‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 188 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVI

l;i loi commune? Les descendants de David trouvaient une sorte de privilège dans la sainteté de leur père : ce qui n'empêcha pas le Seigneur de les châtier quand ils le méritèrent, H d'infliger à quelques-uns une fin désastreuse. El vous nourririez une vainc confiance, une fausse sécurité ! Erreur, mon frère, cireur, si vous appelez cela de l'espérance. Ce n'est pas de l'espérance, mais de la présomption. Espérer, c'esl croire qu'en se repentant et en se séparant du péché, on obtiendra de Dieu son pardon, quelque méchanl qu'on ail été : présumer, au contraire, c'est croire qu'on Sera sauvé malgré la persévérance dans le péché. Ne vous figurez pas que la présomption soit une faute ordinaire ; elle est une de ces Eautes contre le Saint-Esprit, un de ces outrages à la bonté divine, qui d'après le Sauveur ne seront pardonnes ni dans ce monde, ni dans l'autre, Matth. xn , c'est-à-dire qui obtiendront très-difficilement leur rémission. Ils ferment, autant qu'il est en eux, la porte de la grâce • ns offensent le médecin qui peut nous rendre la vie.

Conclusion.

finissons par cet avertissement de la vérité même : « Ne soyez pas sans inquiétude sur le péché remis, et n'ajoutez pas prévarication sur prévarication. Ne dites pas : la miséricorde du Seigneur est grande, il aura pitié de mes nombreuses fautes, far son indignation est aussi prompte que sa miséricorde ; et les regards de sa colère s'abaissent sur les pécheurs. » Eccli. v, 5 et seq. — Vous l'entendez : nous ne devons pas être sans inquiétude sur les péchés remis. D'où vient que vous n'en avez aucune , ajoutant sans cesse les péchés aux péchés? Et remarquez bien cette parole : « Les regards de sa colère s'abaissent sur les pécheurs ; » car de l'intelligence de cette parole dépend l'intelligence de votre misère. Encore que la miséricorde divine embrasse à la fois les justes et les pécheurs , maintenant les uns , appelant et encourageant les autres ; cependant les faveurs signalées que Dieu promet dans ses Ecritures, concernent particulièrement les justes. Ceux-ci observant avec fidélité les commandements divins, Dieu observe en re-

tour avec la même fidélité sis promesses ; et il se montre bon père envers eux, comme ils se sont montrés enfants soumis envers lui. Mais Les menaces, les malédictions, les rigueurs, c'est à vous et à vos pareils qu'il les adresse. Quel aveuglement est le votre puisque . au lieu de tenir compte de ce qui vous regarde, vous prenez usina de vous réjouir de promesses adressées à d'autres qu'à vous ■>. Contentez-vous de la part qui vous revient, et laissez au juste la sienne. A vous la colère : tremblez. Au juste l'amour, la 1 ôenveillance : qu'il se réjouisse. En doutez-vous? entendez ces mots du Prophète-Roi, Psalm. xxxm, I6et 17 -.«Les yeux du Seigneur regardent les justes, et ses oreilles écoutent leurs prières. Mais c'est avec une expression de courroux qu'il considère les artisans du mal, et qu'il se prépare à détruire leur souvenir sur la terre. » — «La main du Seigneur, lisez- vous dans Esdras, I Esd. vin, 22, se repose sur ceux qui le cherchent de tout cœur. Son autorité , sa puissance et sa fureur accablent ceux qui l'abandonnent. »

Puisque la vérité est telle , d'où vient votre obstination dans le pé hé? pourquoi cette illusion, cette atonie , cette méprise grossière ? Ce n'est pas vous, objet de haine et d'inimitié, que concernent les caresses de l'amour et de la tendresse divine. Cette part appartient à Jacob, et non à Esaù: c'est la part des bons ; qu'avezvous à y voir , vous qui êtes pécheurs? Cessez de l'être , et elle deviendra la vôtre. Cessez de l'être, et vous entendrez les accents de la providence paternelle de Dieu : jusqu'à présent vous n'êtes qu'un usurpateur, un tyran ; vous violez un objet qui vous est interdit. « Espérez dans le Seigneur, disait David , et faites le bien, » Psalm. xxxvi , 3 ; et dans un autre endroit : « Sacrifiezlui un sacrifice de justice, et espérez en lui. » Psalm. iv, G. Voilà la bonne manière d'espérer, et non celle qui consiste à se jouer de la miséricorde divine , persévérant dans le péché, et comptant toutefois aller en paradis. Espérer, comme il convient, c'est renoncer au mal et invoquer le Seigneur. Rester opiniâtrement dans le mal, ce n'est pas de l'espérance, c'est de la présomption ; ce n'est pas une espérance qui mérite miséricorde ; c'est une présomption qui l'offense et qui en rend indigne. De même que l'Église ne sert de rien à celui qui se reposant sur elle se livre au

Page 1