‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 269 sur 308 · LIVRE M. CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

LIVRE M. CHAPITRE Mil

je ne me regarderais plus comme 1"' serviteur du ('.lui-;. « Gcdat. i, 10. Ce qu'il y a de bien certain, c'esl qu'un homme ne saurai! commettre de plus grande folie «pie de se conduire d'après les discours de ee monstre à mille ièles qu'on appelle le vulgaire ; e.ir. (pie peut-on concevoir de plus superficie] •'! de moins sensé ? Sans doute, il ne faul scandaliser personne, il es! des craintes raisonnables et légitimes; mais doit-on pour cela tourner à tous les vents? Savoir se tracer un chemin entre ces deux extrêmes, c'estla preuve d'une haute prudence.

De la prudence dans les affaires.

La direction des affaires temporelles elles-mêmes rentre également dans le domaine de la prudence; cette vertu nous y fait éviter des erreurs et des fautes qu'on ne j eut réparer que bien difficilement dans la suite, et qui bien souvent jettent le trouble dans notre conscience, le désordre dans notre vie. Pour échapper à ce double inconvénient, il sera bon de se corformer aux règles de conduite qui vont suivre. La première nous est donnée par le Sage, quand il dit : « Que tes yeux considèrent toujours la voie droite, et qu'ils dirigent chacun de tes pas. » Pvov. iv, v2">. C'est là nous conseiller de ne pas nous jeter inconsidérément dans les affaires qui se présentent, mais d'y réfléchir avec maturité avant de les entreprendre. On peut distinguera cet égard cinq précautions nécessaires : 1° Recommander à Dieu les affaires que nous avons à traiter. 2Q Y penser d'avance avec toute l'attention et tout le discernement dont nous sommes capables. 11 faut examiner, nonseulement la substance même de l'œuvre, mais encore toutes les circonstances qui doivent l'accompagner. Qu'une seule vienne à manquer, et c'en est assez quelquefois pour ruiner l'œuvre tout entière. Elle aurait beau même être parfaite, et dans le fond et dans les circonstances, il suffirait qu'elle fût faite à contre-temps, par exemple, pour être entachée d'un vice plus ou moins dangereux. 3° 11 faut avoir recours aux conseils des autres, en leur communiquant l'objet de nos réflexions; mais ces conseillers doivent être en petit nombre et bien choisis. Dans la délibération,

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écoutons les avis de tous; dans la détermination, n'ayons égard qu'an sentiment de quelques-uns, si nous ne voulons pas nous exp cer à de graves mécomptes. 1° Le tempe est surtout nécessaire à nos délibérations; il faut laisser mûrir pendant quelques jours la résolution à prendre. C'est le temps qui nous fait connaître les hommes, c'est le temps qui nous fait connaître aussi leurs conseils et nos propres pensées. Souvent une personne nous parait telle au premier abord, et se montre tout autre dans la suite; il en est de môme de nos pensées et de nos résolutions; celles qui nous souriaient au commencement, ne nous inspirent dans la suite que des répugnances. 5° Gardons-nous bien de quatre principaux écueils contre lesquels vient souvent échouer la prudence ; ce sont la précipitation, la passion, l'opiniâtreté à soutenir nos propres idées et la vanité. La précipitation rend toute délibération impossible; la passion aveugle ; l'opiniâtreté ferme la porte à tout bon conseil, et la vanité, quand elle intervient, finit par tout uàter.

Il appartient encore à cette vertu de fuir toujours les extrêmes et d'observer un milieu raisonnable, car les extrêmes ne sont pas moins ennemis de la vertu que de la vérité. Par conséquent ne condamnez et. n'approuvez jamais absolument ; ne vous avancez pas trop ni dans vos refus, ni dans vos concessions ; n'ajoutez [ias foi à tout ce qu'on vous dit, mais ne soyez pas aussi d'une incrédulité obstinée. Que les fautes de quelques-uns ne vous portent pas à prononcer une condamnation en masse; et n'estimez pas que la sainteté soit commune parce qu'elle sera le partage d'un petit nombre. Suivez en toutes choses la lumière de la raison, et ne vous laissez entraîner dans aucun excès par l'impétuosité des passions.

Une autre règle observée par la prudence consiste à ne pas faire de la nouveauté ou de l'ancienneté des choses, un motif d'approbation ou de désapprobation. Il y a des usages très-anciens et fort peu respectables; et il y en a de nouveaux qui sont louables de tout point. L'ancienneté n'est pas plus une raison pour excuser le mal que la nouveauté pour repousser le bien. C'est pourquoi, ayons égard à la valeur réelle des choses et non à leur date plus

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