CHAPITRE IV
Remède contre la luxure.
La luxure est un appétit désordonné des plaisirs sales et déshonnétes. C'est ici l'un des vices les plus généralement répandus, et celui de tous peut-être qui est le plus insatiable dans ses désirs et le plus audacieux dans ses entreprises. Saint Bernard l'a dit avant nous, les plus rudes combats que le chrétien ait à soutenir sur la terre sont ceux où la chasteté est en jeu ; la lutte est de tous les jours, bien rare est la victoire.
Lors donc que ce vice honteux viendra livrer à votre cœur de dangereuses attaques , vous pourrez vous servir des considérations suivantes pour le chasser loin de vous. Songez, en premier lieu, que ce vice, non-seulement souille votre «âme, votre àme lavée et purifiée avec le sang d'un Dieu, mais qu'il outrage aussi votre corps, dans lequel a été néanmoins déposé, comme dans un précieux reliquaire, le corps trois fois saint de Jésus-Christ. Si c'est un crime affreux de souiller et de profaner le temple matériel où Dieu réside, qui pourra dire à quel point est coupable la profanation du temple vivant auquel Dieu veut s'unir? Voilà pourquoi l'Apôtre dit : « Fuyez la fornication; car tout autre péché commis par l'homme, se trouve hors de son corps; mais
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celui ([ni tombe dans la fornication, pèche contre son corps luiinriiit* , » I Corinth. vi, 18 , qu'il outrage et profane par un abominable péché. Considérez, en Becond lien , que ce triste désordre entraîne presque toujours et d'une manière comme nécessaire te "laie de plusieurs autres personnes, la ruine spirituelle de celles qui s'en font les complices; el delà vienl qu'à L'heure de le mort ce péché est celui qui tourmente le plus la conscience. Car enfin il est écrit dans la loi de Hieu : « Vie pour vie, œil pour <eil. dent pour dent. » Exod. xxi. 33 et -l. Que pourra des lors offrir au Seigneur celui qui a fait périr un si grand nombre d aines ? Avec quoi lui paiera-t-il ce que Dieu n'avait pas cru racheter trop cher en donnant son propre sang?
Ce péché présente au commencement >]i'> apparences flatteuses et séduisantes; mais il est à la fin d'une profonde et dévorante amertume; il pénètre dans votre àme avec douceur , il en sort avec, de cruels déchirements. Aussi le Sage compare-t-il la femme deshonnête, instrument, et symbole de ce vice dégradant, ta une fosse profonde, à un puits largement creusé , mais dont la bouche est bien étroite, de telle sorte que s'il est facile d'y entrer , il devient comme impossible d'en sortir. Il n'est aucun piège dans lequel les hommes tombent avec plus de facilité, aucun appât auquel ils se laissent plus aisément prendre, que la douceur dont ce vice nous apparaît enveloppé quand il se présente pour la première fois à notre àme ; mais une fois qu'il nous a saisis, que des relations funestes sont nouées, qu'on a secoué surtout le voile de la honte , qui pourra nous arracher à son pouvoir ? C'est pour cela que l'on compare avec raison les funestes attraits de ce vice aux filets tendus par les pécheurs ; ces filets ont aussi une large entrée , mais ne laissent que bien difficilement échapper leur proie, si bien que c'est merveille si le poisson une fois captif peut échapper à sa prison. De là vous pouvez aisément induire à quel point doivent être nombreux les péchés dont celui-là seul est la cause ; car , pendant toute cette longue captivité de 1 ame , combien de fois Dieu ne doit-il pasèlre offensé , par les pensées et les désirs, s'il ne l'est pas toujours par les œuvres ?
Les maux qu'entraîne à sa suite cette triste et honteuse infir-
LA GUIDE DBS PÉCHEURS, mité, h-' Boni guère moins nombreux que les péchés dont elle est la cause. Ces! une doctrine que nous trouvons dans un grand docteur. La première chose que L'impureté nous ravit, c'est la bonne réputation, qui de tous les biens extérieurs de l'homme est, sans contredit, le plus riche et le plus beau. 11 n'esl pas de trice, en effet, qui flétrisse davantage un homme, et qui porte avec lui plus de confusion et de honte. 11 va plus loin, il attaque l'être humain en lui-même , il épuise ses énergies et débilite ses forces; il altère sa beauté, en détruisant l'harmonie des traits, en jetant la perturbation dans le visage; il mine peu à peu, quelque fois bien rapidement, la plus robuste santé, il engendre des infirmités sans nombre , les plus repoussantes et les plus cruelles ; il déflore avant le temps la fraîcheur de la jeunesse, il précipite l'homme vers une vieillesse anticipée et sans honneur. Ce même vice pénètre jusque dans le sanctuaire de 1 ame; il altère le talent .t le génie lui-même, il éteint la pure flamme de la pensée, aisse et détend la plus noble intelligence , il la matérialise en quelque sorte et la fait tourner à la brutalité : il éteint dans l'homme tous les instincts élevés et tous les goûts honnêtes , il l'éloigné des occupations utiles et sérieuses, enfin il le plonge tellement dans la boue fétide des voluptés matérielles, que l'homme, sous l'empire de cette passion, n'a plus ni pensée, ni discours, ni projets qui ne soient ordure et vilenie. Il frappe la jeunesse de folie et la rend infâme ; il fait de la vieillesse quelque chose de repoussant et de misérable.
Les ravages exercés par ce vice ne s'arrêtent pas à la personne même de l'homme; ils s'étendent à tout ce qui lui appartient. Il n'est pas de fortune si grande, de si riche trésor, dont la luxure ne vienne à bout en peu de temps. Elle tient de bien près à la gourmandise , et ces deux passions se donnent en quelque sorle la main pour dépouiller et ruiner leur victime. En général, les hommes adonnés à l'impureté se livrent à la boisson et à la bonne chère; ils aiment le luxe et la somptuosité, dans leurs habits et leurs demeures, aussi bien que dans leurs repas. Les impures idoles auxquelles ils sacrifient n'ont jamais assez de joyaux et de parures , de parfums précieux et d'énervantes senteurs ; elles