‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 280 sur 308 · LIVRE II, CHAPITRE XV. £fl · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XV. £fl

De la patieni a dam Les tribulati<

Pour arriver à cette obéissance parfaite, nous trouverons un puissant auxiliaire dans la palience à supporter les tribulations. Si Dieu nous éprouve quelquefois, c'est autant pour exercer notre vertu que pour augmenter nos mérites. Aussi le Sage nous «whorte-t-il à la plus parfaite patience : « Mon fils, nous dit-il, ne rejetez pas la correction du Seigneur, et ne soyez pas abattu lorsqu'il vous châtie. Car le Seigneur châtie celui qu'il aime et il agit envers lui comme un père envers son enfant. » Prov. ni , 1 1 et 12. Paroles que saint Paul cite et développe comme il suit dans l'Epitre aux hébreux : « Ne vous lassez pas de supporter patiemment Jes châtiments du Seigneur. Dieu vous traite paternellement; car y a-t-il un père qui ne reprenne pas ses enfants ? Si vous n'étiez pas châtiés , comme tous les autres l'ont été, vous seriez des enfants illégitimes et non de vrais enfants. Et puis nos parents selon la chair nous châtiaient, et nous ne cessions de les respecter : avec combien plus de raison devrons-nous être soumis à celui qui est le père des esprits , afin de vivre de sa vie ? » Hebr. xa, 0 et seq.

Par conséquent , si le devoir des bons parents est de corriger et de reprendre leurs enfants , le devoir des bons fds est d'endurer avec patience cette correction et d'y voir une nouvelle preuve de la tendresse paternelle. Voilà ce que nous enseignait le Fils de Dieu quand il disait à saint Pierre au moment de sa passion : c< Quoi ! je ne boirais pas le calice que me présente mon Père! » Jocm. xviii, H. Encore si une autre main le présentait, on pourrait éprouver quelque répugnance à le vider. Mais il doit suffire qu'il vienne des mains du père le plus tendre et le plus dévoué envers ses enfants pour le boire sans hésiter.

Néanmoins il y a des chrétiens qui , tout en paraissant soumis, au temps de. la prospérité , à la volonté du Père céleste, perdent tout à coup cette soumission quand l'adversité gronde sur leur tète ; semblables en cela à ces cœurs lâches et pusillanimes qui affectent le plus grand courage lorsqu'il n'y a rien à craindre, et qui jettent

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en toute hâte leurs armes à la moindre apparence de danger. Les luttes et les dangers delà vie présente étanl incessants, nous agirons prudemment en nous munissant d'armes spirituelles propres à nous défendre si à nous assurer la victoire. Pour y roussir, considérons d'abord quil n'y a pas de proportion entre les peines de la vie présente et les récompenses de la vie à venir. La félicité du ciel est si grande que dussions -nous en jouir seulement une heure, nous ne l'achèterions pas cher au prix de toutes les souffrances de ee monde et de la privation de tous les plaisirs d'icibas. Et pourtant, suivant l'expression de l'Apôtre , une légère épreuve d'un instant suffit pour nous mériter un poids immense de gloire. II Corinth.ix, 17.

Considérons, en outre, que souvent la prospérité répand sur nos yeux l'épais bandeau de l'orgueil, au lieu que l'adversité purifie notre âme. L'une enfle le cœur; l'autre l'humilie. Dans la première, l'homme oublie ce qu'il est ; clans la seconde, il se souvient ordinairement de Dieu. Tandis que celle-là nous fait plus d'une fois perdre le mérite de nos bonnes œuvres , celle-ci expie les fautes de notre vie passée et nous garantit contre les chutes à venir. Si, par hasard, la maladie vous enchaîne, dites-vous à vous-même que si le Seigneur le permet, c'est en prévision de l'abus que nous aurions fait de la santé. Or, il vaut mieux être souffrant et ne pas l'offenser, que d'être en santé et de donner un libre cours à notre malice ; et, pour employer la parole de la vérité même, « il vaut mieux entrer dans la vie éternelle avec un seul œil ou une seule main , que d'être jeté avec ses deux yeux et ses deux mainsaufeu éternel de l'enfer. » Matth. xvm, 8. Assurément Dieu ne se complaît pas dans nos souffrances; pour les permettre, il veut qu'elles servent à guérir des maux d'une autre nature. Ainsi la douleur remédie aux blessures qu'avaient faites les plaisirs; et la privation des jouissances permises, au mal qu'avait produit les jouissances défendues. Dieu nous châtie en ce monde pour ne pas nous châtier dans l'autre : il use envers nous d'une ini-ericordieuse rigueur, afin de ne pas lancer sur notre tête les foudres de sa justice. Comme le dit saint Grégoire, le courroux du Seigneur contre les méchants c'est jamais si prononcé tpie

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lorsqu'il ne if Leur témoigne pas. Aussi, quiconque ne veut pas être châtié avec Les enfants de Dieu en . -« • 1 1 • - vie. partagera dans L'enfer Le sort des démons. C'esl pour cela que saint Bernard s'écriait : « l!rùlez-moi, Seigneur, torturez-moi ici-bas, pourvu que vous me pardonniez dans L'éternité. » Admirez donc ces soins extrêmes que prend le Créateur de L'univers, afin que vous ne soyez pas livré à vous-même, et que vous ne lâchiez pas la bride à vos désirs. Quand les malades sont réduits à un état désespéré , les médecins permettent de contenter toutes leurs fantaisies; quand leur état laisse encore quelque espérance, ils exigent au contraire une diète rigoureuse, et ils défendent L'usage des choses qui pourraient aggraver le mal. Quoiqu'ils doivent un jour laisser à leurs enfants tous leurs biens , les parents ne manquent pas de leur refuser tout argent dès qu'ils l'emploient au jeu ou à tout autre usage condamnable. Or, c'est de la sorte qu'agit envers vous, lorsqu'il vous éprouve, le plus sage des médecins, le meilleur des pères.

Songez encore aux outrages incomparables que notre Rédempteur a soufferts de ses créatures. Que de mépris , que de soufflets il en a reçus! Avec quelle patience il présentait son visage découvert aux bouches infâmes qui le souillaient de crachats ! avec quelle mansuétude il laissa enfoncer dans sa tète la couronne d'épines ! avec quelle résignation il accepta le breuvage composé de fiel et de vinaigre ! avec quel silence adorable il supporta les honneurs dérisoires qu'on lui rendait ! avec quelle ardeur il vola au-devant de la mort pour nous en délivrer nous-mêmes ! Oserez-vous ensuite vous plaindre, misérable homme que vous êtes , des châtiments que vous attirent vos péchés, quand votre Sauveur a tant souffert pour vous , quand, après être venu en ce monde sans faute aucune, il n'a pas voulu en sortir sans avoir connu la douleur. « Il convenait que le Christ souffrit et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. » Luc. xxiv, 25. 11 convenait qu'il traduisit dans sa conduite cet enseignement de l'Apôtre : « Nul ne sera couronné, s'il n'a vaillamment combattu. » II Timoth. n, 5. D'ailleurs, que nous le voulions ou ne le voulions pas , il faudra subir les épreuves que Dieu nous réserve , sa volonté étant irré-

sistiMe. Or, ne vaudrait-il pas mieux les accepter avec résignation, les faire servir à L'expiation de dos crimes et à l'augmentation de nos mérites, que de les accepter impatiemment et, par suite, en augmentant nos souffrances et sans en retirer aucun Fruit?

Mais la meilleure et la plus efficace des précautions , c'est de se tenir prêt à toutes les adversités et à tous les dégoûts qui peuvent nous atteindre. Et que pouvons-nous espérer d'un monde mauvais, d'une chair fragile , de l'envie des démons , de la malice des hommes, sinon des peines sans nombre et des contrariétés continuelles? En présence de tant de maux probables, le sage marchera toujours avec précaution , et les armes à la main , comme s'il se trouvait en pays ennemi. Cette conduite lui procurera deux précieux avantages. 1° Les peines lui paraîtront plus légères , parce qu'il les a prévues. Le coup que l'on a vu partir , disait un ancien, cause moins de douleur. Du reste, il a suivi le conseil de l'Ecclésiastique, et avant d'être malade il a préparé le remède propre à le guérir. Eccl. xviii. 2° En acceptant avec résignation les coups dont la Providence le frappe , il offre au Seigneur un sacrifice semblable au sacrifice d'Abraham, lorsqu'il allait immoler son fils Isaac. Gen. xxu. Rien en effet n'est plus agréable à Dieu, et en même temps plus méritoire que l'action d'un homme qui, prévoyant les épreuves dont il va être atteint , soit de la part de son Créateur, soit de la part de ses semblables, se dispose à les accepter en toute patience et humilité, et se remet entièrement entre les mains de Dieu, prêt à souffrir tout ce qu'il lui plaira. Encore que ces épreuves ne l'atteignissent pas , il aurait le même mérite à cause des excellentes dispositions de sa volonté.

Nous ne devrions jamais oublier que la patience dans les tribulations est un devoir inséparable de la foi que nous professons. C'est pourquoi saint Pierre nous recommande de ne nous décourager jamais dans nos tribulations , parce qu'elles sont le partage inévitable de tout chrétien. Le bon chrétien au milieu du monde est un rocher au milieu de l'Océan; les flots et les vents ont beau s'agiter autour de lui ; leur furie expire à ses pieds.

Si nous insistons sur ce sujet, c'est que, d'après saint Bernard

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