‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 198 sur 308 · CHAPITRE XXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYIII

De ceux que l'amour du monde détourne du chemin de la vertu.

Si nous scrutions le cœur des personnes qui ne veulent pas de la vertu , nous trouverions vraisemblablement que l'amour trompeur du siècle en est une des principales causes. J'appelle cet amour trompeur parce qu'il a son origine dans une fausse apparence des choses de la terre, apparence qui captive les ignorants ••t leur fait concevoir une haute estime des choses elles-mêmes. On voit quelquefois des animaux effrayés par un péril imaginaire : c'est ainsi que la plupart des hommes aiment le monde ; ils sont attirés par des délices imaginaires. Or, de même qu'on a coutume de contraindre les animaux ombrageux de passer à côté des objets qui les effraient, afin de dissiper leur vaine frayeur; de même il sera bon de présenter aux regards des mondains ce qu'ils aiment passionnément afin de leur en montrer la futilité et le peu de valeur.

A examiner le monde sous son aspect le plus séduisant, j'y découvre néanmoins six genres de misères dont nul ne me contestera la réalité : La brièveté, les vicissitudes, le danger, l'aveuglement, le péché et l'illusion. Ces misères sont toutes inséparables du bonheur humain; et elles en déclarent ainsi le prix véritable. Parlons en quelques mots de chacune d'elles.

De la brièveté de la félicité humaine.

Assurément personne ne niera que la brièveté soit une con-

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