LIVRE II, CHAPITRE Mil
«m m. lins réculée. Le vice qui remonte très-haut n'en est que plus difficile à guérir : el la vertu de date récente n'a qu'un défaut, celui «le n'être pas connue.
La vraie prudence a aussi grand soin de n'être pas le jouet de L'apparence, trompeuse des choses d'ici-bas, el elle ne les juge pas sur ce qu'elles semblent être. Elle sait que tout ce qui brille n'est pas de l'or, et que ce qui a les dehors du bien, n'en a pas toujours la réalité. Le miel cache souvent l'amertume, comme suis la corolle des fleurs se cachent les épines. N'oublions pas le mot d'Aristote, que le mensonge revêl souvent un caractère plus frappant de vérité que la vérité elle même : la même observation s'applique au mal avec tout autant de justesse.
Mais la règle que nous devrions graver profondément dans notre cœur est celle-ci : de même que la réflexion et la gravité sont les compagnes inséparables de la prudence; de même la légèreté et la précipitation sont les compagnes de la folie. Evitez donc soigneusement ces défauts, surtout lorsqu'il s'agit: 1° de croire , 2° d'accorder, 3° de promettre , 4° de prendre une résolution, 5° de converser avec les hommes, 6° enfin lorsque vous êtes porté à vous mettre en colère. Il est extrêmement dangereux en toutes ces circonstances de céder à la précipitation et à la légèreté. Croire légèrement dénote la légèreté du cœur; promettre facilement, c'est perdre sa liberté; accorder sans réflexion, c'est se préparer des regrets; prendre une résolution précipitamment, c'est se mettre en péril de se tromper, comme il arriva à David au sujet de Miphiboseth, Il Reg. ix. La légèreté dans les paroles nous expose au mépris de nos semblables ; et la facilité ù se mettre en colère est une preuve manifeste de folie ; car il est écrit que l'homme qui sait souffrir saura gouverner sa vie avec sagesse , tandis que celui qui ne peut rien supporter tombera infailliblement dans de grandes erreurs.
De quelques moyens propres à acquérir cette vertu.
L'un des meilleurs moyens pour acquérir cette vertu c'est l'expérience de nos fautes passées , et la connaissance des succès que
d'autres ont pn obtenir. Cette double connaissance suggère ordinairement une prudence remarquable. Par la même raison, on a dit que le souvenir du passe est un conseiller sage et habile, et que le jour présent est le disciple du jour écoulé ; car, suivant la parole de Salomon: « Ce qui sera est cela même qui y été; et ce qui a ete Tait est ee qui arrivera, n Eccl. i, 0. Ainsi le passe nous enseigne à juger le présent, et le présent à juger le passe.
Mais le moyen lf plus efficace pour acquérir la prudence est la vraie humilité de cœur; de même que l'orgueil est le grand obstacle à l'acquisition de cette vertu. 11 est écrit, en effet, que « là où est l'humilité , là aussi est la sagesse. » Prov. xi , 2. En outre. l'Ecriture tout entière ne cesse de nous rappeler que Dieu instruit les humbles, qu'il éclaire les petits et qu'il leur communique ses secrets. Cependant l'humilité ne doit pas se rendre à la moindre apparence ni suivre l'impulsion du plus léger souffle : ce ne serait plus de l'humilité, mais de l'instabilité et delà foi* blesse. C'est contre cette fausse humilité que nous prémunissait le Sage, quand il disait : « Ne soyez pas humble dans votre sagesse. » Ecdi. xiii, 10. Ainsi les vérités que nous savons reposer sur les fondements les plus solides et les plus inébranlables, nous devons les croire avec constance et fermeté, sans nous laisser séduire par de trompeuses lueurs ni par les opinions contraires.
Enfin, une fervente oraison nous servira beaucoup pour obtenir cette vertu. C'est en effet un des principaux offices de l'Esprit saint d'éclairer l'entendement par les dons de science , de sagesse et de conseil. Or, plus grandes seront la dévotion et l'humilité avec lesquelles nous nous présenterons devant lui, plus nous paraîtrons disposés à recevoir ses enseignements, et plus il nous donnera de lumière , et plus il nous remplira de ses grâces et de ses faveurs.
Si nous nous sommes étendus sur ce sujet , c'est que , la prudence étant spécialement destinée à servir de guide aux autres vertus , il fallait prendre toutes nos précautions pour qu'elle ne fût pas aveugle elle-même, et qu'elle n'obligeât pas l'âme à marcher, pour ainsi parler, dans l'obscurité et à tâtons. Voilà ce que nous avions à dire des devoirs de l'homme envers lui-même. .Nous ;i Ions parler maintenant de ses devoirs envers le prochain.