‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 253 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE U · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE U

Il combattait par ces mots les attraits de la gourmandise : Quiconque songera à L'amertume du fiel et du vinaigre que le Fils de Dieu , dans Les angoisses de L'agonie , voulut avoir pour deroier rafraîchissement, lui néanmoins qui Bouturait pour les péchés des autres, rougira de désirer des meta recherchés et délicats, étant dans l'obligation de souffrir quelque chose pour ses propres péchés.

Yoici comment enfin il secouait la paresse : Pénétré de cetle pensée qu'un travail de quelques jours nous mérite une gloire éternelle, les fatigues que j'ai dû supporter dans ce but n'ont été plus rien pour moi.

Dans un opuscule qu'on trouve parmi les œuvres de saint Augustin , mais que plusieurs attribuent à saint Léon pape, nous lisons des sentences non moins courtes et frappantes sur le même sujet. Ce petit livre est intitulé : De la lutte entre les vices et les vertus. D'une part, nous y voyons de quelle manière chaque vice tente une àme et le langage qu'il lui tient; il nous fournit, d'autre part, les pensées et les paroles même par lesquelles nous pouvons combattre de telles suggestions. Ce sont là des remèdes que j'ai cru devoir ajouter aux précédents.

La superbe parle la première , et voici ce qu'elle dit : Assurément tu surpasses beaucoup d'autres hommes en savoir, en éloquence , en fortune , en dignité , en mille autres avantages ; tu peux donc les mépriser à bon droit , leur étant supérieur comme tu l'es. L'humilité répond : Souviens-toi que tu n'es que cendre et poussière, pourriture, vermine ; et supposé que tu sois grand, plus ta grandeur est réelle, plus tu dois t'humilier , sous peine de la perdre. Oserais-tu prétendre, par hasard, être aussi grand que l'était l'ange rebelle ? Penses-tu briller sur la terre comme Lucifer brillait dans le ciel ? Si l'orgueil le précipita d'une telle hauteur dans une si profonde misère , comment pourrais-tu du fond de la misère t'élever à la cime de la gloire , en demeurant l'esclave de ce même orgueil ? La vanité s'exprime en ces termes : Fais tout le bien que tu

pourras, à la bonne heure ; mais aie soin que tout le monde en soit instruit, pour que chacun te regarde comme un homme supérieur, que tu sois entouré de respects et d'hommages, qu'il ne vienne à l'esprit de personne de te mépriser. La crainte de Dieu répond : si une grande folie de consacrer à gagner un honneur temporel ce qui peut nous obtenir une gloire immortelle. Fais donc ce qui dépendra de toi pour tenir cachées les bonnes œuvres que tu pratiques: car si du moins tu les caches par ta volonté, il n'y aura pas de vanité à ce qu'elles paraissent; on ne saurait dire qu'une action est faite eu public , quand la volonté aspire à la tenir secrète.

L'hypocrisie dit : Puisqu'il n'est que trop vrai que tu ne possèdes aucun bien, dissimule-toi du moins aux yeux des autres, afin que tu ne sois pas pour eux un objet d'horreur, comme cela ne pourrait qu'arriver s'ils connaissaient le fond de ton àme. Mais la véritable religion répond : Mieux vaut travailler à être qu'à paraître ce que tu n'es pas; un vrai chrétien désire plutôt être un homme vertueux qu'être jugé tel par les autres. Que gagnerais-tu aies tromper de la sorte, si ce n'est ta propre condamnation?

La révolte et la désobéissance disent : Pourquoi te mettre aux ordres de ceux qui te sont inférieurs ? C'est à toi qu'il convient de commander, ce serait à eux d'obéir, puisque tu l'emportes sur eux en talent , en sagesse, en vertu. C'est bien assez que tu observes les commandements de Dieu ; à quoi bon te préoccuper de ce que les hommes t'ordonnent? La soumission et l'obéissance répondent: S'il est nécessaire d'observer les commandements de Dieu , il l'est aussi et pour la même raison, d'obéir à ceux des supérieurs; car Dieu lui-même leur a dit : « Qui vous écoute m'écoute ; qui vous méprise me méprise. » Luc. x , 16. Et ne dites pas qu'il est juste d'obéir à ceux qui sont bons , mais non à ceux qui ne le sont pas, puisque l'Apôlre vous dit : « Tout pouvoir vient de Dieu; et les choses qui viennent de Dieu, sont dans l'ordre. » Rom. xui, 1. Il ne t'appartient pas d'examiner ceux qui te commandent ; fais seulement attention à leurs ordres afin de les accomplir.

L'envie dit : En quoi es-tu inférieur à tel ou tel que l'on vante? Pourquoi ne jouirais-tu pas d'une estime égale ou même supé-

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