‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 185 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVI

qu'ils n'entrent pas dans votre justice. » Psalm. lxvhi, 88. Qu'il désigne par ces mots L'éloignemenl •!"' la loi divine, il le montre quand il ajoute aussitôt : o Qu'ils soient rayés du livre des v ivants, <-l qu'ils ne soient pas écrits parmi les justes. »

La diffusion et La multiplication du mal «'-tant un signe de la colère dl Seigneur, comment se fait-il qu'à travers les iniquités dont le monde est couvert, vous n'aperceviez pas le bras de justice? De quelque côté que vous portiez vos regards, pareil an naufragé qui ne voit que ciel et eau, vous ne découvrirez qu'iniquités. Et en voyant l'iniquité, vous ne verrez pas la justice? Vous êtes en pleine mer, et vous ne voyez point d'eau! La terre est on océan de péchés : que peut-elle être en même temps sinon un océan de justice ? Il n'est pas nécessaire pour contempler Téilat de la justice divine que vous descendiez dans l'enfer; il vous suffit d'être en ce monde pour en être frappe.

Vous ne distinguez, dites-vous, rien de ce qui vous environne : alors jetez un regard sur vous-même. Par cela seul que vous êtes en état de péché, vous êtes sous le glaive de l'infinie justice; et plus vous êtes tranquille et insouciant, plus vous en ressentez les atteintes. Ainsi en avait-il été quelque temps de saint Augustin. « J'étais plongé dans un abîme de péché, nous raconte-t-il luimême: votre colère, ô mon Dieu ! avait prévalu sur moi. et je ne le comprenais pas. J'étais devenu sourd , au bruit des chaînes de ma misérable nature; et l'ignorance où j'étais de votre colère et de ma malice était le châtiment de mon orgueil. » Vous aussi vous éprouvez un châtiment de ce genre , puisque vous êtes aveuglé sur vos iniquités : pourquoi donc vous bercez-vous d'idées fausses et vaines? Celui que Dieu favorise peut, se féliciter de sa miséricorde; mais celui que Dieu châtie ne peut que craindre sa justice. Si la miséricorde divine ne s'oppose pas à ce que vous demeuriez de la sorte dans le péché, croyez- vous qu'elle s'opposera à ce que vous s. ivez précipite dans l'enfer? Oh ! si vous connaissiez le court intervalle qui sépare le péché du supplice , la grâce de la gloire ! Un homme est en état de grâce ; rien n'est facile pour lui comme le passage de la grâce à la gloire. 11 est en état de péché ; rien n'est facile pour lui comme le passage du péché au supplice qui lui est

LA i.l [DE DES PECHE! RS.

réservé. De même que la grâce est Le principe et le commence-* meut »]»■ la gloire; de même le péché esi le principe et le commencemenf <!e L'enfer.

Ajoutez à ces motifs de crainte Le i^raml nombre de ceux que Dieu abandonne à des tourments éternels, el le petit nombre de ■ iux qui se suivent. Nous apprenons cette vérité de la bouche même de celui qui compte les étoiles du firmament et qui Les Ile chacune par son nom. On ne peut pas ne pas être saisi d'effroi lorsqu'on entend les paroles si bien connues et si mal pratiquées, que le Sauveur répondait à ses disciples. Ils lui demandaient si les élus seraient nombreux : « Efforcez-vous, leur répond-il, d'entrer par la porte étroite; car elle est large la porte, elle esi spacieuse la voie qui conduit à la perdition; et il y en a beaucoup qui la suivent. Oh! qu'elle est étroite la porte, qu'elle est resserrée la voie qui conduit à la vie ; et qu'ils sont peu nombreux ceux qui la trouvent ! » Mat:h. vu, 13, et Luc. xui, 24.

Comment exprimer le sentiment qui arrachait au divin Maître cette douloureuse exclamation : « Qu'elle est étroite la porte; qu'elle esi resserrée la voie du salut ! » Les personnes qu'épargna le déluge furent en -bien petit nombre, puisqu'elles n'étaient que huit. Elles figuraient, nous dit saint Pierre II Petr. u, 5, le petit nombre des élus comparé au grand nombre de ceux qui se damnent.

Les Hébreux à la sortie d'Egypte étaient plus de six cents mille, sans compter les femmes et les enfants. Dieu les combla de toutes sortes de faveurs pour leur faciliter l'entrée de la Terre promise. Et pourtant ils se rendirent indignes de la grâce qu'il leur offrait; et deux d'entre eux seulement pénétrèrent dans la terre de Chanaan. Les docteurs voient là généralement une figure des rares chrétiens qui se sauvent, et une image prophétique de ce mot du Sauveur : a II y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, » Mat th. xx, 10. Ce n'est pas sans raison que l'Ecriture donne souvent aux justes le nom de pierres précieuses. Ce nom signifie que les uns sont aussi rares que les autres, et en aussi petit nombre. D'ailleurs Salornon n'a-t-il pas dit : « Le nombre des insensés est infini ? » Ecd. i,.%.

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