LIVRE PREMIER, CHAPITRE WVIII
lii'uivs d'ennui pour une seule de plaisir. Or, si la vie humaine à la brièveté joint encore t.uii d'autres misères, que reste-t-il, je vous prie, «le félicite véritable?
Les misères dont nous venons de parler sont communes aux bons et aux méchants, qui naviguant sur la même nier sont sujets aux mêmes orages. Il en est de particulières aux méchants, et très-propres conséquemment à nous rendre leur genre de vie abominable. Ces misères sont les fruits de leurs iniquités. Quanta leur étendue, écoutez ce que ces malheureux en disent eux-mêmes: «Nous nous sommes lassés dans les voies de l'injustice et de la perdition ; nous avons parcouru des chemins difficiles, et nous n'avons pas connu celui du Seigneur. » Sap. v, 7. Ainsi, tandis que les bons vont du paradis de la terre au paradis du ciel , du repos de l'une au repos de l'autre , les méchants n'ont à espérer après l'enfer de cette vie que l'enfer de la vie future, après l'enfer d'une mauvaise conscience que l'enfer des tourments.
Diverses causes concourent à multiplier les misères du pécheur. Dieu d'abord, en qualité de juge équitable, inflige les unes afin que la faute ne reste pas sans châtiment ; et quoique en général ce châtiment soit réservé pour l'autre vie, quelquefois cependant il commence dès celle-ci. La providence divine embrasse simultanément les nations et les individus : et de même que la multiplication des péchés sur la terre attire des fléaux universels, tels que la famine , la guerre , la peste , les hérésies ; de même les péchés des individus attirent sur eux un châtiment particulier. C'est pourquoi Dieu disait à Caïn : « Si tu fais le bien , tu en recevras la récompense. Si tu fais le mal , tu trouveras à ta porte ton péché,» Gen. iv, 7, c'est-à-dire, ton châtiment. Moïse donnait un avertissement semblable au peuple hébreu , lorsqu'il lui adressait ces paroles : « Vous savez que votre Dieu est un Dieu fort et fidèle ; qu'il est miséricordieux envers ceux qui l'aiment, et qu'il observe ses promesses envers ceux qui observent ses commandements , jusqu'à la millième génération. Mais il rend aussi haine pour haine à ceux qui le haïssent ; il les brise sur-le-champ , et sans différer, il leur donne aussitôt ce qu'ils méritent.» Dent, vu, 9 et 10. Remarquez- vous ces expressions accumulées, sur-le-
champ, tant différer, aussitôt? Elles indiquent clairement qu'outra les ohâtimentsde la vie future, 1rs méchants recevront des châtiments proportionnés à Leurs crimes dans la vie présenté. De là une foule de calamités, de souffrances qui les éprouvent ; de là une succession continuelle de soucis, de fatigues et de peines qu'il- sentent fort bien, mais dont ils ne connaissent pas l'origine. Ils voient en cela une des conditions de leur nature , et non la punition de leurs fautes. Comment d'ailleurs ne le verraient-ils pas de cette manière . eux qui ne reconnaissent pas dans les avantages naturels autant de bienfaits du Seigneur, et qui ne lui en témoignent aucune gratitude?
D'autres peines sont infligées aux méchants par les représentants de Dieu sur la terre et par les ministres de sa justice. Ce sont la captivité, les bannissements, le déshonneur, la confiscation, etc.; choses qui compensent abondamment le plaisir du crime , et dès cette même vie, le leur font expier au centuple. Leurs appétits et .leurs passions déréglées sont une source nouvelle et intarissable de peines. Qu'attendre eneffetd'une tristesse démesurée, d'une crainte sans fondement, d'espérances incertaines , de désirs désordonnés, d'une affliction déraisonnable sinon des secousses violentes et des soucis continuels? Plus de paix ni de liberté de cœur; l'inquiétude les agite, le péché les entraîne, la prière leur devient impossible, le sommeil s'enfuit, et tous les jours de la vie s'écoulent tristes et malheureux. Toutes ces misères naissent de l'homme même et du désordre de ses penchants. Jugez maintenant du bonheur possible dans ces conditions.
Des pièges et des daDgers du monde.
Si le monde ne causait que des peines et des afflictions corporelles , il n'y aurait pas de quoi s'effrayer ; mais il est semé de dangers autrement redoutables. Ces dangers qui menacent l'âme arrachaient au Prophète cette parole : « Dieu fera pleuvoir les pièges sur les pécheurs. » Psalm. x , 7. Que de pièges le saint roi découvrait dans le monde, puisqu'il les comparait aux gouttes d'eau qui tombentduciel? liait, et avec raison « sur les pécheurs ; »