LIVRE II, CHAPITRE l
l'ennemi dès Le principe, il ue Inde pas à s'agrandir et à se fortifier. Ces! encore sainl Grégoire qui nous le dit : « Quand Le goût des plaisirs coupables s'esl une fois emparé de notre cœur, il n'y laisse plus pénétrer d'autres pensées que celle de L'objet qui le live. » Moral. \\i , 7. C'esl pour cela qu'il faut résister dès Le tommeacement, en repoussant Les pensées charnelles aussitôt qu'elles se présentent à notre esprit. Comme le bois alimente le feu, les pensées alimentent Les désirs; si Les pensées sont lionnes, aussi bien que Les désirs, c'est le feu de la charité qui s'enflamme ; si 1rs pensées et Les désirs sont mauvais , c'esl celui de la luxure. En se ond lieu, nous devons sans cesse veiller à la garde de nos 5, à celle de la vue surtout, de peur qu'elle ne se repose sur des objets capables de porter le désordre dans notre ànie. Souvent si sans intention que l'homme porte ses yeux sur un objet; et lame en reçoit quelquefois une profonde blessure. Regarder inconsidérément les personnes d'un autre sexe , est une chose qui, d'elle-même, affaiblit les énergies du cœur et l'incline vers une chute plus ou moins prochaine. De là ce conseil que nous donne l'Esprit-Saint : « Ne laissez pis errer vos regards dans les divers recoins de la cité, dans les rues et les places publiques , détournez vos yeux de la femme artificieusement parée, et ne vous prenez pas à considérer ses charmes. » Eccli. ix , 7 et 8. Il devrait nous suffire pour cela de l'exemple du saint homme Job ; malgré toute sa vertu, ou plutôt à cause de sa vertu même , il veillait avec Le plus grand soin sur ses yeux , pour les détourner de tout objet funeste, ainsi que lui-même l'a déclaré; il ne se fiait ni à ses propres forces, ni à la sagesse qu'il avait pratiquée durant toute sa vie. Et si cet exemple ne peut nous suffire, au moins devrionsnous profiter de celui de David. C'était là un homme d'une grande sainteté et qui dès longtemps avait ployé son àme à la volonté du Seigneur ; et cependant la seule vue d'une femme l'entraîna rapidement à trois crimes affreux : l'adultère , l'homicide et le scandale.
Vous ne devez pas moins veiller sur le sens de l'ouïe , afin de ne pas écouter des paroles déshonnêtes. Si vous en entendez parfois sans le vouloir, que ce soit toujours avec un visage triste
m I \ GUIDE DES PECHEURS.
et Bévère; car ce qu'on entend avec plaisir, bientôt on l'accomplit sans peine. Veillez également sur votre langue, et qu'un mot
équivoque ne sorte jamais de votre bouche; les mauvais discoure corrompent les bonnes mœurs, selon l'expression de l'Ecriture. La 1 ingue met à nu les sentiments de l'homme; telle est la conversation, tel se montre le cœur ; c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle, comme le dit Jésus-Christ dans l'Evangile. Appliquez votre esprit à de saintes pensées et votre corps à de pieux exercices; n'oubliez pas ce qu'a dit saint Bernard, à l'âme oisive les démons donnent pour occupation les mauvaises pensées, et bien qu'elle ne fasse pas le mal, elle y pense, ce qui souvent n'est pas un mal moins grave.
Quand vous êtes assailli d'une tentation , et surtout d'une tentation contre la pureté, ayez présents à votre esprit, et le bon ange préposé à votre garde , et l'ange de ténèbres qui doit être votre accusateur ; l'un et l'autre considèrent toujours en réalité tout ce que vous faites et tout ce que vous pensez, ils en rendent témoignage au tribunal du souverain Juge, qui lui-même a tout vu. Si vous prenez une telle précaution, comment oserez-vous commettre devant votre gardien , votre accusateur et votre juge une action dont vous n'oseriez vous rendre coupable devant le dernier des hommes? Ayez encore sous les yeux l'effrayant appareil du jugement suprême et les flammes éternelles de l'enfer; on triomphe d'une peine quelconque par la peur d'une peine plus grande; le feu de la luxure est donc victorieusement combattu par le souvenir du feu qui doit à jamais brûler les impudiques.
Evitez outre cela , autant qu'il vous sera possible, de parler seul avec une femme que l'âge ne met pas encore à l'abri du danger; c'est quand notre ennemi voit un homme seul avec une femme seule, comme le remarque saint C.hrysostome, qu'il les attaque avec pins d'avantage et de fureur; le tentateur se montre plus hardi quand on n'a plus de témoins à craindre. Ne conversez donc jamais avec une femme sans témoins; l'oubli de ce conseil fut souvent l'origine des plus grands maux. Ne vous fiez pas à la vertu que vous avez pratiquée jusqu'ici, serait-ce pendant un grand nombre d'années; vous n'ignorez pas que les vieillards de