‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 183 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVI

ï.iit de L'injure de Mardochée que par L'extermination de la race juive : quel châtiment exigerait l'injure faite à L'infinie majesté «If Dieu ? C'esl pourquoi un seul acte de sensualité bannit h jamais l'homme du paradis terrestre, ravil à tous ses descendante le droit d'en jouir. Après tant de siècles, Le fils en naissant porte la blessure du père : avant de savoir pécher il est pécheur et pour Dieu mi objet d'aversion. Malgré Le nombre des hommes qui ont subi tes conséquences de la prévarication originelle, malgré le tpmbre des coups dont ils ont été frappés, Le Seigneur ne l'a pas encore oublié. Toutes Les peines que L'humanité a souffertes, toutes Les morts qui ont eu lieu, toutes les tortures qui sont réservées dans les fiammes de L'enfer aux âmes coupables, sont autant d'étincelles qui ont jailli de ce foyer primitif , autant d'œuvres de la divine justice. Et •••'pendant La rédemption du Christ en a atténué la rigueur. Car, autrement, o^eUe différence y aurait-il eue entre L'homme et le démon? le salut de l'un n'aurait pas été plus facile aue le salut de l'autre. — Eh bien ! cette manifestation de la justice de Dieu vous semble-t-elle raisonnable ?

Et comme si le joug du péché d'origine n'était pas assez accablant, les enfants d'Adam ont amoncelé faute sur faute, attire châtiment sur châtiment. Le genre humain périt tout entier sous les eaux du déluge. Une pluie de feu et de soufre dévore les cinq villes infâmes. La terre engloutit tout vivants Dathan et Abiron qui résistent à Moïse, Gen. vu, etNum. xvi. Deux enfants d'Aaron, Nadab et Abiu sont, à cause de leur négligence, la proie de flammes sorties du sanctuaire; ni le sacerdoce dont ils étaient revêtus, ni la sainteté de leur père, ni la familiarité de leur oncle Moïse avec Dieu, ne parviennent à les sauver, Levit. x. Un mensonge en apparence léger frappe instantanément de mort Ananie et Sapphire, Act. i.

Que dirais-je, si j'abordais les jugements incompréhensibles du Seigneur? Le plus sage des rois, celui que l'Ecriture appelle « le bien-aiméde Dieu, » II Reg. xn, 25, Salomon se prosterne devant les idoles. Quelle chose épouvantable ! Vous frémiriez encore plus si vous connaissiez les jugements de ce genre que Dieu exerce tous les jours dans son Eglise. Vous verriez bien des étoiles tombées

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mit la terre, des chrétiens qui naguère mangeaient à la table divine Le pain des anges, se rassasier avec la nourriture du plus vil des animaux ; des ftmes plus pures, plus belles que l'ivoire devenir loul à coup plus noires que le charbon; et tout cria à cause de leurs fautes; car l'ordonnance du plan divin n'impose pas à l'homme de nécessité, et ne le dépouille pas dans ses œuvres de son libre arbitre.

Mais la preuve la plus éclatante de la rigueur de la justice divine est la satisfaction qu'elle a exigée pour pardonner au monde. Il n'a rien moins fallu que la mort du Fils unique du Père. Quelles paroles plus émouvantes que les paroles adressées par Notre-Seigneur aux filles de Jérusalem : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; pleurez sur vous et sur vos enfants , car il viendra des jours où l'on dira : Heureuses les stériles , heureux le sein qui n'a pas conçu, les entrailles qui n'ont pas enfanté ! Alors on dira aux montagnes : Tombez sur nous; et aux collines : Engloutisseznous. ( ai si l'on traite ainsi le bois vert, comment traitera-t-on le bois sec ! » Luc. xxiu, -2$ et seq. Le Sauveur ne semble-t-il pas nous dire en ce passage : Vous voyez l'arbre de l'innocence et de la vie, l'arbre que nul ver n'attaque jamais, livré aux flammes de la justice divine pour les péchés d'autrui. Qu'adviendra-t-il de l'arbre stérile et sec que la malice à chargé de ses propres péchés? Vous voyez la justice ne pas fléchir devant un acte de la plus admirable miséricorde : fléchira-t-elle devant les actes réprouvés par la charité?

Si vous ne sentez pas la force de cette raison, songez à l'éternité des peines de l'enfer, et jugez par là de la justice de Dieu. Des tourments sans fin punissent un péché qui dure un instant. Cette justice qui vous effraie n'est cependant pas moins certaine que la miséricorde qui vous rassure. Dieu, du trône de sa gloire, contemplera l'âme pécheresse en proie durant des années inépuisables à d'affreuses tortures ; et il ne compatira jamais à ses soutirâmes, et il maintiendra le décret de son supplice, d'un supplice sans fin, sans espérance et sans remède. 0 profondeur de la justice divine f 0 abîmes et mystère insondables! Existe-t-il un homme que cette pensée ne pénétrera pas de tremblement et d'horreur?

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