LIVRE PREMIER, CHAPITRE PREMIER
.■.irruption du monde! 0 incompréhensible aveuglement ! ô stupidité qui place L'homme au-dessous de la bétel ô aveugle fureur, et seulement digne tics démons! Que ne mérite pas une telle conduite? Quel est le châtiment proportionné à la grandeur de ce désordre ? Nul autre assurément que celui qui est suspendu sur la tête de ces hommes insensés, à savoir les feux éternels de l'enfer: et encore ce châtiment n'est-il pas entièrement en rapport ave,- l'offense.
Voilà donc le premier titre auquel nous sommes obligés d'aimer et de servir le Seigneur. Et cette obligation est tellement grande , que toutes celles que nous pouvons avoir en ce monde , n'importe à l'égard de quelles personnes, à raison de leur perfection ou de leur excellence, ne sauraient en réalité porter le nom d'obligations quand on les compare à celle-là. En effet, de même que les perfections créées ne peuvent être appelées des perfections véritables quand on les compare à celles de Dieu , de même en est-il des obligations qui en résultent , et aussi des outrages qui leur sont faits. C'est ce qui faisait dire à David, Psal. l, 6, qu'il avait péché contre Dieu seul , bien qu'il se fût rendu coupable envers Urie , qu'il avait fait mourir ; envers la femme de ce fidèle serviteur , qu'il avait déshonorée , et même envers tout le royaume , qu'il avait scandalisé. Et néanmoins il dit que c'est contre Dieu seul qu'il a péché : c'est que ce roi pénitent savait bien que toutes ces offenses envers les créatures , tous ces divers caractères de difformité présentés par son crime , n'étaient rien en comparaison de cette laideur qui lui était imprimée par cela seul qu'il était une révolte contre Dieu. Cette vue l'affligeait donc tellement , qu'il semblait ne faire aucune attention aux autres aspects du même péché. Si Dieu est infiniment supérieur à toute créature, les obligations que nous avons envers lui et même les outrages que nous lui faisons , participent en quelque sorte à cette grandeur. Or , entre le fini et l'infini 0 n'y a pas de comparaison possible.
LA t.l ll»i: DES PÉCHEURS.
( HVPITRE IL
Du second motif qui nous oblige a la pratique de la vertu et au service \ - , à sa ùir le bienfait de la création.
Nous sommes obligés à pratiquer et à garder les commandements de Dieu, non-seulement à cause de ce que Dieu estenluimème . mais de plus à cause de ce qu'il est par rapport à nous , • -ii-iliiv a i-auso de ses innombrables bienfaits. Bien que nous ayons ailleurs pari»'' de ces bienfaits, dans un autre ordre d'idées, nous devons y revenir ici, afin de nous mieux convaincre par une telle considération des obligations que nous avons envers notre divin bienfaiteur.
Le premier de tous ces bienfaits est celui de la création. Mais , comme celui-ci est tellement connu , je n'en dirai qu'une chose , c'est que L'homme est dans l'obligation de s'employer tout entier au service de l'Auteur de son être ; car, aux yeux d'une loi quelconque, nous sommes redevables de tout ce que nous avons reçu. Or, du moment où par un tel bienfait nous avons reçu de Dieu t< >ut ce que nous sommes , le corps avec tous ses sens , l'àme avec toutes ses puissances, nous sommes dans la rigoureuse obligation d'employer toutes ces choses, chacune à sa manière, au service de notre Créateur, sous peine de nous rendre coupables à son I d , et de vol et d'ingratitude. Quand un homme a bâti une maison . à qui cette maison doit-elle servir , si ce n'est au maître qui l'a faite ? A qui doivent appartenir les fruits de la vigne , si ce n'est à celui qui l'a plantée ? Au service de qui un fils doit-il s'employer preférablement à celui du père qui lui a donné le jour ? De là vient que, selon les lois, le pouvoir du père sur ses enfants est • ii quelque sorte illimité. Le droit va même jusqu'à lui permettre de les vendre dans un cas de nécessité. 11 est si naturel, en effet, qu'il soit maître d'une existence dont il est le principe, qu'il semble pouvoir en disposer même de cette manière.
Mus si le pouvoir du père sur son enfant est tellement étendu,