CHAPITRE VII
Remèdes contre la colère, et contre les haines et les inimitiés qu'rlh engendre.
La colère se définit, un appétit désordonné de vengeance à l'endroit de celui que nous croyons nous avoir offensés. Le remède contre une telle maladie nous est donné par le grand Apôtre quand il dit : « Chassez loin de vous toute amertume de cœur , toute colère et toute indignation , les cris et les blasphèmes , aussi bien que toute malice. Soyez bons et miséricordieux les uns à l'égard des autres ; pardonnez-vous réciproquement vos offenses; comme Dieu vous a pardonnes dans le Christ. » Eplies. iv, 31 et 3-2. Le Seigneur lui-même nous dit dans son Evangile : « Celui qui s'emporte contre son frère, en devra rendre compte au jugement ; et celui qui l'appelle insensé, ou lui donne toute autre qualification injurieuse sera condamné aux peines de l'enfer. »Matth. v, -2-2.
Ainsi donc, quand cet ennemi furieux viendra assaillir votre cœur , présentez- vous hardiment à lui armé des réflexions suivantes : Il est à remarquer d'abord qu'en général les animaux eux-mêmes vivent en paix avec ceux de leur espèce. Les éléphants vivent en société avec les éléphants ; les troupeaux et les bergeries vous présentent la même image ; les oiseaux voyageurs se réunissent en grand nombre ; les grues font tour à tour sentinelle pendant la nuit ; les cerfs dans les forêts , les daims sur les montagnes, les dauphins dans la mer , et beaucoup d'autres animaux font la même chose. L'union et l'harmonie qui régnent parmi les fourmis et les abeilles, nous donnent un exemple aussi connu qu'instructif. Les bêtes féroces elles-mêmes, quelle que soit leur cruauté à l'égard des autres , se respectent mutuellement et demeurent unies. On ne voit guère les lions s'attaquer entre eux, le sanglier ne lutte pas contre le sanglier, le tigre contre le tigre,
i*4 LA GUIDE DES PECHEURS.
le dragon contre le dragon. 11 n'esl pas jusqu'aux esprits infernaux, eux les premiers auteurs de toutes nos discordes, qui ne
vivent dans une sorte d'accord, unis par le désir du mal et celui de maintenir leur tyrannie sur la terre. Les hommes seuls, chose lamentable à dire, se livrent d'éternels combats, ont entre eux des haines inextinguibles. Et cependant à qui l'humanité convenaitelle mieux qu'à l'homme, à qui la paix était-elle plus nécessaire? Car enfin tous les animaux ont reçu de la nature des armes pour combattre : le cheval a ses pieds, le taureau ses cornes, le sanglier ses défenses, l'abeille elle-même son aiguillon, l'oiseau son bec et ses griffes; le moustique enfin est pourvu d'un appareil propre à tirer le sang. Toi seul, ô homme, es venu sur la terre nu et désarmé. Dieu pouvait-il mieux te faire comprendre qu'il te destinait à la concorde et à la paix? Il t'avait refusé les moyens de nuire. Ne vois-tu pas combien c'est agir contre ta propre nature de chercher à te verger c'e Un semblable, de lui rendre le mal pour le mal, et surtout en te servant pour cela d'armes étrangères, d'armes que la nature t'avait refusées ?
En second lieu, la soif de la vengeance est une chose qui ne parait convenir qu'aux animaux furieux , et ce n'est pas sans raison que le Sage disait que Dieu lui avait révélé le secret de leur rage, Sap. vu, 20; vous forlignez donc, vous mentez à votre origine, vous méconnaissez la noblesse de votre état, pour imiter les mœurs des lions et des serpents. Eben raconte qu'un lion avait été blessé par un Africain dans un dt filé de montagne. Un an après, cet homme passait par le même lieu à la suite du roi Juba et avec une nombreuse escorte. Le lion le reconnut, et rompant les rangs malgré toute la résistance qu'on pouvait lui opposer, il ne s'arrêta pas qu'il ne l'eût atteint et mis en pièces. N< us voyons tous les jours que les taureaux font de même à l'égard de ceux qui les maltraitent'; ils attendent l'occasion de se veager. Voilà les modèles que semblent se proposer les hommes haineux et vindicat fs ; au lieu de calmer leur colère par la raison et le jugement qu'ils i osïèdtnt à litre d'hommes, ils suivent l'aveugle impétuosité de la passion à la façon des bêtes. Ils s'absorbent pour ainsi dire dans ce qu'ils ont de commun avec elles ,