‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 19 sur 308 · LIVRE PREMIER! CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER! CHAPITRE PREMIER

Ce qui veut dire sans doute que la plus parfaite louange de Dieu consiste à garder ce chaste et respectueux silence, dans lequel respire la conviction de notre impuissance à comprendre Dieu; nous confessons de la sorte l'incompréhensible grandeur et la majesté souveraine de cette ineffable substance, de Celui dont l'être est au-dessus de tout être , le pouvoir au-dessus de tout pouvoir , la gloire au-dessus de toute gloire , et dont l'essence elle-même , enfin , s'élève à une distance incommensurable , par de là toute autre essence, visible ou invisible.

Saint Augustin dit dans le même sens : « Quand je cherche mon Dieu, je ne cherche ni une forme corporelle , ni la beauté du temps, ni le doux éclat de la lumière, ni des chants mélodieux, ni le parfum des fleurs , ni les onguents aromatiques , ni le miel , ni la manne si agréable au goût , ni rien , en un mot , de ce que ma main peut toucher ou embrasser; non, je ne cherche rien de tout cela quand je cherche mon Dieu. Mais je cherche une lumière audessus de toute lumière et que les yeux ne sauraient voir , une voix supérieure à toute voix et qui ne peut frapper les oreilles , un parfum au-dessus de tout parfum et que l'odorat n'a jamais senti, une douceur supérieure à toute douceur et telle que le goût ne saurait la percevoir , un embrassement mystérieux et divin , qui n'a aucun rapport avec le tact ; car cette lumière resplendit sans rayonner dans l'espace , cette voix résonne sans frapper les airs, cette odeur se fait sentir sans que le vent la transporte , cette saveur se fait sentir sans affecter le palais , et cet éternel embrassement va droit à l'àme. » Conf. x, 6, et Solil. cap. 31.

Si vous désirez vous faire comme une légère esquisse de cette grandeur infinie , portez les yeux sur l'ordre et la beauté du monde , l'œuvre de la main de Dieu ; et par la magnificence de l'effet, vous pourrez vous élever un peu à la noblesse de la cause. Rappelons d'abord un principe établi par saint Denis , c'est que dans toute cause on peut distinguer l'être, la puissance et l'opération ; et que de plus ces trois choses sont entre elles dans un rapport parfait, si bien que tel est l'être, telle est la puissance, telle

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us L'opération. Ce principe une fois posé, contemplez aussitôt L'ordre admirable . la merveilleuse beauté et la grandeur ineomprènensible de cet univers. 11 y a au ciel dès étoiles qui , selon les calculs des astronomes, sont plusieurs centaines de fois plus grandes que la terre »'t la nier réunis. Voyez encore la variété comme infime «lis créatures qui peuplent toutes les parties du monde, ta terre, les eaux, les airs et tout le reste. Ces créatures ont reçu un.' organisation si parfaite , qu'on n'a pu jusqu'à ce jour y rien découvrir ni d'excessif ni de défectueux eu égard à la destination île leur être . et ceci n'est nullement contredit par l'existence de quelques monstres, où l'on ne saurait voir que des aberration^ accidentelles.

Ce 1 aste et majestueux ensemble de l'univers, Dieu l'a créé tout entier dans un instant, comme le pensent saint Augustin et saint Clément d'Alexandrie; il l'a l'ait passer du non-être à l'être , sans matériaux préalables et sans aucun élément, sans auxiliaires, sans instruments d'aucune sorte, sans modèle extérieur ni dessin trait* d'avance, sans avoir besoin du temps pour achever son œuvre ; une seule expression de sa volonté suffit pour que tous les êtres qui composent cet univers et toute cette innombrable armée de la création paraissent à la lumière. Il y a plus; avec la menu- facilite qu'il a créé ce monde, il eût pu en créer des milliers d'autres, s'il l'avait voulu, plus grands encore, plus beaux et plus peuplés; il aurait pu enfin les anéantir sans plus d'efforts, aussitôt après leur avoir donné l'existence.

I >if i-s-moi maintenant si, comme nous l'avons admis avec l'aréopagite . par les effets et les œuvres on connaît la puissance des ■ anses, et par la grandeur de leur puissance la grandeur même de leur être , quelle sera la puissance dont une telle œuvre a procède , et quel sera l'être qui fait éclater une puissance aussi incompréhensible ? cet être est au-dessus de tout éloge et de toute pens.e. Nous pouvons même croire que les œuvres de sa puissance, tant celles qui existent que celles qui peuvent exister , ne sauraient égaler la grandeur de cette puissance même, et que celle-ci les surpasse d'une manière infinie, puisqu'elle est infinie dans son essence et dans son étendue. Qui donc ne serait saisi

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