LIVRE PREMIER, CHAPITRE XXVIII. IM
peine que la santé ne nous cause de plaisir; l'injure nous blesse plus que ne nous Mutait L'honneur. Il y a je ne sais quelle inégalité incontestable cuir.' les biens el les maux; les premiers agissant avec moins d'énergie surl'àme humaine que les seconds. Toutes ers réflexions mettent dans Le jour le plus manifeste combien est trompeuse La félicité du monde.
Conclusion des observations précédentes.
Vous avez là, mon frère , l'image réelle du monde, quelle que puisse être son image apparente; vous avez là aussi la valeur réelle du bonheur qu'il procure : il est court, et rempli de dangers, de misères, d'aveuglement, de péchés et d'illusions. Le monde n'est donc, comme l'a dit fort bien un philosophe, qu'une arche de souffrances, une école de vanités, un asile d'illusions, un labyrinthe d'erreurs , un cachot de ténèbres , un chemin de brigands, un marais fangeux, et une mer sans cesse agitée. C'est une terre stérile , un champ pierreux , un buisson d'épines, une prairie dont l'herbe cache de nombreux serpents, un jardin fleuri , mais sans fruits, une rivière de larmes, une fontaine de soucis, un poison trompeur, une fiction achevée, un frénésie dé licieuse. Tous ses biens sont faux, et tous ses maux sont réels. Chez lui pas de paix sans angoisses ; la sécurité est sans fondement, la crainte est sans cause , le travail sans fruit , les larmes sans raison , les projets sans succès, l'espérance sans motif, la joie sans vérité. Rien n'y est vrai que le mal et la douleur.
Vous constaterez encore une ressemblance frappante du monde et de l'enfer. Si l'enfer n'est qu'un séjour de tourments et de crimes, quoi de plus fréquent en ce monde ? « Jour et nuit , disait le Psalmiste, l'iniquité en couronne les remparts, et l'on ne voit au milieu que peine et injustice. » Ps. liv, 1 1 . Tels sont les fruits du monde ; tels sont les objets dont on y trafique : de tous côtés on n'y aperçoit que peine et injustice , faute et châtiment. Or, si l'enfer , comme nous le disions tout à l'heure , n'est qu'un séjour de tourments et de crimes , ce monde-ci ne sera-t-il pas un enfer véritable ? Ainsi en jugeait saint Bernard : « N'était l'espérance d'une
antre vie, il ne verrait, disait-il. qu'un»1 légère différence ente
momie et l'enfer, i Sert*. iv Aseens.
Qae la vraie féKcité ne se trouve qu'en Dieu, et que le inonde esl impuiBsaiM
à la procurer.
Nous venons de voir clairement combien est illusoire et vainc la félicité dn monde. Il nous reste à prouver maintenant que
la félicité véritable, impossible à trouver dans le monde, ne se trouve qu'en Dieu. Cette démonstration, si elle était bien comprise des mondains, les détournerait sans doute de l'amour du siècle. Nous allons donc l'essayer, en nous appuyant non-seulement sur l'autorité, mais sur la raison elle-même.
Partons de cette vérité , que nulle créature ne sera jamais parfaitement heureuse avant d'avoir atteint sa dernière fin, c'està-dire, le plus haut degré de perfection dont sa nature soit susceptible. Tant qu'elle ne sera pas arrivée à ce point, il lui manquera quelque chose: et le malaise naîtra infailliblement des besoins qu'elle n'aura pas satisfaits. Or, je vous le demande, quelle est la fin dernière de l'homme, quel est l'objet dont la possession constituera sa félicité; quelle est, comme disent les théologiens, sa béatitude objective? Vous ne pouvez nier que cet objet ne soit Dieu. S'il est notre premier principe, il est par cela même notre dernière fin; il est aussi impossible d'avoir deux dernières fins que d'avoir deux premiers principes; ce serait supposer l'existence de d» ux divinités. Dieu étant la fin dernière de l'homme , et conséquemment sa béatitude ; et deux fins dernières étant impossibles, il s'ensuit que hors de Dieu il n'y pas de bonheur possible. Et en effet de même que le gant n'a été fait que pour la main, la gaîne que pour l'épée, le cœur humain n'a été cre i ru air Dieu ; en Dieu seul il trouvera son repos; en Dieu seul il sera satisfait : hors de Dieu, il sera toujours pauvre et nécessiteux. En voici du reste une raison plus explicite.
L'intelligence et la volonté sont les principaux sujets de la félicité ; comme elles sont les deux plus nobles facultés de l'homme, tant qu'elles ne seront pas satisfaites, l'homme ne saurait être