‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 3)Chapitre 281 sur 308 · LIVRE II. CHAPITRE W · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE W

le support dos tribulations esl L'une des deux parties «le la vie chrétienne, et la plus difficile; cari] esl plus facile de faire le bien que de supporter les épreuves comme il convient. Or, là où il y a plus de danger, il faut plus de précautions.

Nous observerons en finissant que les saints docteurs signalent trois degrés dans la vertu de patience : Le premier consiste à supporter patiemment les souffrances ; le second à les désirer pour L'amour de Jésus-Christ; le troisième à s'en réjouir pour le même motif. Le serviteur de Dieu ne s'arrêtera pas au premier de ces degrés; au contraire il n'aura pas de repos qu'il ne soit arrivé au troisième. La patience de .lob nous fournit un exemple du premier degré; Le désir que certains martyrs avaient de mourir pour Leur Dieu nous fournit un exemple du second ; et nous trouvons un exemple du troisième dans l'allégresse des Apôtres lorsqu'il leur fut donné de souffrir les outrages pour le nom de Jésus. Act. \. il. Nous trouvons encore un exemple de ce troisième degré dans l'apôtre saint Paul. Il nous dit plusieurs fois qu'il se glorifie dans ses tribulations, qu'il se réjouit dans ses infirmités , et dans les maux de tout genre qu'il endure pour Jésus-Christ. Ecrivant aux Philippiens , il les engage à s'associer à la joie qu'il éprouve d'être chargé de fers pour l'honneur de son Maître. Philipp. iv, I :>. Ailleurs il rapporte que la même grâce fut accordée aux fidèles de la Macédoine, lesquels furent comblés de joie au milieu de leurs épreuves. II Corinth. vin, -2. Ce degré de vertu est un des plus élevés auquel une créature puisse arriver. Aussi est-il le partage du très-petit nombre.

Ne concluons pas de là cependant qu'il soit bien de se réjouir des malheurs qui arrivent à nos proches, à nos parents, à nos amis , ou à l'Eglise notre mère. La même charité qui nous recommande la joie dans nos propres tribulations, nous ordonne de prendre part à l'affliction d'autrui. « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent ; pleurez avec ceux qui pleurent , » est-il écrit, hom. xn, 15. C'est ce que faisaient les prophètes de l'ancienne loi, lesquels passaient leur vie à pleurer et à gémir sur les calamités de leurs semblables.

Telles sont les neuf vertus dont l'accomplissement nous donnera

un véritable cœur de fils envers notre Père céleste, et nous permettra de satisfaire pariai tement à ce que la justice exige de nous envers Dieu.

CHAPITRF XVI.

Des obligations qui résultent de la condition où l'on se trouve.

Après avoir traité des obligations communes à toute sorte de personnes, l'ordre naturel des matières demanderait que l'on traitât en détail les obligations qui résultent de la condition particulière où l'on se trouve. Mais cette tâche allant trop au delà des limites que nous nous sommes imposés, uons nous contenterons d'observer que l'on est obligé d'accomplir les devoirs de son état, aussi bien que ceux dont nous venons de parler , et que ces devoirs varient selon la condition que l'on occupe. Autres en effet sont les devoirs des supérieurs , autres les devoirs des subordonnés; autres les devoirs des religieux, autres les devoirs des pères de famille.

Suivant l'apôtre saint Paul , les supérieurs doivent remplir leur charge avec sollicitude et vigilance. C'est encore le précepte du Sage dans ces paroles : « Mon fils, si vous vous êtes porté caution pour votre ami, vous vous êtes lié par votre propre bouche. Empressez-vous donc, hâtez- vous et réveillez votre ami. Ne laissez point aller vos yeux au sommeil , et que vos paupières ne s'assoupissent pas. » Prov. vi, \ et 2. Ne vous étonnez pas que le Sage requière une telle sollicitude. La sollicitude avec laquelle on veille ordinairement sur une chose est proportionnée à deux conditions: à la valeur de la chose et au danger qu'elle court. Or , comme rien n'est plus précieux et en même temps plus exposé qu'une âme , rien ne mérite plus de sollicitude de la part des personnes qui en sont chargées.

Le principal devoir de l'inférieur est de considérer dans son supérieur , non pas un homme , mais Dieu lui-même. Il faut qu'il lui accorde le même respect, la même obéissance prompte et sans bornes. Si un prince m'ordonne d'obéir à son ministre , est-ce qu'en obéissant à son ministre je n'obéis pas au prince? De même, Dieu m'ordonne d'obéir à mes supérieurs; en leur obéissant j'o-

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