LIVRE PREMIER, CHAPITRE WMI
satisfait. Or, il es1 évident qu'en Dieu seul elles trouveront a complète satisfaction. Car suivant le raisonnement de saint Thomas. I P. q. 86, art. 2 in '■or/*., L'intelligence ne connaîtra jamais un tel nombre de choses qu'elle ne puisse el ae désire <'n connaître davantage, si L'on peu! en connaître davantage. De même, la volonté n'aimera el ne savourera jamais tel nombre de biens qu'elle ne puisse, si la chose est possible, el ne désire en posséder davantage. Par suite, ces deux puissances ne seront pas en repos jusqu'à ce qu'elles rencontrent un objet universel en qui soient renfermes tous les biens; et qui, une fois connu et possédé, ne laisse aucun autre bien à posséder, aucune autre vérité à connaître. De là il resuite que .nulle créature, fût-ce le monde entier, ne rassasiera jamais notre cœur: Dieu seul pour lequel il a été créé . est capable de le faire. Plutarque raconte qu'un empereur, parvenu à ce rang élevé du rang de simple soldat, avait accoutumé dédire : « .l'ai traversé toutes les conditions, et aucune ne m'a procuré le honheur. » Comment en eùt-il été différemment, puisqu'en Dieu seul, son unique et suprême fin , l'homme trouvera le repos suprême?
Pour comprendre plus aisément cette vérité, considérez l'aiguille aimantée d'une boussole : Dieu lui a communiqué de telles propriétés qu'elle se tourne toujours vers le nord ; changez sa direction , et vous verrez avec quelle agitation , avec quelles secousses elle reprend sa position normale ; cette position reprise, elle demeure immobile comme si elle était retenue avec des clous. C'est de la même manière que l'homme se tourne naturellement vers Dieu, comme vers le pôle de son existence, son principe et sa fin dernière. Tout le temps qu'il passera dans une direction diverse , possédàt-il tous les trésors du monde , il sera en proie au trouble et à l'inquiétude. Reprend-il sa direction naturelle, il retrouve le calme , et avec le calme le bonheur. Donc , celui-là seuj sera heureux qui possédera Dieu; celui-là sera plus près du bonheur qui sera plus rapproché de Dieu. Or, les justes étant icibas les plus rapprochés de Dieu, ils sont les plus heureux des hommes, tandis que le bonheur est tout à fait inconnu au monde.
Et la raison en est bien simple : le bonheur ne consiste pas
LA l'.l DDE DES PECHEl RS.
dans les plaisirs sensibles el corporels, comme le pensent les épicuriens, les disciples de Mahomet, el ces mauvais chrétiens, mahométans déguisés, qui reniant de bouche la doctrine de cet imposteur, en observent dans la pratique les maximes, el n'as* Dirent à d'autre paradis que le sien. Que t'ont en effel une infinité de riches et de puissants du siècle, surtout pendant leur jeunesse, sinon rechercher et goûter tous les divertissements imaginables? Et cette conduite qu'est-elle autre chose que placer avec les sectateurs d'Epicure sa dernière lin dans le plaisir, et avec ceux de Mahomet, son paradis dans la matière? 0 vous , disciples de pareils maîtres, pourquoi ne détestez-vous pas la vie de ceux dont vous flétrissez le nom et les enseignements ? Si vous voulez icibas du paradis d'Epicure , soyez assuré que vous ne posséderez pas celui du Christ. Le bonheur que vous poursuivez ne réside ni dans le corps, ni dans les biens du corps, mais dans l'esprit, mais dans les biens spirituels et invisibles, comme vous le répètent les plus grands philosophes , et le confirment dans un sens encore plus élevé les docteurs chrétiens. Voilà ce que vous inculque le Psalmiste , lorsqu'il vous dit : « Toute la gloire de la fille du roi est intérieure; et elle est pareille à des franges d'or et à mille ornements précieux. » IKsalm. xliv, 1 i et 1.%. Ces biens vous donneront plus de paix et d'allégresse que n'en ont éprouvé, que n'en éprouveront jamais tous les rois de la terre. Je pourrais ajouter que les grands de la terre ont eux-mêmes prouvé que de l'amitié de Dieu naissait le seul contentement véritable. Plusieurs parmi eux ont renoncé de gaîté de cœur aux honneurs et aux richesses, dès qu'ils ont eu goûté la douceur de la vertu. Saint Grégoire ne fut élevé que malgré lui sur la chaire pontificale; et il ne cessa pas un instant de soupirer après la cellule de son cher monastère, comme le captif soupire en terre infidèle après la terre de la liberté et de la patrie.
Preuve de l;i doctrine précédente par des exemples.
L'illusion que nous combattons est si répandue et si séduisante qu'il ne sera pas inutile de joindre à la preuve précédente une