‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 20 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER. M · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER. M

d'étonnemenl et d'admiration en considérant la grandeur d'un Ici ctic cl il*im tel pouvoir? Si nous ne pouvons pas le voir des peux du corps, il nous est au moins donné de nous représenter un peu ce qu'il doit être en lui-même, par les considérations que nous venons d'indiquer.

Pour nous donner une idée de l'immensité de Dieu, saint Thomas d'Aquin, dans son Compendium de théologie , fait ce raisonnement : Nous voyons, parmi les choses corporelles , que la plus parfaite est également celle qui l'emporte par la quantité. Ainsi l'eau est plus étendue que la terre, l'air plus que l'eau , et le feu l'est encore plus que l'air; le premier ciel, à son tour, est plus grand que l'élément du feu, le second ciel plus grand que le premier, le troisième que le second, et ainsi des autres en remontant jusqu'à la dixième sphère et jusqu'au ciel empyrée, dont la grandeur et la beauté ne peuvent être comparés à rien dans l'univers. Il est aisé de comprendre par là combien le globe terrestre et les eaux qui l'entourent sont peu de chose en comparaison des cieux. Les astrologues disent que la terre n'est qu'un point à l'égard du ciel; et ils le démontrent d'une manière évidente, puisque le cercle que le soleil parcourt dans le ciel étant réparti en douze signes , de quelque point de la terre qu'on les considère , on en découvre parfaitement six , ce qui prouve que la hauteur ou l'épaisseur de la terre ne diffère pas ici d'une feuille de papier ou d'un plan qui serait au milieu du monde et duquel on verrait sans obstacle la moitié du ciel. Par conséquent , le ciel empyrée, le premier et le plus noble de tous les corps qui composent l'univers, étant incomparablement plus grand que tous les autres, nous pouvons en inférer, ajoute le docteur angélique, à quel point Dieu, le premier sans comparaison, le plus grand, le plus parfait de tous les êtres , spirituels ou corporels , leur Créateur à tous, doit l'emporter sur eux, non en quantité matérielle, puisqu'il est un pur esprit, mais dans tous les genres de perfections possibles.

Ceci nous ramène à notre objet. En effet, les perfections de ce grand Dieu sont nécessairement ce qu'est son être lui-même. C'est ce que l'Ecclésiastique dit formellement de la miséricorde : « Autant est grand l'Etre de Dieu , autant est grande la miséricorde

LA Cl IDE DES PÉCHE1 lis.

divine. ■ L'ccli. a , -ia. l'.t il en esl de même de toutes ses autres

ections; en sorte que telles sont aussi sa bonté, sa bienfai-

i majesté, sa mansuétude , sa sagesse, sa douceur, sa no-

9a beauté, sa puissance, ei telle doit être également sa

justice. Il est donc infinimenl bon. infiniment doux, infiniment

aimant, infiniment aimable, infiniment digne d'être obéi, craint

et respecté. Si donc le cœur humain était capable de renfermer un

amour <t nue crainte, une obéissance et un respect infinis,, tous

sentiments seraienl dûs . rigoureusement dus à la majesté de

! ut iv suprême. S'il est vrai de dire, en effet, qu'une personne

mérite d'autant plus de respect qu'elle a plus d'élévation et de

grandeur, la perfection de Dieu étant infinie, il faudrait lui rendre

par là niènif un respect infini. D'où il suit encore, d'une manière

non moins certaine, que tout ce qui manque à nos sentiments

pour arriver à cette mesure, nous éloigne d'autant de la grandeur

«•t de la dignité de notre souverain Seigneur.

Cela • tant ainsi, quelle n'est pas l'obligation qui en résulte pour nous d'aimer ce .Maître suprême et de lui obéir, alors même qu'il n'aurait pas d'autres titres à notre obéissance et à notre amour? Que peut aimer celui qui n'aime pas une telle bonté? nu.- peut craindre celui qui ne craint pas cette Majesté infinie? Et celui qui ne sert pas un tel Maître , à qui donc a-t-il consacré son Pourquoi la volonté nous a-t-elle été donnée, pourquoi même a-t-elle été faite, si ce n'est pour embrasser le bien et l'aimer ? Si c'est donc là le souverain bien , pourquoi notre volonté ne L'embrasse-t-elle pas de préférence à tous les biens possibles? c'est un si grand mal de ne pas l'aimer et le révérer au-dessus 'le tous tes autres, qui peut exprimer le crime de celui qui le met au-dessous de tous? On ne saurait même imaginer que la malice de l'homme put aller jusque-là. C'est néanmoins à ce degré de perversité que parviennent ceux qui, pour un plaisir grossier, ou pour un point d'honneur imaginaire, ou pour un misérable intéréi . offensenl ou méprisent cette infinie bonté. Il en est qui vont encore au delà, et ce sont ceux qui pèchent en quelque sorte pour pécher, c'est-à-dire par pure malice ou par habitude, sans rà cela aucune sorte d'intérêt. Voilà jusqu'où s'est élevée la

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