CHAPITRE XXY1I
De ceux qui allèguent les aspérités et les difficultés du chemin de la vertu.
Un autre prétexte allégué par les mondains est la difficulté que présente le chemin de la vertu. Ils n'ignorent pas néanmoins que cette difficulté ne vient pas de la vertu elle-même , laquelle étant conforme à la raison , l'est conséquemment à la nature raisonnable ; mais de la mauvaise inclination imprimée par le péché à notre chair et à nos appétits. L'Apôtre l'exprimait en ces termes : « La chair s'insurge contre l'esprit , et l'esprit contre la chair, et
LA GUIDE DES l'i.i HEURS.
deux principes sont ennemis l'un de L'autre. >• Galat.v, 17. ■ le dm déle 4e . dit-il ailleurs . dans la Loi de Dieu selon l'homme intérieur. Mais je sens dans mes membres une autre Loi qui con» tredit la loi de l'esprit, et qui m'enchaîne an péché, d Rom. vu. 2-2 ïtrine de ce pas l qu'il existe on parfait accord
entre la loi divine et la partie supérieure de notre âme compi de L'intelligence et de la volonté. Mais la pratique est entravée par la corruption de notre appétit et de toutes nos passions. L'appétit se révolta contre la partie supérieure de l'âme, lors de la rébellion de l'homme contre Dieu; et de cette rébellion naquirent les difficultés qui nous arrêtent. Aussi voit-on plusieurs personneestimer grandement la vertu et ne pas la pratiquer; semblables en ce point aux malades qui désirent vivement la sarde . mais ne peuvent se résoudre à prendre les médecines rebutantes à l'aide desquelles ils la recouvreraient. Puis donc que cette répugnance est la principale barrière qui sépare les hommes de la vertu, dont on reconnaît généralement la dignité, nous n'obtiendrions pas un
iltat à dédaigner, si nous parvenions à démontrer combien elle est dénuée de fondement.
Combien la grâce que mou? recevons par Jésus-Christ nous rend aisé le chemin
de la vertu.
La principale cause de cette illusion vient de ce que l'on regarde le côté rayonnant de la vertu , et non les secours que Dieu nous prodigue pour en surmonter les difficultés. Le serviteur du prophète Elisée, à la vue de la troupe armée qui environnait la maison de son maître , était frappé de crainte. Mais Elisée ayant prié le Seigneur, ses yeux furent ouverts, et il reconnut que leurs défenseurs étaient encore plus nombreux que leurs ennemis. Ainsi arrive-t-il aux hommes qui estiment la pratique de la vertu extrêmement difficile. Ils en jugent de la sorte parce qu'ils en ont expérimenté la difficulté , et qu'ils ne connaissent pas les grâces à l'aide de-quelles elle disparait.
Si le chemin de la vertu présentait autant d'aspérités que vous le croyez, est-ce que le Psalmiste eût pu dire : « Je me suis dé-