‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 250 sur 308 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des pèches véniels.

Quoique les péchés dont nous avons parlé soient ceux dont vous devez vous garantir avec le plus de soin, n'allez pas croire pour cela que vous n'ayez besoin de déployer aucune vigilance vis-à-vis des péchés véniels. Je vous conjure instamment de ne pas imiter ces faibles chrétiens qui, du moment où il n'y a pas de péché mortel à faire une chose, s'y laissent aller avec la plus grande facilité. Souvenez- vous de cette belle sentence des Livres saints : a Celui qui méprise les petites choses, tombera bientôt dans les grandes. » Eccli. xix, 1. Souvenez-vous aussi de cet adage populaire : Pour un clou qui manque, on perd un fer; pour un fer, le cheval; et pour le cheval, le cavalier. Les maisons qui tombent de vétusté, commencent ordinairement à se détériorer par suite d'une petite gouttière; peu à peu la ruine s'agrandit et entraîne tout l'édifice. Il est vrai que des péchés véniels, quelque nombreux qu'ils puissent être , ne font jamais un péché mortel ; mais, ce qui n'est pas moins vrai, c'est ce que dit saint Augustin, dans son Traité sur saint Jean, xu : « Ne négligez pas les péchés véniels, sous prétexte qu'ils ne sont pas grands; craignez-les, au contraire, parce qu'i'ssont nombreux. De petits animaux, quand ils sont en grand nombre, peuvent tuer un homme. Les grains de sable sont bien petits; et cependant, si vous les entassez dans un navire, ils le feront sombrer. Bien petites sont les gouttes de la pluie; mais bien souvent elles gonflent les rivières et mettent à bas les plus superbes monuments. » Après avoir observé, c< mm : nous venons de le faire nous-mf'ines , qu'un grand nombe de péchés véniels ne sauraient constituer un péché mortel, le saint évèque d'Hippone ajoute qu'ils y disposent toujours plus ou moins, et que plus d'une fois c'est là qu'ils aboutissent. Saint Grégoire, dans son ouvrage sur les devoirs des pasteurs , xxxiv , dit avec non moins de vérité : « Sous un rapport, les petites fautes sont plus dangereuses que les grandes ; car une grande faute se voit de prime abord, et l'on est aussitôt averti de s'en corriger, tandis

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