‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 225 sur 308 · CHAPITRE Fil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Fil

Des remèdes contre l'avarice.

L'avarice est un amour désordonné des biens et des richesses terrestres. Ce n'est donc pas seulement celui qui dérobe le bien d'autrui qu'on doit tenir pour avare, mais bien encore celui qui déaire ce bien d'autrui, ou qui s'attache au sien propre d'une manière désordonnée. Ce vice est condamné par le grand Apôtre, quand il dit : « Ceux qui désirent acquérir les richesses, tombent dans la tentation et dans les pièges du diable; ils conçoivent des désirs inutiles et funestes, qui entraînent les hommes à la perdition; car la concupiscence est la racine de tous les maux. » I Jim. vi, 0 et 10. Rien ne pouvait mieux faire ressortir le poison renferme dans ce vice, que cette dernière parole; car enfin elle nous fait clairement entendre que l'homme sujet à l'avarice est par là même capable de tous les autres péchés.

Lors donc que ce vice si dangereux viendra livrer assaut à votre àme, armez-vous pour le repousser des considérations suivantes : Remettez-vous d'abord devant les yeux, vous surtout dont le cœur serait déjà le triste jouet de l'avarice, que votre Seigneur et votre Dieu , quand il est descendu du ciel pour venir en ce monde, n'a pas voulu de ces richesses, qui sont l'unique objet de vos désirs; mais, bien au contraire, il a tellement aimé la pauvreté, qu'il a choisi pour mère une vierge humble et pauvre plutôt qu'une reine dans l'opulence et la grandeur; il n'a pas voulu naitre dans un magnifique palais, ni reposer en naissant dans un berceau splendide et délicat, une crèche abandonnée fut son unique berceau, et quelques brins de paille servirent de couche à ce divin Roi. Pendant tout le temps qu'il a passé sur la terre , il n'a cessé de manifester son amour pour la pauvreté et son profond mépris pour les richesses ; pour en faire ses ambassadeurs et ses apôtres , il a pris non des princes ou de grands seigneurs, mais quelques pauvres pécheurs plongés dans l'indigence. Or, que peut-il y avoir de plus révoltant que de voir un

!.\ ci !DK DES PECffil RS.

ver de terre ambitionner La richesse, tandis que le Maître de l'univers a voulu vivre au sein de la pauvreté?

Voyez aussi combien sont vils ,et rampants les sentiments de votre cœur, puisque vous sacrifiez, pour un intérêt minime et grossier, une âme immortelle faite à L'image de Dieu, rachetée par Le sang de ce Dieu même, c'est-à-dire à un prix en comparaison duquel le monde tout entier n'est qu'un pur néant. En effet, Dieu n'eût pas donne sa vie pour tout ce qu'il y a dans le monde, et il n'a pas craint de la donner pour sauver l'âme humaine. Les vraies richesses ne consistent ni dans l'argent, ni dans l'or, ni dans les pierres précieuses , mais bien dans les vertus qui sont l'apanage exclusif d'une bonne conscience. Mettez de côté les vaines opinions des hommes, et vous verrez que l'or et l'argent ne sont, après tout, qu'une terre plus ou moins brillante, et dont leur faux jugement fait tout le prix. Ce que tous les philosophes étrangers aux lumières du christianisme ont constamment méprisé, vous, disciple du Christ, appelé dès lors à de plus nobles pensées, à de plus hautes vertus , vous le regardez comme une chose tellement grande que vous en devenez le très-humble serviteur, mi plutôt le malheureux esclave. « Celui-là n'est-il pas, en effet, l'esclave des richesses , qui les garde comme un trésor auquel il n'ose toucher? Mais celui qui en a secoué le joug en dispose à son gré, comme le fait un seigneur et maître. » C'est ainsi que s'exprime saint Jérôme, super Malth. i, G.

N'oubliez pas la parole du Sauveur : « Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l'argent. » Matth. vi, 2i. L'homme ne peut pas s'élever librement vers Dieu, contempler avec amour sa beauté souveraine, s'il est sans cesse haletant à la poursuite des richesses du monde. Les joies spirituelles et divines ne sauraient trouver place dans un cœur déjà rempli par les plaisirs matériels et terrestres. Non, jamais les réalités supérieures ne pourront s'unir aux choses vaines et périssables ; la vraie grandeur ne s'allie pas avec la bassesse; les biens éternels sont incompatibles avec les biens temporels, les délices de l'àme avec les voluptés de la chair; jamais on ne pourra jouir en même temps des unes et des autres.

11 est une autre considération que vous ne devez pas perdre de

Page 1