LIVRE II. CHAPITRE XIII. Wfl
chutes. Pour nous prémunir contre un tel mal, il nous sera très-' utile de nous appliquer à des exercices contraires à nos inclinations, de refusera notre volonté les choses permises, pour nous tenir mieux en étal de lui interdire les choses défendues. Le maniemenl des armes spirituelles n'exige pas moins d'étude et de préparation que celui des armes matérielles; il en exige même d'autant plus que la victoire remportée sur le démon et sur soi , l'emporte davantage sur toute autre victoire. Umons à pratiquer aussi les oeuvres les plus humbles, à remplir les offices qui sont les plus dédaignés parle monde. Que nous importent les discours des mondains? Ce que le monde peut ôter on donner est bien p n de chose pour celui dont Dieu même est l'héritage et le trésor !
Réforme de La volonté»
Pour obtenir la mortification dont nous venons de parler , l'un des moyens les plus efficaces, c'est de réformer, de fortifier et d'enrichir la volonté intellectuelle , celle qui réside dans la partie supérieure de l'àme. Parmi les dispositions qui peuvent embellir cette faculté , nous en distinguons trois principales : humilité de neur. pauvreté d'esprit, haine de soi-même ; par ce triple moyen s'accomplit aisément le travail de la mortification.
L'humilité, selon la définition qu'en donne saint Bernard , De Adv. Dom. serai, rv, est le mépris de soi , fondé sur une connaissance profonde et véritable de ce qu'on est. 11 appartient à cette vertu d'arracher de notre âme toutes les racines et tous les rejetons de l'orgueil, ainsi que tout amour des distinctions et des honneurs terrestres; c'est elle qui nous fait rechercher partout la dernière place , en nous persuadant que tout autre créature , si elle avait reçu les grâces qui nous ont été données, en aurait témoigné plus de reconnaissance au Seigneur et les aurait mieux employées à sa gloire. Ce n'est pas assez que l'homme ait ai? dedans de lui-même cette connaissance et ces sentiments; il faut encore qu'il les manifeste au dehors par une conduite simple et modeste, suivant sa condition, sans avoir égard aux opinions ni aux jugements contraires du monde. Il faut donc que tout en
nous et autour de nous respire la simplicité, l'humilité, la soumission et la dépendance, n n-seulement envers nos supérieurs et nos égaux, mais envias nus inférieurs eux-mêmes.
La seconde chose requise pour épurer el rectifier la volonté^ comme nous venons de le dire, est la pauvreté d'esprit. Elle consiste dans un mépris volontaire ou réfléchi de toutes les choses de la terre, et dans la disposition de nous contenter du sort que Dieu nous a tait, quelque pauvre et rigoureux qu'il soit. Bile retranche d'un seul coup la racine de tous les maux, la cupidité, et met L'homme dans un tel état de calme que Sénèque, un philosophe païen, a pu dire de lui ces étonnantes paroles : « Celui qui ferme la porte de son cœur aux séductions de la cupidité, n'est ni moins riche ni moins heureux que Jupiter lui-même. » 1 Tim. vi. Cela signifie que, le bonheur de l'homme consistant dans la satisfaction des désirs de son cœur, celui dont tous les désirs se trouvent apaises, est dès lors parvenu au comble de la béatitude ou n'est pas loin d'y parvenir.
La troisième disposition dont nous avons parlé, c'est une sainte haine de soi-même. Le divin Sauveur a dit : « Celui qui aime sa vie dans ce monde, la perd; et celui qui la hait, la sauve pour l'éternité. » Joan. xu, 25. Ce qui ne saurait s'entendre de cette mauvaise haine dont se montrent animés les malheureux qui se livrent au désespoir, mais bien de celle que les saints éprouvent pour leur propre chair, dans laquelle ils voient la source de beaucoup de maux et l'obstacle à beaucoup de biens. De là vient qu'ils traitent cette chair humaine, non selon ses goûts et ses appétits, mais d'après les lumières de la saine raison; et la raison veut souvent que la chair soit traitée d'une manière inflexible et sévère, afin qu'elle soit toujours l'humble servante de l'esprit, la matière et l'instrument de son triomphe. Si l'on agit autrement, on voit bientôt se réaliser cette parole du Sage : « Celui qui nourrit son serviteur dans l'abondance et la délicatesse, le trouvera plus tard récalcitrant et rebelle, quand il aura besoin de son travail.» Prov. xxix, -21. exprimant la même pensée par une autre comparaison, le Sage nous dit ailleurs qu'un cheval indompté doit être assoupli par le frein et l'éperon, qu'il faut jjarfois lui mettre