‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 181 sur 308 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

De ceux qui 'persévèrent dans le péché, et comptent néanmoins sur la divine

miséricorde.

Il existe des chrétiens qui persévèrent dans le péché, et qui néanmoins comptent sur la divine miséricorde et sur les mérites de la passion du Sauveur. Nous devons détruire leur illusion.

Yous dites que la miséricorde de Dieu est bien grande, puisqu'il

est mort sur la croix {■■ m l< s pécheurs. Je vous avoue qu'elle est bien grande en effet. Ne souffre-t-elle pas que \<'iiv malice s'ansedesa bonté; ne souffre-trelle pas que vous vous servi»'/,, pour armer le péché, de la croix avec laquelle elle a voulu le détruire? Ne souffre-t-elle pas que vous lui refusiez une vie que Jésus-Christ vous a conservée au prix de la sienne, quand vous devriez lui consacrer mille vies, si vous les aviez? Votre conduite est plus amère à votre Rédempteur que la mort elle-même; car il ne s'est pas plaint de celle-ci, et il s'est plaint de celle-là par ces paroles du Prophète : « Les pécheurs ont appuyé et élevé sur mes épaules l'édifice de leurs iniquités. » Psalm. cxxviu, 3.

Je vous le demande : qui vous a instruit à tirer de la bonté divine la conséquence que vous pouvez faire le mal impunément? Ce n'est pas ce que nous enseigne l'Esprit-Saint. Yoici au contraire comment nous raisonnerons, si nous l'écoutons : Dieu est bon ; par conséquent il faut le servir, lui obéir et l'aimer sur toutes choses. Dieu est bon : donc il faut que je le sois; donc je puis espérer qu'il me pardonnera, si grand pécheur que j'aie été, dès que je me tournerai de tout cœur vers lui. Dieu est bon, infiniment bon : donc il serait odieux d'offenser sa bonté. — Ainsi, plus vous exaltez la bonté en laquelle vous vous confiez, plus vous aggravez votre ingratitude. Et comme il n'est pas convenable qu'une si noire ingratitude demeure sans châtiment, la justice de Dieu qui, loin d'être opposée à sa bonté, la protège et la venge, saura bien vous faire expier votre iniquité.

Ce prétexte d'ailleurs n'est pas nouveau ; depuis longtemps il a cours parmi les hommes. Chez le peuple de Dieu, il distinguait les faux des vrais prophètes. Tandis que ceux-ci annonçaient au nom de Dieu les châtiments dont les menaçait sa justice; ceux-là promettaient en leur propre nom paix et miséricorde. Et lorsque l.s Beaux divins avaient démontré l'autorité des uns et l'usurpation des autres, les prophètes disaient : « Où sont les hommes qui vous rassuraient et qui protestaient que Nabuchodonosor ne fondrai1 pas sur vous? » Jerem. xxxvu, 18.

Vous allé. nez la grandeur de la miséricorde divine. Croyezmoi, vous qui parlez ainsi, Dieu ne vous a pas ouvert les yeux

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