‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 266 sur 308 · LIVRE II. CHAPITRE Mil. BOt · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE Mil. BOt

des entraves e1 plus souvenl le soumettre au travail; c'est le moyen de réprimer ses caprices el de corriger ses emportements. C'est cette haine de soi-même qui t'ait principalement avancer l'œuvre de notre mortification ; c'est elle qui coupe court à nos mauvais désirs, quoi qu'il en coûte à la nature; car, d'une autre façon, pourrions- nous jamais consentir à lui porter de rudes coups, à retrancher les objets dfe nos affections, à frapper jusqu'au sang? L'énergie dans la mortification se puise, non-seulement dans un vit amour de Dieu, mais encore dans une sainte haine de soi-même. C'est ainsi que notre àme ressemble, vis-à-vis de ses propres infirmités, à un médecin prudent et ferme qui porte sans pitié le fer et le feu partout où la gangrène exerce ses ravages. Il resterait beaucoup plus à dire assurément sur les trois vertus dont nous venons de parler, aussi bien que sur la mortification des passions, dont il a été question dans le précédent paragraphe, puisque ce sont là des choses de la plus haute importance dans la vie spirituelle; mais nous réserverons ces divers sujets pour d'autres ouvrages; et là nous les traiterons d'une manière plus sérieuse et plus détaillée.

Vif.

Réforme de L'imagination.

\ côté des deux puissances appétitives de l'âme, on en distingue deux autres qu'on peut appeler iutellectives, l'imagination et l'entendement. Celles-ci correspondent aux deux premières de telle sorte que chaque appétit a sa lumière et son guide. L'imagination, puissance évidemment moins élevée que l'entendement, est une de celles qui ont le plus souffert de la chute primitive et qui ont le plus secoué le joug de la raison. Comme un esclave qui méconnaît l'autorité de son maître, elle échappe, souvent de la maison; et, s'il le faut, elle aura déjà fait le tour du monde, avant que nous sachions où elle est. C'est encore là une puissance qui se laisse emporter par d'insatiables désirs; elle se précipite avec avidité sur tous les objets' qui se présentent, semblable à ces chiens affamés qui vont d'une chose à l'autre, mettant partout leur museau, et revenant toujours à la charge, malgré les me-

- et las coups. C'est encore là une puissance coureuse et vaonde, qu'< d pourrai! comparer à ces hôtes sauvages qui n'ont jamais reçu ni le train ni le joug, ei qui ne connaissent aucun

maître. Non contents de subir ses insolents caprices, plusieurs Laissent Le mal s'aggraver par leur négligence; ils traitent l'imagînation comme un enfant gâté, auquel on permet de porter librement partout ses pieds et ses mains, sans jamais imposer à ses Idées une contrainte salutaire. Aussi qu'arrive-t-il ? Quand ils veulent ensuite la fixer et la retenir dans la considération des choses divines, elle refuse de leur obéir, par suite des mauvaises habitud.es qu'elle a contractées. Sachant donc quelles sont les dangereuses manies de cette aveugle puissance, etforçons-nous de la dompter, donnons-lui des entraves, ne lui permettons de s'exercer que sur des choses utiles ou même nécessaires , imposons-lui le silence sur tout autre objet. De même que nous avons dû lier notre langue pour qu'elle n'eût la liberté de prononcer que des paroles bonnes et saintes; de même devons-nous lier notre imagination, de telle sorte qu'elle n'ait que des pensées pures et ne s'égare jamais sur des images dangereuses ou frivoles. Il importe, par conséquent, que nous discernions avec autant d'application que de vigilance, les pensées que nous pouvons émettre sans péril, de celles que nous devons repousser sans faiblesse. Accueillons les unes comme des visions célestes ; excluons les autres comme des fantômes trompeurs et des apparitions funestes. Lorsqu'on se néglige en ce point, on laisse bien souvent entrer dans son âme des idées ou des sentiments qui , non-seulement nous font perdre la dévotion et nous enlèvent la ferveur de la charité , mais encore nous ravissent la charité même, c'est-à-dire le principe de la vie. La femme chargée de veiller à la porte du roi lsboseth se laissa surprendre par le sommeil pendant qu'elle criblait le froment à L'entrée de sa demeure, et des brigands fameux vinrent trancher la tête à ce prince. Quelque chose de semblable se passe en nous; quand notre discernement s'endort , lui dont l'office propre est de séparer la paille du bon grain, notre âme donne accès à des pensées qui lui deviennent souvent mortelles. Mais ce n'est pas uniquement pour mettre à l'abri de tels coups notre vie spirituelle,

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