LIVRE 11, CHANTRE IX
Si le médisant est placé sous votre dépendance, ou si c'est une personne à qui vous puissiez ordonner de se taire, vous êtes dans L'obligation de lui donner cet ordre; si vous ne le pouvez pas, ayez adroitement recours à des moyens indirects pour couper le fil de la conversation , ou montiez du moins un visage tellement sévère qu'il rougisse de parler ainsi ; c'est une manière polie de l'avertir et de le ramener dans la bonne voie. Lui montrer alors un vis;ige riant, c'est l'exciter à en dire davantage. Dans ce cas, celui qui écoute ne pèche pas moins que celui qui parle. C'est un grand mal de mettre le feu à la maison d'autrui ; mais c'en est un non moins grand de considérer tranquillement les progrès de l'incendie, quand on devrait porter de l'eau pour l'éteindre. Le pire de tous les murmures est celui qui est dirigé contre les hommes de bien ; on achève d'affaiblir ainsi les faibles et les pusillanimes, on éloigne du droit chemin ceux qui sont plus faibles encore et n'osent braver les traits de votre critique. Ce qui n'est pas un scandale pour les uns, l'est très-souvent pour les autres. Et si vous voulez avoir une idée du mal que l'on commet en donnant ce genre de scandale, remettez- vous en mémoire ce que le Seigneur a dit : « Si quelqu'un scandalise l'un de ces petits enfants qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attachât une pierre de moulin au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer. » Matth. xviu, 6. Regardez donc comme un sacrilège d'attaquer par vos paroles un serviteur de Dieu. Y aurait-il à dire sur leur compte tout ce qu'en disent les méchants, la sentence que vous venez d'entendre devrait encore leur attirer votre respect. Et vous n'aurez garde d'y manquer, si vous songez surtout à ce que Dieu leur a dit par la bouche de son Prophète : « Celui qui vous touche me touche à la prunelle de l'œil. » Zach. n, 8.
Tout ce que nous venons de dire des murmurateurs et des médisants doit également s'entendre, avec encore plus de raison, de ceux qui font du prochain un objet de dérision et de moquerie. Ce second vice a tous les caractères du premier ; mais en outre il dénote plus d'orgueil et de présomption, plus de mépris pour les autres. 11 faut donc, le fuir avec encore plus de soin, comme Dieu lui-même nous le recommande dans sa loi : « Vous
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ne serez ni un médisant ni un moqueur au milieu du peuple. » /.' rit. xix. 16. Nous n'avons donc pas besoin d'insister pour faire ressortir la laideur de oe vice ; il suffit pour cela de ce qui précède.
Des jugements téméraires, el pois aussi des commandements de l'Eglise.
\ ces deux sortes de péché, il faut ajouter le jugement téméraire, qui du reste rentre dans le même sujet ; car les médisants t-t les moqueurs parlent non-seulement de ce qu'ils savent, mais encore de ce qu'ils présument ou soupçonnent. Quand ils ne trouvent plus matière à la critique, ils en inventent, ils présument le mal dans leur cœur, ils prennent en mauvaise part ce qui serait susceptible d'une bonne interprétation , oubliant cette parole du divin Maître : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. » Matth. vu, I . Encore ici, le péché peut souvent être mortel ; c'est ce qui a lieu lorsque le jugement porte sur une chose grave, et que néanmoins on le porte à la légère et sans fondement. Si c'est plutôt une suspicion qu'un jugement véritable, le péché n'est plus mortel, à raison de l'imperfeetion de l'acte.
Les péchés dont il a été question jusqu'ici sont opposés aux commandements de Dieu ; il n'en faut pas séparer ceux qui sont contre les commandements de l'Eglise. Ceux-ci entraînent également une obligation rigoureuse. Tels sont le commandement d'entendre la messe tout entière les dimanches et les jours de fête, celui de se confesser une fois l'an, de communier à Pâques, de jeûner les jours prescrits. Le précepte du jeune n'oblige qu'à lage de vingt et un ans et au-dessus. Cette époque toutefois n'est pas invariable; on peut la retarder sur l'avis d'un sa^re confesseur, malades et les infirmes, les personnes d'un tempérament trop faible, celles qui font un pénible travail, les vieillards, les femmes enceintes, les nourrices, et ceux qui n'ont pas assez pour faire un repas capable de les soutenir, en sont dispensés. Il peut encore v avoir d'autres empêchements semblables.
Pour ce qui regarde la messe, les jours où il nous est ordonné de l'entendre, il faut y être présent, non-seulement de corps, mais
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encore d'esprit et de cœur, il faut garder le silence et tenir ses sens recueillis, élever son àme à Dieu, penser aux mystères qui s'accomplissent à L'autel, ou s'occuper d'une autre sainte pensée,
ou faire du moins quelque lu unir prière.
Ceux qui ont des enfants, des serviteurs ou d'autres personnes placées sous leurs ordres, doivent veiller avec le plus grand soin à ce que chacun entende La messe les jours où elle est d'obligation; et si tout le inonde ne peut pas aller à la grand'messe, à cause de certains devoirs dont on ne saurait se dispenser, du moins faut-il leur procurer le moyen d'assister à une messe basse, afin qu'il n'y en ait aucun qui manque à une obligation aussi sacrée. Et sur ce point que de maîtres, que de pères de famille, coupables d'une funeste négligence, et qui rendront compte au tribunal de Dieu des omissions qu'ils ont causées ou tolérées! Disons néanmoins qu'il y a des causes qui dispensent du devoir d'entendre la messe ; la nécessité, par exemple, de rester auprès d'un malade, et autres semblables. 11 est évident qu'alors ce n'est pas un péché de manquer la messe ; les obligations de ce genre souffrent toujours quelques exceptions.
Nous venons d'énumérer les péchés les plus communs, ceux où l'on tombe le plus souvent. Raison de plus pour nous tenir en garde contre de telles chutes : les unes sont évidemment mortelles ; les autres peuvent l'être aisément , on ne saurait du moins les confondre avec les péchés qu'on appelle véniels. C'est ainsi que nous conserverons notre innocence, que nous accomplirons ces préceptes du plus sage des rois : « Que vos vêtements soient toujours d'une blancheur irréprochable , et que l'huile ne manque jamais à votre tète. » Eccl. ix, 8. L'huile représente ici l'onction de la divine grâce; car c'est la grâce qui nous donne lumière et force dans toutes les circonstances de la vie , pour accomplir un bien quelconque.