou plutôt c'estl'infmi qui s'étend devant vous; car en réalité Dieu est infiniment supérieur à tout ce que vous avez pu concevoir; plus même vous comprendrez qu'il est incompréhensible , plus vous serez avancé dans la connaissance de son être. Aussi, sur cette parole de Job, v, 9 : « Il opère un nombre infini d'œuvres grandes et incompréhensibles, » saint Grégoire s'exprime-t-il ainsi : « Jamais nous ne parlons plus éloquemment des œuvres de la toute-puissance divine , que lorsque nous demeurons devant elle , étonnés , ravis et silencieux ; le silence est la seule louange que nous puissions convenablement donner , quand la parole est impuissante à rendre les perfections qu.- nous voulons louer. » Saint Denis l'aréopagite nous conseille également d'honorer par une muette vénération de l'âme, par un ■uence plein de crainte et d'amour , les saintes obscurités qui cachent à nos regards la souveraine majesté d'un Dieu qui fait ployer les plus sublimes entendements sous le poids de sa gloire. Le saint docteur semble faire allusion ici à ces paroles du prophète. />ïinl. i .xiv, 1, telles qu'on les lit dans la traduction de saint Jérôme : « La louange est muette devant vous, Dieu de Sion. »

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