LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVII. 3TB
d'Isale: a Ceui qui espèrenl en Dieu trouveronl une nouvelle vigueur; ils prendronl leur essor, comme L'aigle; ils courronl el ne sentiroul pas de peine; ils marcheront ei ils ne se lasseront pas.» /sa. xl, 31. Voyez-vous maintenanl le joug annulé par la grâce, la force de l'esprit succéder à la force de la chair, ou pour mieux dire, La hrcede Dieu remplacer la force de l'homme? Voyez-vous le prophète signaler eu même temps ei La fatigue qui dépend de celle-ci, ei Le soulagemenl que procure celle-là, dans ces simples paroles : « Ils courront et ils ne sentiroul pas de peine; ils marcheront et ils ne se lasseront pas? » N'estimez donc pas raboteux et difficile un chemin que tant de choses concourent à aplanir.
Confirmation de ce qui précède par des exemples. En supposant que ces raisons ne vous convaincraient pas, et que, pareil à saint Thomas, vous exigeriez des preuves sensibles et palpables, je ne vous les refuserais pas ; car aucune preuve ne manque ni n'est de trop pour défendre une si bonne cause. Prenous, à cet effet, un homme qui ait goûté de tout; qui d'abord vicieux et mondain, ait été enfin touché et converti par la grâce de Dieu. Cet homme sera de tout point un excellent juge en cette matière, puisque non-seulement il a entendu parler de ces deux genres de vie, mais qu'il les a expérimentés et qu'il a bu aux deux calices. Demandez à un tel homme lequel de ces deux calices est le plus suave. Au reste, les prêtres chargés de la direction des consciences pourraient vous le dire en connaissance -de cause. Ce sont eux qui gagnent la haute mer, Psalm. evi, et qui sont témoins des merveilles, des changements admirables que le Seigneur y opère. Rien au monde n'est plus étonnant, rien n'inspire un intérêt plus soutenu que le spectacle de l'action de la grâce sur l'âme du j uste. Comme elle le transforme ! comme elle le soulage ! comme elle le fortifie ! comme elle le console ! comme elle règle son intérieur et son extérieur ! comme elle détruit les habitudes du vieil homme ! comme elle déplace ses affections et ses préférences î Comme elle lui fait chérir ce qu'il haïssait, haïr ce qu'il chérissait, savourer ce qui le rebutait, repousser ce qu'il savourait! Quel
courage pour le combat, quelle allégresse, quelle paix, quelle lumière pour couuaitre la volonté de Dieu, la vanité du monde, le prix des choses spirituelles, elle lui communique I Et, ce qu'il y ;(
surtout de plus frappant, est le peu de temps qu'elle met à exé* enter toutes ces merveilles. Il n'est pas nécessaire de fréquenter plusieurs années les écoles des philosophes, d'attendre que la
vieillesse mais aide à suivre la raison et à mortifier nos passions. -' dans l'ardeur de la jeunesse et en quelques jours que s'accomplit ce merveilleux changement. D'où cette pensée de saint Cyprien, que l'on éprouve ce changement avant d'apprendre à le produire ; qu'il s'accomplit non après de longues études, mais par l'action de la grâce et en un instant. La grâce est, pour ainsi parler, un charme qui modifie soudain la disposition des cœurs , et imprime à leurs sentiments une direction opposée.
La contemplation quotidienne de semblables merveilles est bien une des plus précieuses récompenses des prêtres qui s'acquittent du ministère de la confession avec la dévotion convenable. Nous en avons connu pour qui cette faveur devenait la source des plus rapides progrès. Comme Jacob, ils écoutent en silence les récits mystérieux de Joseph, Gen. xxxvn, 11 , et ils apprécient à leur véritable valeur les prodiges que les âmes simples racontent sans les comprendre.
Mais venons à l'exemple des saints qui, ayant vécu quelque temps dans l'illusion des mondains, ont raconté, par une permission de Dieu , les circonstances de leur conversion. Le bienheureux martyr Cyprien, écrivant sur ce sujet à son ami Donat, s'exprime en ces termes : « Au temps où, plongé dans les flots do si» •< le, j'allais sans connaître la vie, privé de lumière et de vérité, je regardais comme impossibles les facilités que la grâce me promettait pour ma guérison et mon salut. Je me refusais à croire que l'homme pût naître de nouveau, recevoir un nouvel esprit, vivre d'une vie contraire à sa vie précédente, et tout en conservant son apparence extérieure, être à l'intérieur entièrement transformé. Je prétendais qu'un tel changement était imaginaire, et que l'on ne pouvait modifier à ce point une manière d'être, basée sur la nature corrompue elle-même et sur des habitudes