CHAPITRE XIV
Des obligations de Vhrmnw >< r<tjur<{ <ln / whain.
lies obligations de L'homme à l'égard du prochain se résument dans la pratique des vertus de charité el de miséricorde. On ne saurait croire avec quelle force les divines Ecritures, qui renferment les enseignements propresà régler ootre vie. insistent sur ce point. Parcourez Les écrits des Prophètes , des Evangélistes et des autres auteurs de l'ancien et du nouveau Testament, et vous serez étonnés de l'importance qui es! attachée à la pratique de ces vertus. ()ans Isaïe, le Seigneur fait consister en partie la justii user de charité envers son prochain. « Pourquoi, Seigneur, lui demandaient les Juifs, avons-nous jeune, et n'avez-vous pas eu égard à nos jeûnes? Pourquoi nous sommes-nous affligés et n'y avez-vous pas fait attention? Parce que, leur répond le Seigneur, au jour de votre jeune vous avez suivi votre volonté, et que vous avez traité durement tous vos débiteurs. Tous jeûnez , il est vrai ; mais les procès et les querelles ne sont pas moins nombreux parmi vous et vous n'en frappez pas moins impitoyablement vos frères. Le jeune que j'approuve est celui-ci : Déchirez vos contrats usuraires ; déchargez les pauvres des fardeaux qui les accablent ; rendez à la liberté ceux que la captivité a brisés,et rompez le joug que vous faites peser sur eux. Partagez votre pain avec le pauvre affamé, introduisez dans votre maison les indigents et les nécessiteux ; si vous voyez votre frère sans vêtements , couvrez- le , et ne méprisez pas votre propre chair. Alors vous crierez et je vous exaucerai. » Isa. lviii , 3 et seq. Et le Prophète poursuit jusqu'à la fin du chapitre l'énumération des bienfaits par lesquels le Seigneur récompensera cette charitable conduite.
Ces paroles vous montrent l'intérêt que Dieu met à ce que nous traitions le prochain avec miséricorde et charité. Vous n'ignorez pas avec quel soin le grand Apôtre recommande ces vertus en toutes ses Epitres. Il n'est pas d'éloge qu'il ne fasse de la charité;
il indique avec détail ses avantages inappréciables; il l'exalte
sans cesse; il la mel au-dessus de tentes les autres vertus, et la représente comme le chemin le plus sur pour aller à Dieu. Dans un endroit, il l'appelle le lien de la perfection; dans un autre, il dit qu'elle est la tin de tous les commandements ; ailleurs il ajoute qu'aimer son prochain c'est accomplir tente la loi. (Culoss. m; 1 Timotk. 1; liom. xiu; Galat. v. 11 serait difficile de louer davantage une vertu; et cela suffit certainement à l'homme désireux de se rendre agréable à Dieu pour aimer de toute son àme la charité et pour régler suivant les inspirations de cette vertu sa vie et ses œuvres.
L'éloge de la charité était encore le sujet favori du disciple bien- aime dans ses Epitres : il y revient à chaque instant , h chaque instant il nous la recommande comme la plus sublime des vertus chrétiennes. Ce qu'il fait dans ses écrits, il le faisait, disent les historiens, durant sa longue vie. Comme on lui demandait pourquoi il répétait toujours la même sentence, il répondit qu'il suffisait de l'observer pour assurer son salut.
Il est donc hors de doute que l'une des choses les plus agréables à Dieu est l'accomplissement du précepte de l'amour. Seulement l'amour ne doit pas êtie stérile; il faut qu'il soit accompagné de fruits abondants. L'amour stérile ne mérite pas le nom d'amour, selon celte parole de l'apôtre de la charité : « Celui qui possédant les biens de ce monde voit son frère dans la nécessité et ne le soulage pas, celui-là comment conserverait-il en lui la charité divine? » 1 Joan. ni, 17. « Mes petits enfants, ajoute-t-il aussitôt, aimons, non pas en paroles, mais en œuvres et en vérité. » Parmi les œuvres dont la charité est le principe, les plus importantes se ramènent aux suivantes : aimer, conseiller, secourir, supporter, pardonner et édifier. 11 existe entre ces œuvres et la charité un rapport si étroit que les premières servent à déterminer le degré de la seconde, et réciproquement. 11 y a des chrétiens qui prétendent aimer; mais ils ne prouvent pas leur amour autrement que par des paroles. D'autres se contentent de le prouver en donnant
UVRE 11, CHAPITRE \l\.
de sages conseils; point. ml, ils ne puiseront jamais dans leur bourse, et ils n'ouvriront jamais leur coffre pour secourir le prochain. On eu trouve qui iront bien jusque-là, mais qui ne peuvent souffrir patiemmenl les injures el Les faiblesses d'autrui , ni accomplir le précepte de l'Apôtre : « Portez les fardeaux les uns des autres, et de la sorte vous remplirez la loi du Christ. » Galat. vi , 2. Quelquefois ceux qui soull'ivnt patiemment les injures, ne les pardonneront pas avec miséricorde; et encore qu'il n'y ait aucune haine dans leur cœur, ils ne veulent pas traduire leurs sentiments sur leur visage. Ces personnes-là ne sont pas encore arrivées à la perfection de la charité : elles font bien de ne pas conserver de rancune ; mais elles feraient encore mieux de le témoigner ostensiblement. Plusieurs n'auront rien à se reprocher BOUS ce dernier rapport; mais ils n'édifieront leur prochain ni par leurs paroles, ni par leurs exemples; ce qui est pourtant un des devoirs les plus importants de la charité. Que chacun examine d "après ces observations avec quelle perfection il exerce cette vertu précieuse. On peut dire que celui qui se borne à aimer son prochain occupe le dernier degré; que celui qui joint le conseil à l'amour occupe le suivant, et ainsi de suite jusqu'à celui qui joint à tout cela l'édification par ses paroles et sa conduite; en quoi consiste le degré le plus élevé de la pratique de cette vertu.
Les œuvres dont nous venons de parler forment ce que nous appellerions les œuvres positives de la charité. A part ces œuvres qui indiquent la manière dont il faut traiter le prochain , il y en a d'autres que nous appellerons négatives , et qui indiquent ce qu'il faut éviter vis-à-vis du même prochain. Je citerai pour exemple les actes suivants; ne juger personne , n'en dire aucun mal , respecter les biens et l'honneur d'autrui , ne dire à personne des paroles injurieuses, inconvenantes ou peu courtoises, ne scandaliser personne par ses actes et par ses conseils. Quiconque observerait tous ces points accomplirait dans sa perfection ce divin commandement.
Si vous désirez résumer en une seule parole ces divers avis , tâchez d'avoir pour le prochain un cœur maternel. Voyez avec quelle tendresse une bonne mère aime son enfant , avec quelle
TOM. x. 33
prudence elle le conseille dans les dangers, avec quel devoùment elle le secourt dans ses besoins; avec quelle subtilité elle excuse ses fautes, tantôt elle les souffrira patiemment, tantôt elle les châtiera avec justice , tantôt elle les dissimulera avec autant de sagesse que de générosité , car L'amour a ces différentes vertus à son service. Comme elle se réjouit de sa prospérité , comme elle souffre de ses maux! elle ne souffrirait pas davantage s'ils lui étaient personnels. Quel zèle elle a pour son honneur et son avancement; avec quelle ferveur elle prie Dieu pour lui ! En toutes choses elle s'occupe plus de lui que d'elle-même , et moins il reconnaîtra son amour, plus elle lui témoignera de tendresse. "Votre charité serait parfaite si elle pouvait rendre votre cœur aussi affectueux et aussi sensible. Quoique vous ne puissiez pas en arriver là, ne laissez pas que d'y tendre de toutes vos forces ; plus haut vous essaierez de vous élever, moins vous resterez attaché à la terre.
Vous me demanderez peut-être : Comment voulez-vous que j'éprouve ces sentiments envers une personne qui m'est étrangère? A cela je réponds que le prochain n'est pas pour vous un étranger. Vous devez voir en lui l'image de Dieu, l'œuvre de ses mains, un de ses enfants et un membre vivant de Jésus-Christ. Saint Paul ne cesse de nous rappeler cette dernière vérité , et de dire que pécher contre le prochain c'est pécher contre Jésus- Christ, que faire du bien au prochain, c'est en faire à Jésus-Christ. Rom. xn ; I Corinth. vin. Ne considérez pas dans le prochain un tel homme, ni même un homme, mais le Christ lui-même ou un de ses membres vivants. Il ne l'est pas si vous voulez, par son corps ; mais il l'est véritablement par la part qu'il reçoit de son esprit, par la récompense qui vous est promise, puisque le bien que vous lui ferez sera récompensé comme si vous l'aviez fait au Sauveur lui-même.
il faut de plus avoir devant les yeux l'excellence de la charité, les éloges qu'en rapporte la sainte Ecriture , et l'intérêt que le divin Maître attache à ce que vous la pratiquiez. Si vous désirez donc sincèrement plaire à son cœur, vous ne négligerez pas une vertu qui lui est si chère. Voyez d'ailleurs les liens que la chair et le sang établissent entre des proches : est-ce que la nature sera