‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 194 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE X.WII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE X.WII

En outre, considérez attcuti vcnunt ce que Dion a fait pour vous, ce qu'il vous promet, les nombreux péchés dont vous êtes coupable, les souffrances qu'onl endurées les saints, et surtout celles qu'endura le Saint des saints; et vous rougirez de ne rien souffrir pour Dieu, et vous ne trouverez que dégoùl là où vous trouviez naguère Contentement el plaisir. Aussi saint Bernard disait-il que les souffrances et les tribulations de la vie présente n'approchent ni de la gloire que nous espérons, ni des châtiments que nous redoutons, ni des péchés que nous avons commis, ni des bienfaits que nous avons reçus de notre Créateur. Notre vie resterait toujours au-dessous, quelque agitée qu'elle fût.

\ vous dire le vrai, la peine existe partout clans la vie; mais le chemin des méchants en offre incomparablement plus que celui des bons. Quoique toute marche finisse par lasser, l'aveugle qui trébuche à chaque pas sera plutôt lassé que le voyageur dont les yeux voient les obstacles du chemin. Or, cette vie est un chemin véritable; par conséquent, il faut nous attendre à la fatigue, tant que nous ne serons pas arrivés au terme du voyage. Le méchant, que la passion et non la raison dirige , marche en aveugle ; rien n'étant aussi aveugle que la passion. Les bons, au contraire, que guide la raison, aperçoivent les obstacles ; ils les évitent et voyagent ainsi avec moins de fatigue et plus de sécurité. Il le savait bien, celui qui écrivait : « Le sentier des justes est comme une lumière éclatante qui s'avance et augmente jusqu'au jour parfait. La voie des impies est ténébreuse; ils ne savent où ils se précipitent. » Pmv. iv, 18 et 19. Non-seulement elle est ténébreuse, mais encore elle est glissante, comme nous l'apprend le Roi-Prophète, Psalm. xxxiv, 6. Que de chutes elle doit amener, et combien elle diffère de la voie de la vertu ! De plus, mille ressources permettent aux justes d'alléger la peine qui leur revient en partage. La Providence divine les conduit, la grâce de l'Esprit-Saint les ranime, les sacrements les soutiennent, les consolations divines les réjouissent, les bons exemples les encouragent, les pieux écrits les instruisent, le témoignage d'une conscience sans reproche, l'espérance de la gloire à venir, et une foule de faveurs particulières les soulagent , de telle sorte qu'ils s'écrient avec le Psalmiste : « Oh !

LA Gl IDE DES PÉCHEI i;s.

qu'elles sont douces à mes lèvres, vos paroles, Seigneur : elles flattent mon palais plus délicieusement que le miel. » Vsdlm. . wiii. 10

en réQéchissanl sérieusemenl à ces vérités, que l'on trouvera l'explication de la contradiction apparente des Ecritures sur la Facilité OU la difficulté de la vertu. Tantôt elles vantent sa douceur, comme dans ces paroles de David : « La voie de vos commandements m'a rempli d'autant de délices que tous les trésors du monde. » Ibi'l. 1 i. Tantôt elles en signalent les aspérités, comme dansées autres paroles : « Par amour pour l'expression de votre volonté, j'ai marché dans des chemins difficiles. nTsalm. xvi. i. On trouve en effet ces deux choses, lorsque l'on veut pratiquer la vertu ; la difficulté qui vient de la nature, et la suavité qui vient de la grâce. Si elle est difficile sous un point de vue, elle devient facile sous un autre. Le divin Maître nous enseignait cette vérité quand il nous disait : « Sachez que mon joug est doux et mon fardeau léger. » Matth. xi, 30. En parlant du joug, il indiquait la peine, inséparable de la vertu; en ajoutant que. ce joug est léger, il indiquait le secours que la grâce nous apporte. Si vous me demandiez comment un joug peut être suave , puisqu'il est pesant par nature, je vous répondrais : c'est que Dieu le rend léger, suivant cette promesse formelle : « Je serai pour eux comme si je soulevais le joug dont leurs épaules sont chargées. » Os. xi, 4. Quoi d'étonnant à ce qu'un joug paraisse suave, lorsqu'il est porté par Dieu lui-même? Le buisson au milieu duquel Dieu apparut . brûlait et ne se consumait pas : est-il plus étonnant que nous ne sentions pas la pesanteur d'un fardeau dont Dieu assume la fatigue? Désirez- vous voir un exemple de ces deux choses, écoutez l'Apôtre des Gentils : « En toutes choses nous souffrons la tribulation, mais nous ne nous décourageons pas; nous sommes dans le dénuement , mais nous ne faiblissons pas ; nous sommes persécutés, mais nous ne restons pas sans défense; nous sommes renversés en quelque sorte par la violence, mais nous ne succombons pas. » II Cor. iv, 8 et 9. Yoilà, mon frère , d'un côté le poids de la tribulation, de l'autre la suavité que Dieu lui communique. Le Seigneur nous l'avait annoncé expressément par la bouche

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