‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 244 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE Mil. MI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE Mil. MI

peu de chose; mais en tant qu'ils procèdent de la grâce , ils son! •l'un mérite bien grand aux yeux de Dieu; 1*- travail est temporel, la récompense esl éternelle ; la carrière à fournir a bien peu d'étendue, la couronne qui nous attend au bout doit durer a jamais.

Ne laissons donc pas s'écouler inutilement le temps qui nous est donné pour acquérir des mérites. Inspirons-nous de l'exemple de ce saint, qui, toutes les fois qu'il entendait sonner l'heure, s'écriait : 0 Seigneur, mon Dieu , encore une heure passée , une de ces heures que m'a départies votre providence et dont je dois vous rendre compte un jour !

Quand nous nous voyons accablés de travaux et de peines, souvenons-nous que c'est en passant par des tribulations sans nombre que nous devons entrer dans le royaume de Dieu. N'oublions pas cette parole de l'Apôtre : « Il n'y aura de couronné que celui qui aura vaillamment combattu. » II Tim. n, 5. Et s'il vous semble parfois que vous avez déjà subi assez de travaux et de luttes, souvenez-vous qu'il est encore écrit : « Celui-là seul sera sauvé qui persévérera jusqu'à la fin. » Matth. x, 22. Sans la persévérance finale, l'œuvre demeure sans fruit et le travail sans récompense. Celui qui court dans la lice n'obtient pas sans cela la palme des vainqueurs ; on a servi le Seigneur et l'on ne s'est pas définitivement établi dans ses bonnes grâces. Cela vous explique comment le Sauveur ne voulut pas descendre de la croix, lorsque les Juifs le lui demandaient ; il ne voulut pas laisser inachevée l'œuvre de notre rédemption. Si nous désirons donc suivre notre chef, travaillons jusqu'à la mort avec une ardeur infatigable. La récompense qui nous attend ne doit-elle pas durer à jamais ? Ne cessons pas de faire pénitence, de porter notre croix, à la suite de notre divin modèle. De quoi nous servirait d'avoir longtemps navigué par un vent prospère , si nous venions faire naufrage au port?

Ne vous laissez effrayer ni par la longueur du travail , ni par les fatigues de la lutte ; Dieu , qui vous appelle au combat , vous aidera à remporter la victoire ; il voit vos dangers , il sera votre secours dans les défaillances de la nature ; il couronnera luimême vos heureux efforts. Quand la lassitude gagnera votre

cœur, voici comment vous ranimerez son courage : Ne comparez pas alors la peine de la vertu au plaisir du vice ; mais cette peine que la vertu vous cause maintenant . comparez-la à celle qui suivrait le péché commis. Mettez également en parallèle ]a joie rapide qu'on trouve dans le mal. avec l'éternelle félicite que le bien vous procure. Vous verrez de la sorte combien le service du Seigneur est préférable au dangereux repos que le monde vous donne.

Une victoire a-t-elle été remportée , ne tombez pas dans une dangereuse négligence. Souvent, comme le dit un sage, le succès produit une sécurité funeste. Soyez toujours sur le qui-vive, persuadé qu'à chaque instant la trompette peut sonner une nouvelle charge; ni la mer n'est longtemps sans tempêtes , ni la vie humaine sans tentations. L'homme qui est entré dans la bonne voie , est celui qui est le plus fortement tenté par l'ennemi; le démon peut laisser en repos l'esclave qu'il tient sûrement dans ses chaînes. il attaque incessamment celui qui ne subit, pas ses lois. Qu'il ne trouve jamais votre vigilance en défaut; soyez toujours armé, toujours prêt à combattre, comme un soldat placé dans le voisinage des ennemis. Si vous recevez par fois quelques blessures , !ez-vous bien de jeter bas votre glaive et votre bouclier, de croiser vos bras, de vous rendre prisonnier. Imitez plutôt ces guerriers pleins de vaillance, que la honte d'un premier revers et la douleur de leurs blessures rendent plus fiers et plus terribles , bien loin de les lorcer à tourner le dos. Une chute n'aura fait, alors que vous donner plus de force et de valeur ; et vous venez bientôt fuir devant vous ceux dont la vue vous était un sujet d'effroi, vous poursuivrez ceux qui vous poursuivaient. Et si, comme il arrive quelquefois dans les batailles, vous recevez encore de nouvelles blessures, ne vous abandonnez pas au découragement; souvenez-vous que la condition pour être un valeureux soldat , ce n'est pas de n'être jamais blessé, c'est de ne jamais se rendre. On n'appelle pas vaincu le soldat couvert de blessures; celui-là seul mérite d'être ainsi nommé qui perd en même temps les armes et le cœur. A peine avez-vous été blessé, hâtez-vous de guérir votre blessure ; on en guérit une beaucoup plus facilement que

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