LIVRE 11, CHAPITRE XIII
notre salul, à les repousser Loin de notre àme, avec autant de persévérance « 1 1 1« ' d'ardeur.
i 'esl .1 cette vertu que uoua devons de savoir gouverner notre langue, d'après les Lois et selon les circonstances que nous avons signalées plus haut ; c'esl elle qui nous enseigne ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire, aussi bien que le temps qui convient pour cela; car, connue le dit Salomon, il est un temps pour parler, il est un temps pour garder le silence. En effet, dans les repas et les fêtes, par exemple, et dans toutes les autres occasions du même genre, le sage parle peu, et son silence alors est une preuve de sa sagesse.
Ne pas se fier indistinctement à tous les hommes, se prémunir contre Les dangereux entraînements de la parole elle-même, savoir maîtriser sa pensée et ne pas laisser déborder son esprit et son cœur sur les divers sujets dont on parle., c'est encore un signe qu'on possède la véritable prudence; car le Sage dit : « L'insensé répand son àme tout entière ; mais l'homme prudent sait se contenir et garder les choses pour un autre temps. » Prov. xxix, 1 1 . L'homme qui se fie à celui qui .n'est pas digne de sa confiance, vivra dans un danger perpétuel, il est toujours l'esclave des autres.
La prudence apprend à l'homme à se fortifier d'avance, à ne pas attendre le moment du péril ou celui de la maladie, à prévoir de loin les luttes qui pourront lui survenir dans les diverses phases de la vie, à s'y préparer enfin par la prière et la méditation. C'est là le conseil que nous donne L'Ecclésiastique lorsqu'il dit : « Avant que vienne la maladie, tenez prête la médecine. » Eccli. xviii , 20. Quand vous devrez donc vous rendre à quelque fête, assister à un festin, traiter avec des hommes querelleurs et mal disposes, aborder enfin un danger quelconque, armez- vous de sages précautions, n'allez pas vous exposer à l'ennemi sans défense.
Cette même vertu nous dirige dans la manière dont nous devons traiter notre corps ; elle nous l'ait garder en ce point une juste mesure, nous tenant également éloignés et d'une complaisance excessive et d'une excessive rigueur, nous apprenant à ne pas lui refuser le nécessaire, mais aussi à ne pas lui donner le
LÀ GUIDE BES PÉCHEURS, superflu; de telle sorte que nous fessions de notre corps un serviteur docile et non un cadavre ambulant, et que, d'un autre eôté, si nous ne l'exposons pas à tomber d'épuisement sur le chemin de
la vie. il ne soit pas non plus, par notre faiblesse envers ses appétits, un obstacle aux aspirations élevées de notre àiue.
La prudence intervient dans nos occupations et nos travaux, même les plus louables, pour nous les faire entreprendre avec me lération ; en nous empêchant d'épuiser les forces de notre esprit par un travail excessif, elle exerce sur nous la plus salutaire influence ; car, connue le dit saint François, dans la règle de son ordre, l'esprit doit être le maître et le régulateur, jamais l'esclave ou la victime de ses occupations. Nous devons nous occuper des objets extérieurs de manière à ne pas perdre de vue les choses intérieures ; en accomplissant les devoirs de la charité fraternelle, il ne faut pas oublier ceux que nous impose l'amour divin. Si les apôtres, eux qui possédaient néanmoins tant de ressources et de grâces, jugèrent à propos de renoncer à certaines occupations moins importantes , afin de ne pas faillir dans les grands devoirs de l'apostolat, nul ne doit présumer de ses forces, au point de croire pouvoir suffire à tout. N'oublions pas cette vérité populaire : Qui trop embrasse mal étreint. 11 appartient également à la prudence de nous découvrir les artifices et les pièges que nous tend l'ennemi du salut, comment il s'introduit dans les âmes et comment il en sort, selon l'expression de l'Evangile. C'est elle qui nous enseigne à ne pas croire à tout esprit, à ne nous laisser tromper par la fausse apparence d'aucun bien, à nous pénétrer enfin de cette pensée , qu'il n'est pas de tentation plus à craindre que celle qui se cache sous le masque de la vertu, et que c'est là le plus souvent la manière dont le démon attaque les personnes sincèrement vertueuses. Elle nous inspire tour à tour une crainte salutaire et une sainte hardiesse ; elle nous dit qu'il y a des pertes qui sont un gain et des gains qui sont une perte. Elle nous apprend par dessus tout à mépriser les jugements et les opinions du inonde, les injustes critiques et les vaines clameurs qui ne cessent de retentir autour de l'homme vertueux, en nous rappelant cette parole de l'Apôtre : « Si je prenais soin de plaire aux hommes,