LIVRE PREMIER, CHAPITRE XWHF. 38H
dition essentielle de la félicité que procure le monde. En effet, cette félicité ne peul pas être plus durable que la vie même de L'homme. Nous avons traité ailleurs assez longuement <I<* la courte durée il»' cette vie [Tr. de l'omis. Médit, pour le munit soir) : et elle es! bien courte puisqu'elle oe dépasse presque jamais cent ans. Et encore combien 3 eu a-t-il qui atteignenl cet âge! J'ai vu des évoques mourir au bout de deux mois, des papes au bout d'un mois, déjeunes mariés au bout d'une semaine. Le présent et le passé fourmillent d'exemples pareils. Accordons cependant que votre vie soit très-longue. Que sont, dit saint Chrysostome. cent années, deux cents, quatre cents, passées dans les jouissances du monde, en comparaison de l'éternité! « Si un homme, lisons-nous dans l'Ecclésiaste, xi, 8, vivait de nombreuses années, s'il y goûtait une infinité de plaisirs, il devrait se souvenir du temps des ténèbres et de ces jours sans fin qui, arrivés, convainquent de vanité les jours écoulés.» Toute félicité , quelque grande qu'elle ait été n'est que vanité en face de l'éternité. Les méchants eux-mêmes l'avouent, au livre de la Sagesse, v, 13, et ils proclament qu'ils étaient à peine au monde quand il a fallu mourir. Elle leur paraîtra donc bien courte cette vie, puisqu'il leur semble n'avoir vécu qu'un jour, et avoir passé aussitôt du berceau dans la tombe. D'où il suit que tous les plaisirs , toutes les satisfactions d'ici-bas leur paraîtront mensongères et fantastiques. Ces paroles d'Isaïe le déclarent admirablement, xxix, 8 : « De même qu'après avoir rêvé qu'il mangeait, l'homme ne se trouve pas plus rassasié lorsqu'il se réveille ; de même qu'après avoir rêvé qu'il buvait, il ne se trouve pas plus désaltéré , lorsqu'il se réveille ; ainsi adviendra-t-il aux peuples qui ont combattu contre la montagne de Sion. » Leur prospérité aura été si courte , qu'une fois passée , ils croiront qu'elle n'a été qu'un songe rapide.
Que reste-t-il davantage de la gloire des monarques et des princes qui ont régné sur la terre? « Où sont, demande Baruch, m, 16 et seq., les chefs des nations qui disposaient du sort des bêtes sauvages, qui se plaisaient à chasser les oiseaux, qui amoncelaient l'or et l'argent , si recherchés des hommes , et qui
ne croyaient jamais en posséder assez? <>ù sonl les hommes qui
travaillaient ces ouvrages merveilleux dont on ne pèul savoir le nombre? Ils ne sont [tins, ils sont descendus dans le tombeau, et d'autres onl paru à leur place.» Que sont devenus les sages, les
hommes de lettres, les scrutateurs des secrets de la nature? <>ù est la gloire de Salomon? Où sont le fameux Alexandre, le puissaut Ajssuérus? I >ù sont les Césars et les autres rois de l'univers? De quoi leur ont servi la vanité, la puissance, les serviteurs nombreux, les richesses, leurs armées, leurs bouffons, les sociétés res et équivoques dont ils étaient entourés? Tout cela a disparu comme une ombre, comme un songe; toute cette félicité s'est abîmée en un seul instant. Voilà, mon frère, ce qu'est la durée de la félicité humaine.
De? vicissitudes et des misères inséparables de la félicité humaine.
Après la brièveté viennent les mille sortes de misères inévitables en cette vie; je dirais mieux, en cette vallée de larmes , en ce lieu d'exil, sur cette mer de tempêtes. Les misères humaines sont véritablement plus nombreuses que les moments de notre existence; chaque jour amenant son souci, chaque heure son épreuve. Mais quelle langue pourrait les exposer? Qui comptera toutes les infirmités de notre corps, toutes les passions de notre àme, tous les désastres qui atteignent nous on nos semblables! L'un vous dispute votre patrimoine ; l'autre en veut à votre vie ; l'autre tache votre honneur; la haine, l'envie, les embûches, l'esprit de vengeance , les faux témoignages, les armes, la langue plus redoutable encore , vous font tour à tour une guerre acharnée. Ajoutez à ces misères les accidents sans fin comme sans nom qui surviennent tous les jours. L'un perd un œil , l'autre un bras; celui-ci tombe de cheval, celui-là d'une fenêtre; l'un se noie dans une rivière , une autre se ruine en prêtant caution. Voulezvous encore d'autres maux, demandez aux gens du monde si leurs plaisirs ne sont pas mélangés d'amertume. Je ne doute pas que mises en balance avec les heures de plaisir , les heures d'ennui ne l'emportent de beaucoup, et qu'on ne trouve cent