CHAPITRE XVII
/). l'importance et de la valeur respective des vertus.
De même que nous avons commencé par des avis préliminaires propres à faciliter l'intelligence de cette doctrine, nous terminerons par quelques observations propres à La faire mieux comprendre et mieux apprécier. La première chose à faire esl de déterminer la valeur respective des vertus dont nous venons de parler, afin que nous accordions à chacune l'estime qui lui convient. Quiconque s'occupe du commerce des pierres précieuses doit en connaître la valeur , sous peine de s'exposer à des pertes considérables. L'intendant chargé de diriger un nombreux personnel doit connaître la spécialité de chacun de ses subordonnés, sous peine de n'aboutir qu'à la confusion et au désordre. Ainsi doit-il en être de ces pierres précieuses, que nous appelons des vertus : il faut que nous en déterminions exactement la valeur, et que nous puissions ainsi au besoin savoir auxquelles il convient de donner la préférence.
Nous pouvons ranger les vertus dont il a été précédemment question en deux classes : l'une comprendra les vertus qui sont plus spirituelles et plus intérieures; l'autre, les vertus qui sont plus extérieures et plus sensibles. A la première classe appartiennent les vertus théologales, les vertus que nous avons désignées comme servant à l'accomplissement de nos devoirs envers Dieu , l'humilité, la chasteté, la miséricorde, la patience , la discrétion, la dévotion, la pauvreté d'esprit, le mépris du monde, le renoncement à la volonté propre, l'amour de la croix et des mortifications, et les autres vertus qui ressemblent à celles-ci. Nous les appelons intérieures et spirituelles parce qu'elles résident principalement dans l'âme. Toutefois elles se manifestent aussi au dehors, comme il est aisé de le voir dans la charité et la religion qui produisent une foule d'œuvres extérieures propres à répandre la gloire de Dieu.
Les vertus extérieures et sensibles sont le jeune, la discipline.
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le silence, les lectures pieuses, les prières vocales, le chant des Louanges du Seigneur, les pèlerinages, l'assistance aux offices divins et toutes les observances et pratiques corporelles de la vie chrétienne on religieuse. Quoique ces vertus résident dans l'âme aussi bien que les autres, cependant leurs actes se produisent toujours au dehors, tandis que les actes des vertus spirituelles, de la foi, de l'espérance, de l'humilité, de la contemplation, de la pénitence , de la discrétion, ne sont très-souvent qu'intérieurs.
Or, de ces deux classes de vertu, il n'est pas douteux que la première ne l'emporte sur la seconde en mérite et en utilité. « Femme, crois moi, disait le Sauveur à la Samaritaine; l'heure est arrivée où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car mon Père recherche de tels adorateurs. Dieu est esprit; et c'est pour cela que ses adorateurs doivent l'adorer en esprit et en vérité. » Joan. iv, v23. C'est donc dans la pureté de l'espritque, d'après le Sauveur, il nous faut honorer Dieu. Yoilà pourquoi le Psalmiste décrivant la beauté de l'Eglise et de l'âme en état de grâce, disait que leur gloire est toute intérieure, et revêtue de franges et de toute sorte d'ornements. Psalm. xliv, 10. Voilà pourquoi encore le grand Apôtre écrivait à son disciple Timothée : « Applique toi à la piété. Les exercices corporels sont de peu d'utilité : la piété au contraire est utile à tout; car elle obtient en partage et les biens de la vie présente et ceux de la vie future. » I Timoth. iv, 7 et 8. Or, d'après saint Thomas, l'Apôtre entend ici par piété le culte de Dieu et la miséricorde à l'égard du prochain ; et par exercices corporels, les jeûnes et autres austérités.
Les philosophes païens eux-mêmes avaient connaissance de cette vérité. Bien qu'Aristote ait peu écrit sur Dieu, cependant il tient quelque part ce langage : « Si les dieux ont quelque souci des choses humaines, et c'est assez vraisemblable, il n'est pas douteux qu'ils ne se complaisent davantage dans les êtres qui leur ressemblent davantage. Or, tel est l'esprit humain. C'est pourquoi les hommes qui parent leur âme de la connaissance de la vérité et de j'harmonie des mœurs se rendent très -agréables à Dieu. » Le grand médecin (lalien exprime encore la même pensée avec une sorte de sublimité. Etant arrivé, dans un de ses ouvrages où il traite