LIVRE 11. CHAPITRE Mil
qu'il faut, déployer une vigilance infatigable, c'esf aussi pour . 1er noire recueillement dans L'oraison; car s'il est vrai qn'une imagination inquiète el volage porte le désordre dans nos exercices de piété, il ne l'es! pas moins qu'une imagination sa et réglée rend pins facile el plus douce l'union de notre âme avce Dieu.
Réforme de l'entendement.
Au-dessus de toutes les puissances de notre àme, se trouve l'entendement; c'esl par là que l'homme est supérieur à toutes les créatures visibles, et qu'il se rapproche le plus du Créateur. Or la beauté de L'entendement dépend de cette haute et rare vertu que nous nommons la prudence. Elle est par rapport à la vie spirituelle ce que les yeux sont au corps; elle remplit le rôle du pilote dans un vaisseau, du roi dans un royaume; c'est le conducteur qui mène le char et qui doit toujours avoir les rênes dans la main, s'il ne veut pas s'écarter de sa route. Sans cette vertu la vie spirituelle serait frappée d'un complet aveuglement, pleine d'incertitude, de desordre et de confusion. Aussi, dans une réunion de moines et d'anachorètes où se trouvait le bienheureux patriarche saint Antoine, comme on traitait de l'excellence des vertus, ce grand serviteur de Dieu n'hésita pas à mettre la prudence au premier rang, par la raison qu'elle est la maîtresse et la régulatrice de toutes les autres. Tout homme donc qui veut faire des progrès dans la vertu, et dans une vertu quelconque, doit avant tout avoir les yeux fixes sur celle-ci.
La prudence n'a pas qu'un seul office dans la direction de notre vie, elle en a plusieurs et de diverses sortes; ce n'est pas seulement ici une vertu spéciale, c'est de plus une vertu générale qui intervient dans l'exercice de toutes les autres, pour y faire régner l'ordre et l'harmonie. Nous la considérerons uniquement sous ce dernier rapport, et nous parlerons de quelques-uns des actes qu'elle accomplit à ce titre.
Il appartient d'abord à la prudence, en présupposant néanmoins la foi et la charité, de diriger toutes nos œuvres vers Dieu, comme
vers leur dernière lin; c'esl à elle de bien examiner quelle est l'intention qui nous anime, si nous agissons Durement pour Dieu, ou si ce n'esl p:is plutôt pour nous-mêmes; car L'amour-propre est bien subtil, comme dit un saint docteur, il se recherche luimême en toutes choses, jusque dans les exercices de la plus haute piété. De huit. Chr. m , • >'».
La prudence s'occupe aussi de nos rapports avec le prochain; et cela, pour que nous soyons toujours un sujet d'édification, jamais .le scandale. 11 faut donc savoir reconnaître avec prudence la condition de chacun, ses inclinations et son caractère, alin d'adopter les moyens qui lui seront les plus avantageux. Cette vertu nous apprend encore à supporter patiemment les défauts de nos semblables, leurs faiblesses et leurs infirmités, à ne pas irriter les plaies de leur âme, sous prétexte de les guérir; elle nous rappelle à propos que dans toutes les choses humaines il y a ce que les théologiens appellent acte et puissance, c'est-à-dire perfection et imperfection; que dès lors la vie ne saurait être exempte de ce dernier élément, si l'on songe surtout aux tristes effets de sa première chute. Aristote dit que le sage ne doit pas chercher le même genre ou le même degré de certitude dans toutes les matières, les. unes étant susceptibles d'une rigoureuse démonstration, tandis que les autres ne le sont pas; l'homme prudent ne doit pas de même exiger que tout soit parfait dans les choses humaines, en sorte qu'elles ne laissent rien à désirer; car il est une perfection poss ble dans les unes, qui ne l'est pas dans les autres. Celui qui voudrait donc se heurter violemment contre les obstacles qui se rencontrent dans la vie, s'exposerait à lui faire plus de mal que. de bien; il retarderait beaucoup plus qu'il n'avancerait l'œuvre, bonne et louable d'ailleurs, dont il aurait poursuivi la pensée.
La prudence consiste encore à se connaître soi-même; elle guide l'homme dans l'étude approfondie de tout ce que sa nature renferme d'appétits déréglés et d'inclinations vicieuses; elle nous montre à découvert les faiblesses de notre intelligence et celles de notre vertu. Non- apprenons par là à ne pas présumer de nousinème, à nous tenir constamment en garde centre les ennemis de