LIN JU: PREMIER, CHAPITRE XWII
Y aimiez de tout votre cœur el de toute votre âme. » deut. \\\ . i et seq.
Oli ! si Dieu maintenant vous ouvrait les yeux et, dissipant leurs ténèbres, vous montrail la nature de cette circoncision'! Vous n'êtes pas assez simple pour croire qu'il s'agit d'une circoncision corporelle; quelle est-elle donc? C'est le retranchement de ce que les passions et les Inclinations de notre cœur ont d'excessif el de contraire à l'amour divin. Armé du glaive de sa grâce, Dieu coupera Lui-même , vous assure-t-il, les branches stériles et nuisibles de votre âme ; afin qu'ainsi émondée elle emploie toute sa sève à produire des fruits de salut. Alors vous serez un véritable Israélite, alors vous serez, vraiment circoncis; car votre àme, dépouillée de l'amour du monde , ne conservera plus que l'amour de son Dieu.
Remarquez maintenant, je vous prie, que, ce qu'il vous promet, ce même Seigneur vous ordonne formellement de le faire : « Prenez le couteau de la circoncision , et retranchez les superfluités de vos cœurs. » Jerem. iv, i. Mais, Seigneur, vous m'enjoignez ce que vous me promettez de faire vous-même. Si vous devez l'exécuter , pourquoi me l'ordonnez- vous ? et si je dois le faire, pourquoi me le promettez- vous? Les paroles suivantes de saint Augustin dissiperont votre embarras. «Seigneur, donnez-moi la grâce de faire ce que vous m'ordonnez ; puis ordonnez-moi ce que vous voudrez. » Confes. lib. X, cap.xxxu. De la sorte , Dieu nous ordonne ime chose , et il nous donne en même temps la grâce de l'accomplir. Dans une même action se trouvent réunies sa grâce et sa promesse. A la même action concourent Dieu et l'homme : Dieu comme cause principale , l'homme comme cause secondaire. Dieu aide l'homme comme un grand peintre aiderait l'élève dont il dirigerait la main et le pinceau afin de produire une œuvre irréprochable : tous deux concourent à la même œuvre ; mais il ne revient pas à chacun une part égale ni un honneur égal. C'est ainsi que Dieu en use avec l'homme , tout en respectant son libre arbitre; de façon que l'action accomplie, l'homme doit glorifier le Seigneur, et non se glorifier lui-même, répétant avec le prophète : «Yous, Seigneur, avez accompli en tom. x. 24
nous toutes vos œuvres. » Isii. x.wi. 1-2. N'oubliez jamais eetti parole, el étendes-la à toutes Les prescriptions divines. Tout ce que Dieu vous ordonne de faire, il le fera avec vous. Il vous ordonne de circonsrire votre cœur; il le drconscira avec vous : il vous onl' 111 m' de l'aimer par-dessus toutes choses, il VOUS donnera la grâce nécessaire pour l'aimer, (l'est pour cela que l'on appelle suave le joug du Seigneur; car on est deux à le porter, l'homme et Dieu! et ce que la nature rencontre de difficile, la grâce le rend on ne saurait plus aisé.
Dans le chapitre du Deutéronome cité plus haut, Moïse poursuit en ces termes, xxx , il et seq. : « La loi que je t'impose aujourd'hui , n'est ni au-dessus de toi , ni à côté de toi. Tu ne pourras pas dire : Qui de nous se transportera dans les cieux et l'en rapportera afin que nous l'exécutions; ou bien : Qui de nous traversera la mer, et nous la communiquera? Mes discours sont près de toi, dans ta bouche , dans ton cœur, et tu n'auras pas de peine à les accomplir. » Ce passage du prophète fait disparaître les nuages que les hommes sensuels amoncèlent sur la loi divine. Considérant la loi et non l'Evangile, c'est-à-dire le commandement isolé, et non la grâce qui en facilite l'exécution , ils se plaignent de la difficulté qu'ils rencontrent et ils ne s'aperçoivent pas que c'est contredire ouvertement la doctrine du disciple hien-aimé. « La charité , dit-il, consiste à observer les commandements de Dieu ; et ses commandements ne sont pas difficiles ; car tout ce qui naii de Dieu triomphe du monde. » I Joan. v, 3 et i. En effet , ceux que la réception de l'Esprit divin a faits enfants de Dieu, possèdent Dieu en leur àme , et par suite ont plus de puissance que tout ce qui n'est pas Dieu ; ni le monde , ni le démon , ni l'enfer tout entier ne l'emportera sur eux. D'où cette conséquence , que la nouvelle vigueur dont la grâce est la cause rend léger le fardeau des préceptes divins, accablant par lui-même pour notre faiblesse.
Combien l'amour de Dieu rend facile et ^uave le chemin du ciel.
Cette conséquence ressortira davantage si nous tenons compte du secours que nous prête la charité. L'un des premiers effets de
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la charité esl de rendre le joug du Seigneur très-suave. L'amour, •lit sainl Augustin, ce connaît pas la fatigue. Voyez ceux qui chassent ou qui pèchent. Qui rend ta mère insensible aux soins continuels qu'exige sou curant? l'amour. Qui donne à une
épouse vertueuse la force de veiller nuit et jour au chevet de son époux malade? l'amour. Qui communique aux animaux euxmêmes la sollicitude, l'abnégation en quelque sorte , avec lesquelles ils nourrissent et protègent leurs petits, et même le courage avec lequel ils les défendent? encore l'amour. N'est-ce pas l'amour qui arrachait à saint Paul ce cri admirable : « Qui nous séparera de la charité du < luis! ? sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou le glaive? Je suis certain que ni la mort , ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les vertus , ni les choses présentes, ni les choses futures , ni la force , ni aucune hauteur ou profondeur, ni quelque créature que ce soit ne nous séparera de la charité de notre Dieu. » Rom. vin, 35.
C'était encore l'amour qui portait notre bienheureux père saint Dominique à soupirer après le martyre comme le cerf après les sources d'eaux vives. C'était l'amour qui remplissait saint Laurent d'ardeur ' pour le martyre, et lui faisait trouver rafraîchissantes les flammes dont il était consumé. Rien, selon l'expression de saint Pierre Chysologue, n'est dur, rien n'est amer, rien n'est à charge au véritable amour. Quel acier, quels coups, quels tourments , quelle mort viendraient à bout de l'amour parfait ? L'amour est une cotte de mailles qui ne peut être faussée ; elle défie les flèches , les javelots , les dangers et la mort même : ou, pour tout dire en un mot, l'amour triomphe de toutes choses.
Mais ce n'est pas assez pour lui de triompher des obstacles qui se rencontrent ; il désire les combattre pour celui qu'il aime. Delà, cette soif du martyre dont nous parlions il n'y a qu'un instant ; ce souhait des justes parfaits de répandre leur sang en l'honneur de celui qui répandit le sien pour eux. Ce souhait ne se réalisant pas , ils se tournent contre eux-mêmes , et ils se font leurs propres bourreaux. La faim , la soif, le froid, le chaud, ils endurent tout afin de satisfaire en partie le désir qui les dévore.
Ce langage n'est pas sans doute compris des amis du monde.
Ils il»- s'imaginent pas qu'on puisse aimer ce qu'ils abhorrent, abhorrer ce qu'ils aiment ; et pourtant cela est ainsi. L'Ecriture nous apprend que les Egyptiens donnaient à quelques animaux
la qualité de dieux., et leur offraient leurs adorations. En revanche les entants d'Israël qualifiaient ces prétendus dieux d'abomination , et les sacrifiaient impitoyablement à la gloire du vrai Dieu. A leur exemple les justes qualifient d'abomination les dieux du monde , c'est-à-dire les honneurs , les plaisirs, les richesses ; et ils immolent ces faux dieux à la gloire du Dieu véritable. Donc, que tout chrétien désireux d'offrir à Dieu un sacrifice agréable, remarque ce qu'adore le monde ; qu'il le sacrifie, et qu'il embrasse les choses opposées. Est-ce qu'ils n'agissaient pas ainsi les apôtres lorsqu'ils se retiraient du conseil des Juifs, heureux et joyeux d'avoir souffert pour le nom de Jésus-Christ ? Or , ce qui a été capable de rendre suaves les fouets , les cachots, les chevalets et les bûchers, ne le sera-t-il pas de vous adoucir l'observation des préceptes divins? Ce qui donne aux justes la force de porter nonseulement le fardeau de la loi, mais encore celui des jeûnes, des veilles, des disciplines , des cilices, du dénùment , de la pauvreté , ne vous donnera-t-il pas la force de porter le fardeau des commandements de Dieu et de l'Eglise? Oh! quelle est grande votre erreur ! comme vous connaissez peu la vertu de la lumière et de la grâce divine 1
Des autres choses qui nous rendent aisé le chemin de la vertu.
Ce qui précède est plus que suffisant pour détruire le prétexte dont nous nous occupons en ce chapitre. Mais oublions-le un instant, et supposons que le chemin de la vertu soit semé de difficultés; serait-ce beaucoup d'exiger pour le salut de votre âme ce que vous faites sans peine pour le salut de votre corps? serait-ce trop qu'un peu de souffrance pour échapper à des tourments éternels? Que ferait, à votre avis, le riche de l'Evangile si, les barrières de l'enfer s'abaissant devant lui, il lui était donné de pouvoir expier ses fautes passées? Voilà ce que vous devez faire vous-même ; car, étant pécheur, le même supplice vous est réservé.