‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 223 sur 308 · LIVRE H, CHAPITRE II. ;-j · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE II. ;-j

yeux du Seigneur. Autres sonl les jugements portés par Celui qui •■si la justice même, autres Les pensées des faibles mortels. Dieu déteste encore moins le pécheur humilié que le juste orgueilleux ,

si toutefois on peut appeler juste celui qui est le jouet de l'orgueil. Si vous comptez avoir accompli quelques bonnes œuvres, craignez qu'elles ne se trouvenl à la fin plutôt mauvaises que lu nmes. (les œuvres étaient peut-être bonnes en elles-mêmes; mais elles furent entachées «le tant de défauts, accomplies avec une telle tiédeur, que vous devez demander plutôt pour elles pardon que récompense. C'est ce qui faisait dire à sainl Grégoire: «Je tremble pour la vie vertueuse elle-même, si Dieu vient à la juger en laissant de côté sa miséricorde. Les mêmes choses par lesquelles elle espère être agréable à ses yeux, deviendraient alors un sujet de condamnation et de honte; car nos maux sont des maux purs et réels, et le bien que nous faisons n'est jamais purement un bien , infecté qu'il est de tant d'imperfections et de lâchetés. Vos bonnes œuvres vous doivent donc être un sujet de terreur plutôt que de confiance. Tels étaient les sentiments du saint homme Job quand il disait : Je tremblais dans toutes mes œuvres sachant que vous ne pardonneriez pas à mes délits. »

Moral, ix, 11 et 27.

De quelques autres remèdes particuliers contre l'orgueil.

S'il est vrai que le sentiment essentiel de l'humilité est la connaissance de soi-même, l'ignorance de soi est nécessairement la source de l'orgueil. Celui qui veut donc sérieusement acquérir la vertu d'humilité, doit avant tout travailler à se connaître luimême; c'est uniquement ainsi qu'il pourra gagner ce précieux trésor. Comment, en effet, ne s'abaisserait pas dans ses propres pensées, celui qui se considérant lui-même, à la lumière de la vérité, se trouve souillé de mille vices, portant encore les restes impurs des voluptés charnelles, plongé dans les plus grossières erreurs, environné de' craintes vaines et puériles, assiégé de toute sorte de perplexités et d'angoisses, courbé sous le poids d'un corps mortel, si facilement enclin à tout mal, si lent et si paresseux pour accomplir un bien quelconque? Non, en vérité, si vous

v. u> étudie/, vous-même avec ane sérieuse attention, vous né

trouverez rien en vous qui puisse vous devenir un sujet de satisn et de complaisance.

Mais il y a des hommes qui savent s'humilier quand ils se considèrent uniquement eux-mêmes, et qui s'enorgueillissent quand ■rteiit leurs regards sur les autres; car la comparaison qui se fait alors dans leur esprit a pour résultat de les élever audessus «le leurs semblables. Ceux qui se laissent leurrer par une telle illusion, qui présument ainsi d'eux-mêmes, devraient néanmoins considérer que , s'ils sont réellement supérieurs aux autres bous certains rapports , ils se trouveraient de beaucoup inférieurs, •lument parlant, en apprenant à mieux se connaître. Comment pouvez-vous vous élever dans votre propre estime et rabaisser le prochain, parce que vous pratiquerez mieux que lui l'abstinence ou le travail , par exemple , tandis qu'il sera plus humble ou plus prudent, plus patient ou plus charitable que vous? Vous devez donc -sous appliquer par-dessus tout à rechercher ce qui vous manque et non à contempler ce que vous possédez, à voir les vertus qui ornent l'àme de votre frère, plutôt que celles dont vous croyez être doué; cette tendance d'esprit vous maintiendra dans des sentiments d'humilité et ranimera sans cesse en vous le désir de la perfection. Mais si vous tenez au contraire vos regards attachés aux qualités vraies ou imaginaires dont votre cœur se flatte de posséder le trésor, si vous ne voyez chez les autres que ce qui peut leur manquer, il est naturel que vous vous préfériez à eux, et il ne l'est pas moins que vous vous ralentissiez dans l'amour de la vertu; une fois qu'on s'est jugé meilleur que les autres, on en vient bientôt à se tenir satisfait de soi-même, et l'on n'éprouve plus la noble et nécessaire ambition de faire quelques progrès dans le bien.

Si vous prenez sujet d'une bonne œuvre quelconque pour concevoir de vous-même des sentiments avantageux, veillez à ce qui Se passe alors dans votre âme , songez que cette satisfaction personnelle détruira tout le mérite de l'œuvre que vous aurez accomplie, et que la vaine gloire en deviendra facilement la ruine et le tombeau. N'attribuez rien à vos propres mérites, rapportez tout

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