‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 23 sur 308 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE II. M · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE II. M

point il doit exciter notre reconnaissance. Si Dieu réclame avec tant d'instance ce sentiment de nos cœurs pour les bienfaits dont il nous comble , ce qui , du reste , est moins un ordre de sa puis- Bfl&ce qu'une nouvelle preuve de s<m amour, que ne demanderat-il pas pour ce bienfait en particulier , principe et base de tous les autres bienfaits? Considérez surtout que Dieu par nature exige la reconnaissance avec autant de rigueur, qu'il accorde ses bienfaits avec magnificence ; ce qu'il fait , encore une fois, non pour lui, mais pour votre bien propre.

Ainsi nous voyons dans l'ancien Testament que Dieu venait à peine d'accorder un bienfait à son peuple , qu'aussitôt il lui donnait l'ordre d'en garder un souvenir éternel et une perpétuelle reconnaissance. Quand il tire ce peuple de la terre d'Egypte , au même moment, avant même que la sortie soit effectuée , il prescrit une fête solennelle qui sera célébrée chaque année en mémoire de cette délivrance. A cette occasion il avait frappé de mort tous les premiers nés des Egyptiens , et il ordonne aussitôt que tous les premiers nés de son peuple lui soient désormais consacrés. Pendant quarante ans il nourrit avec la manne son peuple dans le désert; et quand cette nourriture céleste commence à tomber. Dieu veut qu'on en ramasse une certaine quantité dans un vase '"i sera fidèlement gardée dans le sanctuaire , afin que toutes les générations à venir y voient un témoignage dés bienfaits du Seigneur. Il accorde aux enfants d'Israël une victoire éclatante sur Amalech ; et la bataille est à peine terminée qu'il dit à Moïse : « Ecris cette victoire sur un livre pour en conserver un souvenir éternel, et transmets ce livre à Josué. » Exod. xvn, 14.

Or , si le Seigneur a pourvu d'une manière aussi formelle à ce que son peuple conservât de ses bienfaits temporels une éternelle reconnaissance , que n'exigera-t-il pas pour un bienfait immortel ? Car tel est celui que nous considérons, Dieu nous ayant donné par là une âme immortelle. De là l'empressement que mettaient les patriarches à élever des autels au Seigneur , ou d'autres monuments commémoratifs , toutes les fois qu'ils recevaient de lui une grâce particulière. Ils consacraient la mémoire des bienfaits de Dieu jusque dans le nom des enfants qu'il leur avait donnés, afin

LA Gl [DE DES PÉCHE1 RS.

que ce doux nom ne cessât de la réveiller dans leur cœur. Saint Augustin «lit à ce sujet dans ses Soliloques, cap. 18, que l'homme devrait se souvenir de Dieu encore plus souvent qu'il ne respire ; . comme son existence est continue et immortelle , ainsi devrait-il continuellement et à jamais rendre grâces à l'Auteur de Bon être.

Cette obligation est si profondément gravée dans la nature, que les philosophes eux-mêmes et les sages du monde recommandant instamment aux hommes de n'être pas ingrats envers Ken. Voici ce que dit Epictète , l'un des plus grands disciples de Zenon : « 0 homme, ne sois pas ingrat envers cette souveraine puiss mee ; mais plutôt rends-lui grâces pour les sens dont il t'a doné . tels que la vue et l'ouïe, et mieux encore pour la vie elleméme que tu en as reçue, etpourtoutes les choses qui soutiennent et alimentent cette vie, pour les fruits qui mûrissent sur les aria.--, pour le vin et l'huile et toutes les autres choses qui servent à ton entretien ou à ton bien-être ; mais par-dessus tout rends-lui es ponr favoir donné la raison qui t'apprend à user de toutes ■ •hoses et t'en fait connaître la valeur. » Si un philosophe païen nons demande une telle reconnaissance pour des bienfaits commun- à tous les hommes , quelle est celle que devra ressentir et témoigner on chrétien, lui qui a reçu, avec la lumière de la foi, si supérieure à celle de la raison, des bienfaits non moins supérieurs à ces biens naturels.

Biais on dira peut-être : Ces bienfaits communs paraissent plutôt L'œuvre de la nature que des grâces émanant de Dieu. A quoi suis-je spécialement obligé pour cet ordre général qui règne dans le monde et parce que les choses vont suivant leur cours accoutumé? Ce n'est pas là une parole de chrétien, mais de païen, et pas même de païen, mais de bête. Ht pour que vous en soyez mieux convaincus, écoutez de quelle manière le même philosophe la repousse et la combat : a Peut-être direz-vous que c'est la nature qui TOUS accorde ces bienfaits. Insensé ! ne comprenez-vous pas qu'en disant cela vous ne faites que changer le nom de Dieu? Qu'est-ceque la nature, si ce n'est Dieu même, la nature première et primordiale? Homme ingrat! tu te couvres donc d'une fausse

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