‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 239 sur 308 · LIVRE: II, CHAPITRE VI. I I · texte numérisé non relu

LIVRE: II, CHAPITRE VI. I I

riez-vous donc consentir à introduire la mort par où si souvent e-t passée la vie , substituant ainsi L'aliment de tous les vices au principe de toutes les vertus ?

Nous pouvons bien dire aussi de la gourmandise ce que nrus avons dit de la luxure : le plaisir qu'elle donne ne dure qu'un instant; il est aussi restreint que passager; et n'est-ce pas une chose souverainement déraisonnable que la terre, la mer et les airs ne puissent suffire à contenter une telle passion? C'est pour cela souvent que les pauvres sont opprimés et dépouillés ; c'est pour cela que tant de crimes se commettent sur la terre; il faut que la faim des petits devienne la volupté des grands. N'est-ce pas une chose déplorable que pour satisfaire l'un de ses sens, l'homme tout entier se dévoue , corps et àme , aux flammes éternelles de l'enfer ? Quelle aberration étrange, quelle incompréhensible fureur de nourrir avec tant de délicatesse un corps qui sera tout à l'heure la pâture des vers! Et pour ce misérable corps vous négligez le soin de 1 ame , de cette àme qui va bientôt paraître au tribunal de Dieu, d'autant plus affamée de vertus et de bonnes œuvres , que le corps a été mieux nourri d'aliments précieux ! Si celui-ci pouvait encore échapper aux supplices dont celle-là sera punie; mais non , le corps a été créé pour l'àme, il sera tourmenté comme elle, il subira les mêmes châtiments. En négligeant donc la partie principale de votre être, pour vous occuper uniquement de la partie inférieure, vous perdez 1 une et l'autre à la fois; vous êtes même votre propre bourreau. Cette chair qui vous avait été donnée pour être l'auxiliaire de 1 ame, lui devient une cause de ruine et de mort; elle a été l'instrument de vos vices, elle sera la compagne inséparable de vos tourments.

Souvenez- vous de ce que l'Evangile nous raconte de Lazare, de son indigence et de sa faim. Il eût désiré manger les miettes qui tombaient de la table du riche; mais ce faib e secours lui était même refusé. 11 meurt, et les anges le portent dans le sein d'Abraham; tandis que le riche, nourri de mets délicats, vêtu de pourpre, entouré de toutes les recherches du luxe, est enseveli an plus profond des enfers. Non , la faim et la satiété , la continence et le vice ne sauraient avoir un même traitement à leur départ

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de ce monde ; la douleur succède alors au plaisir et les souffrances • lu temps sont remplacées par les joies de L'éternité. Vous ave/. mangé, vous avez bn sans contrainte et sans mesure pendant les années de votre vie écoulée; que vous reste-t-il maintenant de ces coupables délices ? absolument rien , si ce n'est le remords de la conscience, qui sera votre premier supplice dans l'éternelle damnation. Tout ce que vous avez donné aux appétits désordonnés de la nature, vous l'avez perdu ; ce que vous vous seriez refusé à vous-même , ce que vous auriez déposé dans le sein des pauvres , c'est là seulement ce que vous eussiez retrouvé dans le ciel.

Voulez-vous ne pas vous laisser prendre aux pièges que vous tend cette funeste passion , prenez garde aux sollicitations de la volupté dans le moment où la nécessité réclame une satisfaction nécessaire ; l'une se cache toujours sous le manteau de l'autre, et réussit d'autant mieux à contenter ses désirs, qu'elle revêt de plus légitimes apparences. Pour déjouer ces manœuvres de la passion, refouler l'impétuosité de l'appétit , soumettre les sens à l'empire de l'àme, il faut donc une grande prudence et de sages précautions. L'âme ne régnera jamais sur la chair si d'abord ellemême n'est pas soumise à Dieu ; cette soumission sera le fondement et la règle de son empire. Voici l'ordre admirable selon lequel nous avons été reformés : Dieu doit commander à la raison, la raison à 1 'âme , l'àme au corps. C'est ainsi que l'homme tout entier rentre dans le plan divin. Le corps se révolte contre l'âme , quand celle-ci n'obéit pas à la raison , et quand la raison ne se conforme pas à la volonté de Dieu.

Etes- vous tenté de gourmandise, souvenez-vous que vous avez déjà goûté ce plaisir éphémère, et qu'il n'était plus rien l'instant d'après. Ce plaisir est semblable à un vain songe ; le joura bientôt chassé les fantômes de la nuit. Il ne laisse après lui que le trouble et le remords; tandis que la victoire qu'on remporte sur cet ennemi laisse après elle la consolation et la joie. C'est donc avec beaucoup de raison que cette sentence d'un sage est demeurée cé- Lèbre : « Si vous accomplissez avec effort une œuvre vertueuse, la peine est bientôt passée, mais la vertu subsiste ; si vous faites avec plaisir une action honteuse, le plaisir disparaît aussitôt , mais la

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