‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 224 sur 308 · LIVRE II. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE II

divine bonté, réprimez toutes les suggestions <!•■ L'orgueil en redisant ces belles paroles du grand Apôtre : «Que possé lez-vous que vous n'ayez reçu? el si vous ave/, boni reçu, pourquoi vous m glorifier comme si tout venait de vous-même? »> I Cotinth. iv,7. Quand les bonnes œuvres que vous faites sont des œuvres de nerfection et de surérogation, à moins que votre dignité ne vous fasse un devoir de les laisser paraître, tenez-les cachées à tel point que « votre main gauche - e que fait votre main droite , »

selon l'eue gique expression de l'Evangile, Mutth. vi, 3. La vaine gloire a promptement raison des œuvres qui se produisent au grand jonr. Quand vous sentirez s'élever au dedans de vous des pensées d'orgueil et de vaine complaisance, hâtez-vous d'appliquer le remède à ce mal naissant; et le remède consiste alors à vous remettre devant les yeux les péchés que vous avez commis, et spécialement les plus honteux ou les plus graves. Vous agirez ainsi à ia laeon d'un sage médecin, qui se sert habilement d'un poison pour en combattre un autre. Comme le paon qui fait la roue, la vanité a toujours pour effet de trahir vos plus honteuses faiblesses, et de la sorte elle porte en elle-même un correctif à la téméraire ambition de ses penséss.

Plus vous êtes grand , plus vous devez avoir d'humbles sentiments de vous-même. Petit et bas, ce n'est pas beaucoup que vous soyez humide ; mais si vous savez vous humilier alors que vous êtes dans les dignités et les grandeurs , vous acquérez un mérite réel, vous pratiquez une vertu peu commune; l'humilité dans les honneurs, c'est le plus bel ornement de ces honneurs mêmes, c'est la dignité de la dignité, ou, pour mieux dire, quand l'humilité fait défaut , toute dignité s'évanouit et disparaît.

Si vous désirez sincèrement acquérir la vertu d'humilité, entrez avec courage et marchez avec persévérance dans le chemin des humiliations; si vous redoutez d'être humilié, jamais vous ne parviendrez à être humble. Et, quoiqu'il soit vrai de dire que les humiliations ne conduisent pas toujours à l'humilité, que beaucoup d'hommes sont humiliés sans en devenir moins orgueilleux, on ne saurait douter néanmoins que l'humiliation, comme le dit admirablement saint Bernard, Epist. lxxxvii, ne soit la voie or-

dinaire par où il faut passer pour arriver à l'humilité, tout Comme la patience est la voie qui mène à la paix, et l'étude celle qui nous élève à la science. Ne vous contentez donc pas d'obéir humblement à Dieu, mais « soyez encore soumis à toute créature humaine par amour pour Dieu, » comme nous le recommande le Prinre des apôtres, l Petr. n, 13.

Saint Bernard veut qu'il y ait trois craintes qui gardent toujours notre cœur : une quand nous possédons la grâce, l'autre quand nous l'avons perdue, et la troisième quand nous recouvrons ce céleste trésor. Craignez, lorsque vous êtes en grâce avec Dieu, de peur que vous ne fassiez quelque chose qui vous en rende indigne; et ne laissez pas de craindre encore après que vous avez recouvré la grâce , de peur que vous ne reveniez la perdre. En vivant dans une semblable crainte, vous serez en garde contre les inspirations de l'orgueil, puisque cette crainte de Dieu les remplacera dans votre âme et leur en fermera l'entrée.

De plus soyez patient dans toutes les persécutions et les peines que vous aurez à subir ; car c'est la patience dans les injures qui est la pierre de touche de la véritable humilité. Gardez-vous de mépriser les petits et les pauvres; la misère d'autrui doit uniquement exciter votre compassion, si vous avez un cœur noble et chrétien. Ne vous plaisez pas dans des habits somptueux ou recherchés, l'humilité du cœur est incompatible avec une telle recherche; celui qui s'y laisse entraîner est l'esclave des regards du monde, puisqu'il ne s'habille de la sorte que lorsqu'il doit en être vu. N'allez pas néanmoins tomber dans un excès contraire, en portant des habits plus vils qu'il ne convient à votre état; sous prétexte de fuir la gloire, c'est pour vous la procurer que vous agiriez peut-être ainsi. Beaucoup cherchent à plaire aux hommes, et se montrent dédaigneux de leurs applaudissements; si bien qu'en fuyant les louanges, ils prennent un moyen détourné, mais d'autant plus sûr de les obtenir. Ne méprisez pas enfin les fonctions obscures et les petits emplois ; l'homme véritablement humble, bien loin de les éviter, comme étant indignes de sa personne, s'offre de lui-même pour les occuper, jugeant que rien dans le monde n'est au-dessous de lui.

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